Livre deuxième : Le livre de l’âme humaine

Motif 31 – Les êtres humains sont une espèce animale parmi les autres. Ils se différencient des autres animaux par leur capacité à pourvoir inscrire leurs actions dans le long terme et de façon coordonnée selon des processus qui font appel à la réflexion. Cette capacité ne les éloigne pas de la possibilité de réagir à des émotions.  

Motif 32 – Le Monde désigne le produit de la vie en société sur Terre. Il s’agit d’une réalité sociale. La perception du Monde par un individu est unique et légitime. Cette perception est contextuelle au sens où elle dépend de la somme des interactions de l’individu avec les autres personnes. En cela, toutes les perceptions sont uniques. Etant le fruit du vécu personnel de chaque individu, les perceptions sont toutes légitimes et il convient de respecter les perceptions de chacun afin de comprendre les points de vue qui en découlent.

Motif 33 – Chaque personne a sa propre représentation du Monde. Il existe autant de représentations du Monde que d’individus. Celles-ci sont le fruit des expériences vécues et des croyances que chacun s’est forgé. Les représentations du monde ne sont pas la réalité du Monde. Elles ne sont que des interprétations personnelles de la façon dont les interactions sociales produisent leurs effets. La réalité du Monde, qui est éminemment complexe, ne peut être appréhendée par l’intelligence humaine. Il convient de le reconnaître. La réalité du Monde est impermanente au sens où les éléments et les interactions qui composent le Monde un jour, sont déjà différents le lendemain et encore différents le jour d’après. Ainsi, le processus de développement s’applique au Monde autant qu’il s’applique à la Terre.  Pour ne pas tomber dans le tropisme des postures autocentrées, il convient de reconnaître et d’admettre que les représentations du Monde ne sont pas la réalité du Monde et qu’aucune d’elles ne peut avoir de légitimité supérieure, quelques soient leurs formes et à tous les endroits de la Terre.

Motif 34 – Les êtres vivants ont, par nature, une posture autocentrée. La nécessité intrinsèque de s’adapter à son environnement pour garantir sa survie conduit à agir selon ses besoins personnels. L’association avec d’autres entités vivantes, afin d’augmenter les capacités de survie, n’atteste pas d’un changement de posture. Les nouvelles entités, créées selon le principe d’associativité, développent elles-mêmes leurs propres postures autocentrées. Par leur caractère restrictif, les postures autocentrées altèrent grandement les représentations du Monde et conduisent à des tropismes d’action qui n’ont pas de sens au regard du développement de la Terre. Afin d’éviter les tropismes insensés, il convient de sortir des postures autocentrées, quelles que soient leurs formes et à tous les endroits de la Terre.         

Motif 35 – Par leurs interactions multiples, les êtres humains ont la possibilité d’ouvrir leurs croyances et leurs perceptions. L’ouverture au Monde est une démarche volontaire et une nécessité pour ceux qui souhaitent sortir de leur posture autocentrée. L’ouverture des personnes et des communautés aux croyances, aux pratiques et aux perceptions des autres personnes et des autres communautés permet de s’enrichir mutuellement et d’élargir les représentations du Monde. Eu égard aux bienfaits qu’elle apporte aux habitants de la Terre, l’ouverture au Monde est une disposition qu’il convient d’instituer sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre.

Motif 36 – La Terre est notre planète. Elle est une réalité géophysique constituée du monde biotique, dont la nature est organique, et des composantes abiotiques dont la nature est minérale. La biodiversité de l’ensemble des espèces vivantes traduit la complexité du monde biotique. L’ensemble des espèces vivantes – végétales et animales – du monde biotique sont en interactions et forment des écosystèmes qui se développent selon le processus d’expansion de l’univers qui donne le sens et la direction. L’ensemble des écosystèmes présents sur la planète constituent un vaste écosystème planétaire, ce qui rend la Terre animée par la présence d’une vie organique à sa surface. Les espèces vivantes à la surface de la Terre vivent en société. Le Monde est le produit de cette vie en société. Les planètes inanimées sont des planètes sans monde. Les êtres humains, comme toutes les espèces vivantes de la planète, participent au monde vivant à la surface. Dans leur perception du Monde, certains personnes humaines adoptent des postures anthropocentrées. Celles-ci conduisent à des représentations du Monde fortement limitées, excluant les autres espèces vivantes de la vie en société. Ces postures, contraires à la démarche d’ouverture au monde, conduisent à l’ignorance. Ainsi, il convient de reconnaître que toutes les espèces vivantes, qu’elles soient animales ou végétales, participent au développement de la vie sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre et doivent être reconnues comme personnes à part entière et parties intégrantes du Monde qui habite la planète.

