Motif 61 – Les personnes humaines ont la capacité de pouvoir inscrire leurs actions dans le long terme et de façon coordonnée selon des processus qui font appel à la raison. Ayant la pleine conscience du gain à l’échange, les personnes humaines ont une propension naturelle à ouvrir leurs perceptions, à partager leurs connaissances et à mutualiser leurs pratiques. L’histoire de l’humanité atteste d’un développement qui repose essentiellement sur le partage entre les personnes humaines et entre les communautés qu’elles composent selon des procédés qui s’apparentent à de l’intelligence collective. Ainsi, lorsqu’elle s’inscrit dans la durée, l’action humaine est une action intelligente au sens où elle repose sur des processus raisonnés.
Motif 62 – L’ouverture des perceptions individuelles à autrui, le partage des connaissances et la mutualisation des pratiques conduisent à des interactions complexes entre les personnes humaines qui font l’objet d’une normalisation sociale. Les normes sociales peuvent se définir comme des façons de faire et d’agir qui sont communes à un groupe social. La normalisation sociale participe à la cohérence des activités humaines sur Terre au sens où, pour chaque groupe social, elle reconnait des façons de faire et d’agir qui suivent une même logique, indépendamment des contextes, ce qui génère des comportements prédéterminés qui favorisent le développement coordonné des actions humaines.
Motif 63 – Les normes sociales se rattachent toujours à un ou plusieurs groupes sociaux de référence et font partie intégrante de leur culture. La grande diversité des groupes sociaux atteste de la grande diversité des normes sociales et il convient de reconnaître et de respecter les normes sociales de chacun des groupes sociaux. Certaines normes sociales sont communes à différents groupes sociaux. Dans un souci de régulation des échanges, certains groupes sociaux peuvent institutionnaliser des normes sociales communes. Cette institutionnalisation volontaire ne présage pas du caractère durable des normes sociales communes.
Motif 64 – Les personnes humaines s’approprient les normes sociales par imprégnation culturelle au sein des groupes sociaux. La démarche réflexive individuelle de compréhension et d’adhésion aux normes sociales est plus ou moins développée selon les personnes et les groupes sociaux d’appartenance. En l’absence d’un tel processus de conscientisation, la reproduction des normes sociales s’apparente à un conditionnement.
Motif 65 – Les normes sociales évoluent sous l’effet du changement social. Celui-ci implique une modification du système de pensées collectives. Le changement social est attesté lorsque de nouvelles manières de faire et d’agir émergent et se diffusent au sein des groupes sociaux et viennent supplanter les anciennes. Le changement social est en partie un fait générationnel. L’évolution continue du contexte global amène les générations montantes à trouver et partager de nouvelles adaptations. Certaines adaptations conduisent à de nouvelles normes sociales qui viennent supplanter celles qui émanaient des générations précédentes. Les phénomènes émergents désignent l’apparition des nouvelles manières de faire et d’agir qui ont pour vocation à supplanter les anciennes. Les phénomènes sont réellement émergents lorsqu’ils produisent leurs effets sur l’ensemble du groupe social au sens où les manières de faire et d’agir qu’ils induisent se diffusent largement et font l’objet d’une appropriation par le corps social qui implique une modification du système de pensée.
Motif 66 – Les normes sociales traduisent en partie les modes de vie et les modes d’organisation. Le mode de vie d’une personne est sa manière de vivre, d’être et de penser. Il repose sur des croyances, des valeurs et des représentations du monde qui se reflètent dans le comportement quotidien de la personne. Les personnes d’un même groupe social partagent souvent le même mode de vie. Au sein d’une même société, les différents modes de vie sont nombreux, à l’image des différents groupes sociaux qui composent la société. Ainsi, il convient de reconnaître et de respecter les différents modes de vie sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre. Les modes d’organisation désignent la façon dont les personnes se regroupent et se coordonnent afin d’effectuer une activité collective en divisant les tâches. Les regroupements organisationnels se forment pour exercer des activités qui couvrent tous les aspects de la vie. Il y a autant de modes d’organisation que de regroupements organisationnels. Une même personne rejoint différents regroupements selon les activités qu’elle souhaite exercer. Son intégration à un regroupement organisationnel comprend une adhésion tacite au mode d’organisation. Ainsi, la reconnaissance et le respect des modes d’organisation sont propres aux membres de chaque regroupement.
Motif 67 – Tous les modes de vie et tous les modes d’organisation ne sont pas durables. Certains ont des effets néfastes sur les écosystèmes ou conduisent à un épuisement des ressources. La réflexion critique, en tant que démarche réflexive sur le sens et les effets des pratiques collectives, est une disposition qu’il convient de cultiver. En interrogeant les pratiques normées au regard des principes de responsabilité et d’harmonie, la réflexion critique permet de faire émerger des controverses qui alimentent le débat public. Ainsi, il convient de respecter le droit à l’expression de la réflexion critique sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre.
