Les saboteuses en série appellent à changer notre mode de ville

Vendredi 23 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, on découvre des villes où la vie est revenue dans les quartiers. En privilégiant la multipolarité multifonctionnelle, l’éco-urbanisme a permis aux villes de redevenir ce qu’elles avaient toujours été : des lieux de brassage et de socialisation. Reportage.

La journaliste écolo : Les saisons 4 et 5 de votre série présentent une culture urbaine très différente de celle que nous connaissons actuellement. Les habitants semblent être animés par un autre mode de ville qui donne de l’animation aux quartiers.

Noémie (saboteuse en série) : La vie de quartier a été une constante dans toutes les villes depuis toujours. Le phénomène de désocialisation dans les quartiers est récent et se limite, heureusement, à ceux des grandes villes des pays fortement installés dans la mondialisation. L’apparition de la grande distribution n’est pas étrangère à la désocialisation de masse.

La journaliste écolo : Pour redonner vie aux quartiers, vous évoquez la logique de la multipolarité multifonctionelle. Pouvez-vous expliquer ce concept ?

Nathalie (saboteuse en série) : Les polarités d’une ville désignent ses différents centres d’attraction. Une ville monopolaire a un centre d’attraction unique qui est situé en son centre. A l’inverse une ville multipolaire dispose de plusieurs centres d’attraction. La fonctionnalité d’un centre d’attraction désigne la source de l’attraction : pôle culturel, pôle de santé, pôle éducatif, pôle commercial, pôle d’activités économiques, pôle de loisirs, etc.

En matière de développement durable, l’éco-urbanisme privilégie la multipolarité multifonctionnelle. Il s’agit de multiplier les polarités dans la ville, en favorisant la multifonctionnalité des pôles, chacun étant en mesure de proposer une grande diversité de services urbains. La logique est celle de la décentralisation et de la déspécialisation. A l’échelle d’un quartier, cela signifie un retour ou un maintien des services urbains de proximité liés à l’éducation, à la santé, à la culture, aux commerces essentiels et à l’activité économique urbaine.

La journaliste écolo : Et pour ce qui est de la densité ?

Lydie (saboteuse en série) : En matière de développement durable, le principe de l’arrêt de l’étalement urbain suppose d’augmenter la densité urbaine sur l’aire urbaine déjà existante pour absorber l’augmentation de population. Il s’agit d’élever le coefficient d’occupation des sols des parcelles privées destinées à l’habitation ou aux bâtiments à usage professionnel. Dans certaines villes, un des enjeux du développement durable est de préempter des parcelles privées afin d’agrandir les surfaces d’espaces publics. L’augmentation de la densité urbaine permet ainsi à la ville de ne pas sortir de ses frontières et de retrouver des espaces collectifs.

La journaliste écolo : Quel va être l’impact sur la mobilité des habitants ?

Julie (saboteuse en série) : La densification urbaine et la multipolarité multifonctionnelle ont pour effet de modifier profondément les flux de mobilité urbaine. Les distances et les temps de trajet sont fortement raccourcis, ce qui permet le recours aux mobilités douces (marche à pied, vélo, trottinette électrique et assimilés) pour les déplacements vers les pôles d’attraction de proximité. Il en résulte un désengorgement des voies urbaines, une diminution de la pollution de l’air et des nuisances sonores.

La journaliste écolo : Et pour l’habitat ?

Sophie (saboteuse en série) : Beaucoup de bâtiments à usage d’habitation ont été construits sans préoccupation pour le développement durable et sont des passoires thermiques. L’éco-urbanisme impose de procéder à une rénovation énergétique de grande ampleur afin de tendre vers la sécurité énergétique. C’est ce qu’ont fait les habitants des territoires durables de la série…