Motif 37 – A certains égards, l’âme est ce qui différencie les personnes humaines des autres animaux. Par des dispositions spécifiques qui les amènent à se construire une représentation du monde, à partager des croyances et à se doter de valeurs qui dictent les principes de leurs actions, les personnes humaines disposent d’attributs qui permettent d’inscrire leurs actions dans des processus raisonnés. En cela, les actions humaines sortent de la simple réaction adaptative émotionnelle liée à la perception d’évolution du contexte, qui est constatée majoritairement chez les autres animaux, et qui peut être qualifiée de tropisme animal. Par leurs processus raisonnés, les personnes humaines cherchent à répondre, par la construction collective, à l’impératif de survie.  

Motif 38 – L’âme d’une personne humaine est constituée de ses représentations du monde, de ses croyances et des valeurs qui dictent les principes de ses actions. Envisagées de la sorte, il y a autant d’âmes que de personnes humaines sur Terre. L’âme d’une personne humaine ne présage pas du caractère moral de ses actions. Certaines personnes disposent de bonté d’âme lorsque leur représentation du monde, leurs croyances et leurs valeurs les conduisent à faire la bonté. D’autres personnes ont une âme noire lorsque leur représentation du monde, leurs croyances et leurs valeurs les conduisent à faire le mal. On dit de certaines personnes humaines qu’elles sont sans âme lorsqu’elles ne semblent pas dotées de valeurs et que leurs actions semblent reposer sur le tropisme animal.

Motif 39 – Chaque personne se construit une représentation du monde. Celle-ci est une partie constituante de son âme au sens où cette représentation, qui est une interprétation de la réalité, décrit l’univers dans lequel la personne semble évoluer. Les représentations du monde que les personnes se construisent dépendent fortement des perceptions qu’elles en ont et des croyances qu’elles vont partager. Il apparaît que produit en société de l’ensemble des espèces vivantes est fait de nombreuses interactions dont certaines reposent sur une logique de concurrence et d’autres sur une logique de coopération. Le principe d’associativité qui accompagne le processus du développement repose sur une logique de coopération visant à modifier le contexte de concurrence. Ainsi, la logique de coopération permet de mieux faire face à l’impératif de survie dans un contexte où la concurrence a tendance à dégrader les conditions de la survie. Dans les représentations qu’elles ont du monde, certaines personnes se figurent un univers concurrentiel là où d’autres voient un univers coopératif. Ces différences de représentations conditionnent fortement les postures d’action des uns et des autres et exercent ainsi une influence déterminante sur le caractère durable des actions engagées.

Motif 40 – Lorsque l’ouverture au Monde d’une personne est limitée, la représentation qui en résulte est étriquée. La personne est en grande partie dans l’ignorance au sens où, sa perception se limitant à quelques interactions triviales, les croyances qu’elle se forge ne lui permettent pas d’appréhender la complexité. L’ignorance est souvent attestée par le manque de nuance dans les énoncés des personnes manquant de sagesse qui pensent que leurs croyances reflètent pleinement la réalité. L’ignorance conduit souvent à des postures d’action qui ne sont pas compatibles avec le maintien de la vie sur Terre. Aussi, il convient de combattre l’ignorance sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre.  

Motif 41 – Une croyance consiste à attribuer une valeur de vérité à un énoncé. Chaque personne humaine a ses propres croyances qui résultent de son expérience vécue. Celle-ci peut être envisagée comme la somme des interactions que la personne a entretenu avec les autres personnes vivantes. Ainsi, chacun cherche naturellement à enrichir son expérience afin de faire évoluer ses croyances. Les croyances sont une partie intégrante de l’âme humaine. Il existe des raisons spécifiques qui conduisent une personne à forger ses croyances. Ainsi toutes les croyances doivent être respectées, quelle que soit leur moralité, ce qui ne signifie pas que toutes les croyances doivent être acceptées.

