Lundi 19 juin 2023
La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, l’agroécologie a totalement supplanté l’agro-industrie chimique, ce qui a rendu les territoires durables. La recherche de la durabilité des territoires est un mouvement qui a déjà commencé mais qui est encore trop timide selon les saboteuses en série. Explications.
La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, l’agroécologie a totalement supplanté l’agro-industrie. Est-ce vraiment réaliste de ne pas recourir aux intrants ?
Noémie (saboteuse en série) : Les intrants chimiques (pesticides, herbicides, fongicides et engrais non organiques) sont destructeurs des microbiotes des sols. Être réaliste, c’est arrêter cette folie destructrice du vivant. Toute la vie qui est visible à la surface de la Terre, qu’elle soit végétale ou animale, prend ses racines dans cette couche souterraine microbiologique de 30 centimètres. C’est comme une fine pellicule de vie organique qui est déposée, partout sous nos pieds. En détruisant cette pellicule, l’agriculture chimique transforme les sols en poussières, les terres fertiles en déserts. Il faut être réaliste, en effet, et stopper le processus de destruction des sols qui est principalement d’origine anthropique.
Lydie (saboteuse en série) : Surtout que les intrants ne sont pas éternels. Ils vont bientôt s’épuiser, eux-aussi. Être réaliste, c’est anticiper les besoins alimentaires et adapter l’agriculture des territoires en conséquence.
La journaliste écolo : Dans la saison 1, il existe déjà des fermes agroécologiques implantées sur les territoires, qui alimentent des épiceries durables. Il se développe ainsi une forme d’économie locale parallèle à l’économie mondialisée. A terme, on peut supposer que l’agroécologie viendra supplanter l’agro-industrie ?
Nathalie (saboteuse en série) : Le mouvement de réappropriation des terres existe déjà sur de nombreux territoires mais il est trop beaucoup timide pour inverser le processus destructeur.
La journaliste écolo : Pourquoi évoquez-vous une réappropriation ?
Julie (saboteuse en série) : La conversion vers l’agro-industrie productiviste s’est faite à marche forcée à partir des années 50. Les industriels ont ainsi racheté des terres aux paysans ou alors des paysans se sont eux-mêmes convertis à l’agriculture industrielle. Dans les deux cas, il y a changement de logique. La terre n’est plus cultivée pour subvenir aux besoins des habitants du territoire mais pour des productions qui viennent alimenter le marché mondial. L’agro-industrialisation marque le déclin de l’agriculture paysanne. Il y a donc bien une logique de réappropriation. Il faut se réapproprier les terres conquises par l’agro-industrie pour les reconvertir à l’agriculture paysanne, qui avait été la logique agricole pendant les 12 000 années d’histoire de l’humanité.
La journaliste écolo : Et selon vous, le processus de réappropriation est beaucoup trop timide.
Sophie (saboteuse en série) : A l’échelle de la planète, il y beaucoup plus de terres qui sont préemptées par l’agro-industrie, ou par l’artificialisation des sols, que de terres qui reviennent à l’agriculture paysanne. Regardez les catastrophes au Brésil ou en Nouvelle-Guinée…
Lydie (saboteuse en série) : C’est le cas aussi en France. Il est vrai que certaines exploitations agro-industrielles reviennent à l’agriculture paysanne. Mais nous sommes loin du compte…
La journaliste écolo : Je vous interromps… Pouvez-vous clarifier la différence entre agroécologie et agriculture paysanne ?
Noémie (saboteuse en série) : Ce sont des différences de logique qui ne sont absolument pas exclusives l’une de l’autre. L’agriculture paysanne est une agriculture qui est tournée vers les besoins locaux, ceux des habitants du territoire. La logique n’est pas celle des marchés mondiaux. L’agroécologie est une agriculture totalement respectueuse de le Terre qui n’utilise pas d’intrants chimiques. De nos jours, beaucoup de paysans ont des fermes agroécologiques. La conversion est rendue nécessaire du fait de l’augmentation du coût des intrants et de la dépendance aux semences brevetées qui offrent une moins bonne résistance au réchauffement climatique.
La journaliste écolo : Pourtant vous dites que cette conversion est trop timide ?
Nathalie (saboteuse en série) : Beaucoup trop timide ! En France, la moitié des exploitants agricoles vont partir à la retraite dans les dix prochaines années. Si on voulait convertir leurs exploitations en agroécologie qui est beaucoup plus intensive en personnes, il faudrait l’installation d’environ 400 000 agriculteurs écologiques. Nous sommes loin du compte. Il faut davantage de vocations et davantage de formations.
Lydie (saboteuse en série) : Et puis aussi, il manque une aide au financement. Le Crédit Agricole avait été l’outil financier de l’implantation de l’agro-industrie d’après-guerre. Il faudrait l’équivalent éthique pour les besoins actuels de l’agroécologie : des banques durables, implantées sur les territoires, qui favorisent le financement des implantations durables.
Julie (saboteuse en série) : Le foncier agricole est devenu un enjeu majeur. Il faut se réapproprier les terres. Chacun devrait avoir à cœur d’orienter son épargne vers les banques durables qui financent l’agroécologie locale.
