Toute l’industrie n’est pas nécessairement mondialisée

Mercredi 21 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, on découvre comme les industries, de taille raisonnée, fabriquent des produits écoconçus, à destination des habitants de leur territoire d’implantation. Exploration.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, alors que les effets du grand sabotage ont été absorbés et que le développement durable est devenu une réalité sur les territoires, on découvre des productions de nature industrielle. Il n’y a donc pas que de l’artisanat dans le monde d’après ?

Lydie (saboteuse en série) : L’industrialisation repose sur une logique d’efficacité de production, mais très vite, elle peut se faire au détriment de la préservation des écosystèmes. Pour ceux qui ont le souci de la durabilité, l’industrialisation n’a de sens que si le gain d’efficacité se fait dans le respect de l’empreinte écologique. Bien entendu, il convient de ne fabriquer que des produits écoconçus. Mais l’industrialisation repose aussi sur une logique d’autonomisation des territoires. L’industrie se développe pour satisfaire les besoins des habitants du territoire d’implantation.

La journaliste écolo : Cela veut dire que chaque territoire dispose de ses propres usines ? N’y a-t-il pas là beaucoup de redondances ?

Noémie (saboteuse en série) : C’est le carcan d’une vision mondialisée de l’économie qui vous fait voir des redondances. Si vous adoptez plutôt l’angle de vue territorial et que vous vous mettez dans la peau des habitants qui se coordonnent de façon intégrée à l’échelle de leur territoire, vous verrez qu’il est possible de faire naître de nombreuses usines dont les productions se limitent à l’échelle territoriale.

Julie (saboteuse en série) : Et quand on parle d’usines, il s’agit de réalités physiques. Il va sans dire que l’organisation en leur sein se fait sous forme de coopérative qui permet une juste répartition des bénéfices.

La journaliste écolo : Vous pouvez donner des exemples concrets pour ces usines ?

Sophie (saboteuse en série) : Oui, tout à fait. Les usines textiles qui fournissent les vêtements et les chaussures des habitants du territoire. Les usines de meubles, de petits ustensiles, d’outils, etc. Toutes ces usines ont un approvisionnement local. Elles participent au dynamisme du microbiote économique de leur territoire d’implantation.

La journaliste écolo : Donc chaque territoire vit un peu en autarcie, si je comprends bien ?

Julie (saboteuse en série) : Ce n’est pas aussi simple car il existe des effets de seuil et des effets d’accès aux matières premières.

La journaliste en série : Vous pouvez préciser ?

Julie (saboteuse en série) : L’effet de seuil existe lorsque la population d’un territoire n’est pas suffisante pour alimenter une demande qui permet l’efficacité de la production industrielle. Prenons l’exemple d’un smartphone. Les usines d’assemblage peuvent exister à l’échelle d’un territoire mais pour la production des composants, il faut des usines qui ont un ancrage national, ou bien même, continental. Le territoire qui dispose d’une telle usine, dispose d’un avantage spécifique et exporte vers les autres territoires. Cela est compensé par les importations liées au fait que les autres territoires ont d’autres avantages spécifiques qui sont notamment liées aux ressources naturelles dont ils disposent.

La journaliste écolo : Il existe donc tout un réseau d’échanges entre les territoires durables.

Noémie (saboteuse en série) : Oui, c’est ce qu’on appelle le macrobiote économique, que l’on distingue du microbiote qui lui, ne sort pas des limites du territoire durable. C’est ce que la série montre dans les saisons 4 et 5. Il y a des ajustements constants de développement durable au sein d’un territoire, qui fait évoluer son microbiote économique. Mais ces ajustements existent aussi entre les territoires, ce qui impacte le macrobiote économique.