Motif 42 – Une croyance est un fait social au sens où les personnes humaines ont une tendance naturelle à vouloir partager ce qu’ils considèrent comme des vérités. Les croyances, lorsqu’elles sont partagées, aboutissent à des croyances collectives. Dans les sociétés humaines, les croyances collectives sont souvent forgées au travers d’institutions, socialement reconnues, que l’on peut qualifier de corpus. Il existe ainsi différents corpus, dont le rôle social est de fournir des vérités auxquelles vont souscrire les personnes qui adhèrent au corpus. Dans les sociétés humaines, on distingue différents corpus qui exercent une influence sur la formation des croyances collectives. Certains des corpus sont philosophiques, d’autres sont religieux, politiques ou commerciaux. Ces différents corpus sont en concurrence lorsque les croyances qu’ils cherchent à partager ne sont pas compatibles entre-elles. Certains corpus sont dans une logique d’influence au sens où leur démarche consiste à faire changer les opinions et les comportements des individus. La concurrence sur les croyances, promue par de nombreux corpus, conduit à des antagonismes et postures tranchées qui éloignent les contradicteurs et ceux qui les suivent de la perception de la complexité. Dans le respect des libertés d’opinion et d’expression, la concurrence sur les croyances est légitime mais il convient de reconnaître qu’elle conduit parfois à des futilités, sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre, qui éloignent de l’appréhension de la complexité.  

Motif 43 – Par essence, une croyance est une interprétation subjective de la réalité. Une croyance est intime et personnelle. Elle n’est une vérité que pour les personnes qui y adhèrent et ne représente rien au regard de toutes les autres. Il convient de respecter les croyances de chacun. Par ce principe, il convient de ne pas chercher à faire adhérer les autres à ses croyances personnelles. Ainsi, toute démarche qui s’apparente à du prosélytisme est proscrite sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre. Cet interdit porte sur le prosélytisme philosophique, religieux, politique et commercial.

Motif 44 – La science est la somme des connaissances humaines sur le fonctionnement du Monde, de la Terre et de l’univers. Les connaissances scientifiques ne sont pas des croyances mais des vérités qui décrivent, expliquent et permettent d’anticiper le développement du Monde, de la Terre et de l’Univers. Le rôle social des scientifiques est de produire des connaissances humaines. La communauté des scientifiques est une communauté mondiale qui permet le débat et la diffusion des connaissances scientifiquement admises par la communauté. La démarche scientifique repose sur des procédés d’intelligence collective qui permettent à chacun, par ses apports individuels, d’enrichir le savoir de tous. Les regards croisés, la contradiction constructive et l’acceptation de la critique sont des principes essentiels de la démarche d’intelligence collective. Les connaissances scientifiques sont des vérités communément admises pour un état de la science donné. L’état de la science est dynamique. L’émergence récurrente des découvertes scientifiques, sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre, permettent d’enrichir l’état de la science de nouvelles connaissances qui peuvent faire évoluer les vérités. Le corpus scientifique est unique. Les connaissances qui sont diffusées par ce corpus font l’objet d’un consensus au sein de la communauté mondiale des scientifiques. Leur rôle est primordial dans la compréhension du développement de la Terre et de l’Univers et il convient de reconnaître que les connaissances scientifiques ne peuvent pas être remises en cause par des croyances issues des autres corpus, sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre.

Motif 45 – La posture d’action peut se définir comme l’ensemble des prédispositions qui déterminent les formes de l’action d’un individu. Les postures d’action sont uniques. Il a y autant de postures d’action que d’individus. Chaque individu, émergé dans les conditions d’un même contexte, aura une façon spécifique de passer à l’action en fonction de ses prédispositions personnelles. Celles-ci résultent de l’expérience vécue par chacun. Les croyances d’un individu ainsi que sa façon de se représenter le Monde sont des éléments qui déterminent, en grande partie, sa posture d’action. Cependant, l’élément central de la posture d’action, fédérateur de l’ensemble des prédispositions, est constitué des valeurs sur lesquelles reposent les actions.

