Il y a environ 4 000 territoires durables à l’échelle de la planète

Mardi 4 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. La saison 5 montre comment de nouvelles institutions se sont mises en place, à l’échelle des territoires, pour garantir le développement durable. Reportage.

La journaliste écolo : La saison 5 de votre série est intitulée « Les nouvelles institutions ». On découvre que les territoires durables se coordonnent à l’échelle de la planète. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Julie (saboteuse en série) : Vous avez utilisé le terme « coordonner » et c’est tout à fait de cela qu’il s’agit. Le développement durable est un enjeu planétaire et la série montre comment les habitants y font face, chacun sur leur territoire, en se coordonnant dans le respect de principes communs.

La journaliste écolo : Il n’y a donc pas de gouvernement central à l’échelle de la planète qui fixe les règles de fonctionnement ?

Sophie (saboteuse en série) : Surtout pas ! Il n’y a pas de gouvernement de métier, ni à l’échelle de la planète, ni même à l’échelle des territoires. Toute l’organisation sociale se fait selon une logique de droit mou, c’est-à-dire que c’est le respect des principes qui est privilégié, avec toute la souplesse que cela permet, et que les règles sont minimes et élaborées au plus près des habitants.

La journaliste écolo : Que voulez-vous dire ?

Noémie (saboteuse en série) : De nos jours, de nombreuses nations ou institutions ont des beaux principes qui prennent la forme de déclaration des droits pour les citoyens mais dans la réalité, ces principes sont peu respectés. Cela tient en grande partie au fait que les gouvernements de métier sont producteurs de règles qui sont parfois difficilement applicables et très souvent incomplètes. Il faut alors compléter par d’autres règles. La règle engendrant la règle, le travers bureaucratique l’emporte rapidement lorsqu’on instaure un gouvernement de métier. La règle est érigée en principe absolu afin de régir les rapports sociaux mais elle devient si complexe que personne ne la comprend et qu’on oublie les principes sur lesquels elle repose. Dans de nombreux systèmes juridiques, la règle s’est détachée des principes constitutionnels de l’organisation sociale, ce qui explique que ces derniers ne soient pas respectés.

La journaliste écolo : Mais comment peut-on envisager une organisation sociale en l’absence de règles ?

Valérie (saboteuse en série) : Il y a bien des règles, mais celle-ci sont définies au niveau des territoires. Pour le développement durable, le territoire est considéré comme l’échelle de pertinence. Le territoire est autonome pour tout. Il définit lui-même son organisation sociale, économique, politique, juridique dans le souci du respect des principes de développement durable qui ont été posés à l’échelle de la planète et selon une logique de mutualisation des bonnes pratiques avec les autres territoires. Autonomie ne signifie pas autarcie, bien au contraire, les échanges sont constants entre territoires, particulièrement entre territoires adjacents.

La journaliste écolo : Il y aurait presque 4 000 territoires durables à l’échelle de la planète ?

Valérie (saboteuse en série) : Oui, c’est tout à fait ça. Les territoires durables ont une superficie qui est située entre 30 000 et 45 000 km2 pour la plupart d’entre eux, même si, à la marge, il existe de très petits territoires durables, souvent pour des raisons historiques, et d’autres territoires dont la superficie avoisine les 500 000 km2 pour des raisons géographiques.

La journaliste écolo : D’où vient cette superficie de 30 000 à 45 000 km2. Elle est sortie du chapeau ?

Julie (saboteuse en série) : Mais pas du tout, bien au contraire. Si on raisonne selon une approche biologique, en termes d’écosystèmes, on s’aperçoit que cette superficie est celle de beaucoup d’écosystèmes intégrés, sauf pour les cas particuliers de certains écosystèmes beaucoup plus vastes qui nécessitent une délimitation territoriale plus large qui correspondent à des spécificités géographiques déjà évoquées. D’autre part, si on raisonne en termes d’implantation humaine, on s’aperçoit que les écosystèmes humains se sont beaucoup développés à cette échelle, ce qui est logique, puisque c’est l’échelle où ils sont en concordance avec les écosystèmes biologiques.

La journaliste écolo : Pouvez-vous donner des exemples concrets de territoires durables ?

Noémie (saboteuse en série) : Prenons les États baltes pour commencer. Dans la série, il s’agit d’États-nations qui se transforment naturellement en territoires durables sans transfert de souveraineté particulier. Il en est de même pour l’Islande. Dans la série, la Catalogne, l’Écosse et le pays de Galles se transforment, eux-aussi, en territoires durables. Il en est de même pour les Landers allemands. En France, la Corse et la Normandie deviennent assez naturellement des territoires durables. Pour les autres régions, c’est plus compliqué, car il s’agit de régions arbitraires qui n’ont pas réellement d’ancrage géo-biologique ou historique. Des redécoupages sont nécessaires. Dans la série, par exemple, le territoire durable de la Bretagne inclut le département de Loire-Atlantique.

La journaliste écolo : Ce sont des exemples européens. Est-ce que la même logique existe à l’’échelle de la planète ?

Sophie (saboteuse en série) : Tout à fait. L’autodétermination des peuples étant reconnue dans l’organisation constitutionnelle de la communauté, la logique d’affirmation des territoires durables se généralise à l’ensemble de la planète. Il y a ainsi 4 000 territoires durables environ, chacun avec son contexte spécifique. Certains sont très peuplés et ont largement dépassé leur capacité de charge quand d’autres sont des havres d’épanouissement de la biodiversité qu’il faut absolument préserver. Les territoires sont autonomes mais ils sont dans une logique d’entraide les uns avec les autres, ce qui les conduit à développer des échanges économiques basés sur les besoins essentiels lorsque certains ne peuvent être satisfaits par l’activité propre des habitants d’un territoire. Il se développe alors un macrobiote d’échanges entre les territoires en plus du microbiote des échanges à l’intérieur de chaque territoire.