Motif 46 – Les valeurs sont les attributs auxquels les individus accordent de l’importance. Les valeurs sont personnelles au sens où chaque individu reconnaît ses propres valeurs – ses attributs fondateurs – qui donnent la direction à ses actions. Les personnes humaines qui partagent les mêmes valeurs peuvent former des communautés. La constitution des communautés de valeurs permet d’harmoniser les postures d’action. Certaines valeurs sont exclusives au sens où la recherche de l’attribut fondateur ne peut se faire qu’au détriment des autres. La richesse et le pouvoir sont les valeurs exclusives les plus souvent répandues. Les valeurs exclusives génèrent des postures d’action qui suivent une logique d’accaparement. Certaines valeurs sont inclusives au sens où la recherche de l’attribut fondateur par les uns favorise celle des autres par les interactions qu’elle procure. La connaissance et la bienveillance sont les valeurs inclusives les plus souvent répandues. Les valeurs inclusives génèrent des postures d’action qui suivent une logique de distribution. Beaucoup de valeurs ne sont ni exclusives, ni inclusives, la recherche de l’attribut fondateur par les uns n’a pas d’effets sur les autres.

Motif 47 – Dans les processus raisonnés qui permettent aux personnes humaines d’inscrire leurs actions dans le long terme et de façon coordonnée, la reconnaissance de valeurs universelles permet d’harmoniser les postures d’action. Par essence, les valeurs universelles sont celles qui produisent des actions bénéfiques pour l’humanité dans son ensemble et pour chacune des personnes qui la composent, sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre. Une valeur qui conduirait à des actions bénéfiques pour l’humanité dans son ensemble mais au détriment d’une ou de plusieurs personnes qui la composent n’est pas universelle. Les valeurs universelles doivent servir de fondements aux principes de l’action humaine. Les personnes humaines sont des habitantes de la planète, comme toutes les autres espèces vivantes. Dans les procédés de gouvernance qu’elles mettent en place pour garantir le développement durable des territoires sur lesquelles elles se sont installées, il convient de faire une référence constante aux valeurs universelles sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre.

Motif 48 – Comme toutes les entités vivantes, les personnes humaines sont des habitantes de la planète. Le cycle invariant de la naissance, du développement, de la maturité et du déclin – qui est le cycle de la vie – fait que les habitantes sont de passage sur la planète. Le temps de vie des entités vivantes ainsi que le temps de vie des entités organisationnelles qu’elles génèrent est négligeable au regard du temps long de développement de la Terre, ce qui fait que le passage de ces entités est éphémère.  Pour les personnes humaines, comme pour les entités organisationnelles qu’elles génèrent, se posent la question de l’empreinte de vie, qui est en quelque sorte la marque de leur passage, ainsi que la question du leg générationnel, qui est en quelque sorte la transmission qui est faite aux générations futures. Ces deux questions sont les questions fondamentales du développement de l’humanité. Elles ne se posent pas pour les autres entités vivantes car celles-ci n’ont pas de capacité de conscientisation collective des modalités de leur développement. L’éthique est la réflexion fondamentale permettant aux personnes humaines d’encadrer leurs rapports aux écosystèmes nourriciers en faisant reposer leurs postures d’action sur des principes moraux. La démarche éthique n’existe pas pour les autres entités vivantes présentes sur Terre.  L’éthique est la composante fondamentale de l’âme humaine. Elle est celle qui atteste que les individus sont dotés d’humanité.

Motif 49 – Pour reprendre la formule d’un sage parmi les sages, l’éthique est une démarche qui consiste à vivre bien avec et pour les autres dans des institutions justes. Cela suppose d’avoir conscience des liens d’interdépendance qui lient les entités vivantes entre elles et de partager des valeurs morales qui garantissent le respect de chacune de ces entités ainsi que le respect des écosystèmes qu’elles composent. Pour inscrire leurs actions dans le long terme et de façon coordonnée, les personnes humaines ont la capacité de se construire collectivement des structures sociales qui assurent la régulation de leurs interactions au sein des écosystèmes. Les processus de la construction sociale humaine font appel à la réflexion et conduisent les personnes humaines à se doter d’institutions. Ces institutions permettent de codifier les interactions sociales en distinguant celles qui sont collectivement admises de celles qui sont moralement interdites. Les codifications institutionnelles sont des conventions sociales qui n’ont de valeur que pour les personnes reconnues par les institutions. Elles ont un caractère hégémonique au sens où la codification a tendance à englober l’ensemble du champ des interactions sociales, sous toutes leurs formes et à tous les endroits du territoire d’application. L’histoire de l’humanité montre que les arrangements institutionnels ont un caractère éphémère. Les conventions sociales n’existent que pour le temps de vie des institutions qui les portent. Outre leur caractère éphémère, le territoire d’application des conventions sociales se limite aux lieux d’implantation des personnes reconnues par les institutions. A certains égards, les guerres de conquête de territoires auxquels peuvent se livrer certains peuples de la planète peuvent être considérées comme des volontés d’extension du territoire d’application.

Motif 50 – La question de la justice d’une institution est éminemment posée. La justice d’une institution est la question fondamentale de l’harmonie des interactions entre les êtres vivants sur le territoire institutionnel. La justice d’une institution repose sur des principes fondamentaux qui forment le socle de la régulation institutionnelle. C’est sur les principes fondamentaux voulus par l’institution que va reposer la codification des interactions sociales entre les êtres vivants sur le territoire institutionnel. Ainsi, la justice institutionnelle est une construction sociale. Ce qui est reconnu comme étant juste au regard d’une institution, ne l’est pas nécessairement pour d’autres institutions.

Motif 51 – La justice sociale peut être considérée comme la perception de la sphère de la justice par l’ensemble du corps social. Une institution permet une régulation socialement juste lorsque aucune entité n’est exclue du champ d’application des conventions et que celles-ci s’appliquent de façon indistincte pour l’ensemble des personnes du territoire. L’histoire de l’humanité montre que beaucoup d’institutions sont excluantes et ne permettent pas une régulation socialement juste. La reconnaissance de la personnalité est fondamentale pour garantir la justice sociale. Pour une entité vivante, la reconnaissance de la personnalité, au sens juridique du terme, est ce qui lui permet de devenir sujet de la justice institutionnelle, avec la pleine application des conventions. Selon les époques et les lieux, certaines institutions peuvent être excluantes à l’égard des femmes, à l’égard de certains êtres humains, considérés comme esclaves, ou à l’égard des autres entités vivantes. Certaines institutions peuvent être catégorisantes au sens où elles définissent différentes catégories de personnes auxquelles ne sont attachées que des applications partielles des conventions. Les institutions excluantes et catégorisantes ne sont pas socialement juste. Ainsi, il convient de reconnaître que seules les institutions non excluantes et non catégorisantes, sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre, sont socialement justes.

Motif 52 – La justice morale peut être considérée comme la perception de la justice au regard de l’éthique humaine. La justice morale repose sur les valeurs qui sont moralement partagées par les personnes humaines qui habitent le territoire institutionnel. Les principes fondamentaux d’une institution, qui donnent lieu à la codification des interaction sociales, reposent implicitement sur des valeurs morales. Sur un territoire donné, l’adhésion des personnes aux principes fondamentaux d’une institution, et donc l’acceptation de la codification des interactions sociales qui en résulte, dépend de la capacité globale de consensus éthique. En l’absence de consensus éthique, chacun agit selon ses valeurs personnelles et la communauté d’action régulée par l’institution n’est pas une communauté de valeurs mais davantage une communauté d’intérêts. Le débat public sur les valeurs morales qui servent de socle aux principes fondamentaux de la régulation sociale est le fondement de la démocratie, au sens où les institutions de régulation sociale émanent de la volonté pleine et entière des habitants du territoire. En démocratie, chacun est libre d’exercer son esprit critique, d’exprimer son opinion et de remettre en cause des codifications en en proposant de nouvelles selon une démarche constructive et argumentée, sur le fondement de valeurs morales qui font avancer la justice. Cependant, en l’absence de consensus, la justice institutionnelle reste figée de la même manière que s’il n’y avait pas eu de débat public. Ainsi, il convient de reconnaître que la recherche du consensus est le fondement du fonctionnement des institutions socialement et moralement justes. La recherche du consensus doit se faire sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre.

Motif 53 – L’éthique humaine a longtemps reposé sur un principe moral qui énonce que l’on doit agir de telle sorte que notre façon d’agir puisse devenir une loi universelle applicable à l’ensemble des êtres humains. Ce principe, qui est souvent reconnu comme étant la règle d’or, se retrouve comme principe fondateur de nombreuses institutions humaines à différentes époques et en différents lieux. Intrinsèquement, il s’agit d’un principe de réciprocité duquel vont découler de nombreux préceptes institutionnels fondateurs de nombreuses codifications territoriales des interactions humaines. Certains penseurs voient en ce principe moral un impératif catégorique – au sens où il doit être appliqué sans condition – afin de garantir le respect de tous par tous, ce qui en fait un principe universel. L’application du principe de réciprocité participe grandement à l’harmonie des interactions entre les personnes humaines, cependant, il convient de reconnaître qu’il est exclusif des autres êtres vivants sur la Terre et qu’il n’apporte aucune réponse aux deux questions fondamentales du développement de l’humanité : celle de l’empreinte de vie et celle du leg intergénérationnel. En excluant les êtres vivants non humains du champ de la réflexion morale, le principe de réciprocité ne garantit aucunement la préservation des écosystèmes et donc le maintien de la vie sur Terre. Cette posture anthropocentrée est statique au sens où la réciprocité qu’elle promeut ne s’applique qu’aux êtres humains vivants au moment donné du questionnement moral, sans prendre en compte la réciprocité envers les générations futures. Elle conduit à un leg générationnel dégradé qui conduit l’annexion des capacités de vie des générations futures au profit des générations actuelles. Ainsi, il convient de reconnaître le caractère restrictif de l’anthropocentrisme moral dont les principes, ne s’appliquant qu’aux seuls humains des générations actuelles sans considération envers les autres êtres vivants et les générations futures, ont une universalité limitée et conduisent à une dégradation des conditions d’habitabilité sur Terre qui prend la forme d’un suicide collectif.

Motif 54 – L’éthique de la durabilité est la réflexion fondamentale portant sur le maintien de la vie, dans la durée, sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre. La vie sur Terre repose sur les équilibres complexes mais fragiles. A l’échelle de notre planète, la vie organique est une fine pellicule de milliards d’entités déposées à sa surface et dans la profondeur des océans. Ces entités se nourrissent les unes avec les autres et forment des liens étroits et durables qui constituent les écosystèmes en harmonie. Le maintien de la vie sur Terre suppose la préservation et la régénérescence de tous les écosystèmes. Ainsi, l’éthique de la durabilité contient, intrinsèquement une réflexion sur l’harmonie. Elle repose sur le principe de responsabilité. Ce principe est universel au sens où il s’applique à l’ensemble des êtres vivants sur Terre, aujourd’hui et pour l’éternité. Pour reprendre la formule d’un sage parmi les sages, le principe de responsabilité consiste, pour les personnes humaines, à agir de telle façon que les effets de leurs actions soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre. Selon ce principe, les actions humaines doivent être évaluées au regard des conséquences qu’elles produisent, dans la durée, sur les écosystèmes. Les personnes humaines étant partie intégrante des écosystèmes, elles ne sont pas en dehors du champ de l’évaluation des conséquences des actions. Le principe de responsabilité postule que les actions qui causent dommages aux écosystèmes sont condamnables car elle entravent la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre. Elles ne doivent pas être engagées ou, lorsqu’elles l’ont été, elles doivent être réparées. Les actions qui permettent la régénérescence des écosystèmes sont louables. Elles doivent être encouragées. Les écosystèmes étant le résultat l’interactions complexes, l’évaluation des conséquences des actions humaines sur les écosystèmes est chose complexe. Pour une action donnée, il s’agit d’évaluer l’ensemble des effets induits sur les écosystèmes sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre. Les personnes humaines qui n’évaluent pas les conséquences de leurs actions sont irresponsables. Leur absence d’éthique nuit à la durabilité de la vie sur Terre. Leurs actions sont des entraves la permanence de la vie. Elles conduisent à une forme de vie qui n’est pas authentiquement humaine au sens où, en l’absence de réflexion fondamentale, les comportements deviennent conditionnés et ne reposent plus sur les valeurs fondamentales qui forgent l’humanité.

Motif 55 – La justice environnementale peut être considérée comme la perception de la justice au regard de l’ensemble des entités vivantes sur une échelle de temps qui inclut l’ensemble des générations futures. La justice environnementale est une justice de la préservation et de la régénérescence des écosystèmes. Par essence, la justice environnementale est une justice mondiale car les actions humaines engagées sur les différents territoires exercent leurs effets sur l’ensemble des écosystèmes à l’échelle de la planète. La préservation des écosystèmes et des êtres vivants qui les composent est une cause juste qui permet de garantir la permanence de la vie sur Terre. Pour être défendue, les écosystèmes et les êtres vivants non humains doivent être reconnus dans leurs droits : le droit de vivre et de se développer. Ainsi, il convient de reconnaître la personnalité morale aux différents écosystèmes, sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre. Leurs droits sont défendus par les personnes humaines, parties prenantes aux écosystèmes et habitantes des territoires sur lesquels ils sont implantés.

Motif 56 – Dans le souci d’obtention d’une plus grande capacité de survie et de résistance aux aléas, les personnes humaines pratiquent l’artificialisation en transformant leur milieu naturel afin de l’adapter à leurs besoins. Par essence, l’artificialisation n’est pas naturelle et elle suppose des interventions répétées afin d’être maintenue. En l’absence de telles interventions, les milieux artificialisés retournent à l’état naturel selon une échéance qui est plus ou moins longue. Les vestiges des villes anciennes donnent des exemples du retour à l’état naturel en l’absence de maintien. L’artificialisation n’est pas le propre de l’espèce humaine, mais par leur capacité de coordination des leurs actions dans la durée, les personnes humaines ont la possibilité de conduire une artificialisation à une très grande échelle, qui est celle de la planète, qui peut se faire au détriment des écosystèmes déjà présents. L’artificialisation est un sujet de la réflexion fondamentale sur le maintien de la vie dans la durée. A l’image de celles qui sont conduites par les autres espèces animales, l’artificialisation humaine doit se faire en harmonie avec les écosystèmes existants. Le principe de l’harmonie consiste à reconnaître ce que les écosystèmes apportent à l’espèce humaine et ce que les personnes humaines apportent aux écosystèmes. Le respect du principe de l’harmonie consiste à veiller au maintien et à garantir les équilibres écosystémiques. Ainsi, lorsque l’artificialisation humaine conduit à la dégradation des écosystèmes, sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre, il convient de s’assurer d’une régénérescence équivalente sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre. Le principe de l’harmonie conduit à une artificialisation mesurée au sens où elle se fait en harmonie avec les écosystèmes existants et que les éventuelles dégradations doivent être compensées par des régénérations volontaires. Cependant, depuis le début de la grande Transformation, l’absence de respect du principe de l’harmonie dans la durée par les personnes humaines a conduit à une prééminence de l’artificialisation humaine qui est fortement destructrice des écosystèmes. Ainsi, en l’état actuel de la planète, il convient de ne plus procédé à aucune artificialisation destructrice des écosystèmes et d’œuvrer au plus vite et de manière coordonnée à leur régénérescence sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre.

Motif 57 – Par essence, les écosystèmes sont complexes. L’appréhension de leur complexité et la compréhension des interactions entre les entités qui les composent échappent largement à l’intelligence humaine, lorsqu’elle est isolée. Le déni de cette vérité est une forme d’arrogance. Pour autant, la compréhension de la complexité des écosystèmes est vitale pour l’espèce humaine au sens où elle permet de garantir sa survie. Par leurs capacités de partage et de mutualisation, les personnes humaines savent mettre en œuvre des procédés d’intelligence collective qui leurs permettent de croiser les regards dans différents contextes afin de mieux appréhender la complexité sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre. L’intelligence collective est une posture qui invite à sortir de l’arrogance. Elle permet une compréhension étendue des dégradations qui sont susceptibles d’être causées aux écosystèmes par l’effet des actions humaines. En cela, l’intelligence collective est un procédé qui permet de positionner les personnes humaines face à leur responsabilité. Ainsi, pour sortir de l’arrogance destructrice des écosystèmes et favoriser la compréhension de la complexité, il convient d’instituer le procédé de l’intelligence collective sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre.

Motif 58 – Les écosystèmes sont nourriciers de l’espèce humaine au sens où ils lui procurent les ressources nécessaires à sa survie. Les habitants d’un territoire durable veillent au maintien et à la régénérescence des écosystèmes auxquels ils sont intégrés. Il existe des ressources spécifiques sur les territoires qui doivent être considérées comme des communs au sens celles-ci sont bénéfiques pour l’ensemble des habitants du territoire sans qu’il soit possible ou envisageable d’apporter une distinction parmi les bénéficiaires. La reconnaissance de ces ressources spécifiques évite de les soumettre à un système de prédation. Ces ressources partagées sont gérées et maintenues de manière collective par la communauté territoriale qui décide des ponctions qui doivent être opérées pour les générations actuelles dans le respect de la pérennité de ces ressources pour les générations futures. Il s’agit des ressources minérales du territoire, sans distinction, de certaines ressources organiques présentes à différents endroits du territoire qui répondent à des besoins spécifiques ainsi que de certains écosystèmes spécifiques, qui doivent être particulièrement protégés. Ainsi, il convient de reconnaître que les minerais présents sur un territoire, les gisements sous toutes leurs formes, la biodiversité animale et végétale, les semences, les forêts, les lacs, les rivières, les zones humides ainsi que les zones de pâturage sont les communs territoriaux. La valorisation de ces ressources spécifiques est commune et prend la forme d’une gouvernance partagée des usages réunissant toutes les parties prenantes à l’utilisation de ces ressources. Cette gouvernance partagée est permise par la reconnaissance de la personnalité juridique aux différentes ressources. La valorisation des ressources communes se fait au profit de l’ensemble des habitants du territoire. L’appropriation individuelle pour la valorisation de ces ressources ne peut, en aucun cas, être envisagée. Les habitants d’un territoire sont responsables de la valorisation des ressources dont ils sont dotés. Selon le principe de responsabilité, ils répondent de leurs choix devant l’humanité. Certains communs ont un caractère mondial et non territorial. Ainsi, il convient de reconnaître que l’atmosphère, les océans et la connaissance sont des communs mondiaux.            

Motif 59 – Les richesses désignent toutes les productions humaines de biens ou de services. Certaines font l’objet d’échanges. Les richesses – qui sont produites par les personnes humaines – se distinguent des ressources – qui sont fournies par les écosystèmes – par le fait qu’elles font l’objet d’une transformation. Ainsi toute richesse est le fruit d’une association complexe entre des ressources procurées par les écosystèmes et des transformations qui reposent sur la connaissance humaine. Les postures d’action concernant les richesses produites se distinguent, avec toutes les nuances existantes sur le spectre des postures, entre celle de l’accaparement et celle de la distribution. La posture d’accaparement des richesses consiste à attirer les richesses produites à soi, ce qui prive l’accès des autres aux richesses accaparées. Cette posture est le fait de personnes ou de groupes de personnes et génèrent des relations conflictuelles avec les tiers exclus de l’accès aux richesses. Elle suppose des formes d’organisation entre les membres du groupe qui la pratiquent mais aussi avec les tiers lorsque l’accaparement porte sur des flux de richesses qui doivent être maintenus en l’état. La posture de distribution consiste à répartir les richesses produites au sein d’une communauté de personnes qui sont socialement reconnues comme ayant accès aux richesses distribuées. Les postures d’accaparement et de distribution sont antagonistes au sens où, pour une même richesse produite, il n’est pas possible de concilier accaparement et distribution. Dans leurs rapports aux richesses produites, les sociétés humaines génèrent une logique dominante d’actions, qui diffère selon les perceptions, les croyances partagées et les représentations des personnes qui composent ces sociétés. Les logiques dominantes tendent à se maintenir dans la durée. La logique de l’accaparement n’est pas éthiquement morale au sens où elle ne respecte pas le principe de réciprocité de la règle d’or. Ainsi, il convient de ne pas reconnaître et de ne pas codifier la logique de l’accaparement des richesses, sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre.

Motif 60 – Les valeurs des personnes humaines appartiennent à la sphère privée. Elles ne sauraient, en aucun cas, faire l’objet d’une codification formelle par les institutions sociales qui régulent les interactions entre les membres des communautés. Pour autant, il convient de reconnaître que certaines valeurs et dispositions sont vertueuses au regard des principes de responsabilité et d’harmonie. Ces valeurs et dispositions vertueuses sont l’ouverture, la connaissance, la compréhension, le respect, la tolérance, la compassion, la bienveillance, l’altruisme et l’humilité. De la même façon, il convient de reconnaître que certaines valeurs et dispositions sont contraires aux principes de responsabilité et d’harmonie. Les valeurs et dispositions contraires sont l’ignorance, l’isolement, le déni, l’arrogance, le mensonge, l’avidité, la convoitise, la violence, la destruction et l’addiction. Les valeurs des personnes humaines contiennent implicitement les visions du monde qu’elles véhiculent. Sans chercher à être intrusif dans la sphère privée, pour les habitants de la Terre, il convient de partager les valeurs qui projettent la vision du monde qui est celle de la durabilité.