Motif 68 – Lorsque le débat public se fait dans le cadre de valeurs partagées, la réflexion critique permet de mettre en exergue des pratiques contraires aux valeurs communes, ce qui facilite le changement vers de nouvelles normes socialement acceptées. A l’inverse, lorsque la réflexion critique porte sur des valeurs qui ne font pas consensus au sein de la société, le débat public a tendance à cristalliser les points de vue. Il en résulte une fragmentation de la société en différents groupes sociaux solidement constitués autour de valeurs spécifiques. Ainsi, il convient de reconnaître que le principal enjeu du débat public est d’obtenir un consensus sur des valeurs communes.
Motif 69 – Les valeurs sont les attributs fondamentaux qui forgent l’essence de l’âme humaine. Les valeurs donnent le sens et la direction aux actions humaines. En l’absence de processus de conscientisation des valeurs, les actions humaines relèvent d’un comportement conditionné par les normes sociales. Ainsi, il convient de faire reposer les actions humaines sur des principes institutionnalisés qui formalisent par des énoncés les convenances d’action compatibles avec les valeurs partagées. Les principes d’action forment le socle fondamental de l’action humaine. En l’absence de principes sous-jacents, les actions humaines perdent leur ancrage dans les valeurs partagées et relèvent davantage du tropisme animal.
Motif 70 – Les principes d’action relèvent du débat public au sein des sociétés humaines. Ils diffèrent des normes sociales par le fait qu’ils sont l’objet d’un processus de conscientisation. Par la conscientisation, chaque personne reconnait et adhère aux principes qui sont conformes à ses valeurs. Les valeurs partagées donnent naissance à des principes partagés. Les valeurs universelles ont vocation à générer des principes d’action fondamentaux pour lesquels la demande sociale d’institutionnalisation est forte. En matière de durabilité, les principes fondamentaux de l’action humaine reposent sur deux principes essentiels qui sont le principe de responsabilité et le principe d’harmonie. Tous les principes de l’action humaine découlent de ces deux principes. Le principe de responsabilité énonce que chaque personne doit mesurer les conséquences de ses actions sur les écosystèmes et s’abstenir d’engager des actions dont les effets affectent les écosystèmes. Le principe d’harmonie énonce que chaque personne doit être pleinement consciente de ce que les écosystèmes lui apportent et de ce qu’elle apporte aux écosystèmes afin d’engager des actions qui participent à l’harmonie des écosystèmes.
Motif 71 – Dans les actions individuelles ou collectives qu’elles entreprennent, les personnes humaines doivent impérativement veiller à leur empreinte écologique. Par principe, l’empreinte écologique des actions humaines doit être nulle ou bien, quand cela n’est pas possible, le principe de minimisation de l’empreinte écologique doit être appliqué sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre. L’empreinte écologique globale des activités humaines se décompose en huit empreintes spécifiques qui sont les suivantes : l’empreinte eau, l’empreinte matière, l’empreinte écosystémique, l’empreinte carbone, l’empreinte plastique, l’empreinte numérique, l’empreinte financière et l’empreinte fiscale. L’empreinte eau désigne les ponctions hydriques qui ne sont pas restituées à l’état naturel aux écosystèmes. L’empreinte matière désigne les ponctions de ressources minérales. L’empreinte écosystémique désigne les destructions ou dégradations des écosystèmes. L’empreinte carbone désigne les émissions de carbone d’origine anthropique. L’empreinte plastique désigne l’ensemble des résidus de matière plastique non biodégradables. Les empreintes numérique, financière et fiscale désignent les différentes formes d’empreinte qui résultent des activités numériques, des placements financiers et de l’utilisation des prélèvements fiscaux. Toutes les actions humaines doivent être appréciées au regard des huit dimensions de l’empreinte écologique. Le corpus constitué par la communauté mondiale des scientifiques fournit la connaissance permettant la mesure et les préconisations des niveaux d’empreinte écologique sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre. Selon le principe de responsabilité, il convient de respecter scrupuleusement l’ensemble des préconisations du corpus scientifique. Selon le principe de l’harmonie, il convient de procéder à la régénérescence des écosystèmes qui ont été dégradés. Il convient notamment de respecter l’ensemble des espèces vivantes, sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre.
Motif 72 – Les personnes humaines sont parties prenantes des différents écosystèmes qui attestent de la vie à la surface de la Terre. A ce titre, elles doivent respecter l’ensemble des composantes des écosystèmes, qu’elles soient animales ou végétales, qu’il convient de reconnaître comme personnes vivantes. La chasse, la pêche, la destruction d’espèces végétales par la coupe, le feu ou l’arrachage, ainsi que la destruction du microbiote des sols par l’utilisation de biocides tels que les pesticides, les herbicides et les fongicides, sont totalement proscrits à l’exception de la lutte contre les espèces invasives qui est formellement encadrée par les préconisations du corpus scientifique. Selon le principe de prévention, les personnes humaines doivent anticiper les dommages que leurs actions pourraient causer aux écosystèmes afin de les éviter ou de les limiter. Selon le principe de précaution, lorsque l’état des connaissances scientifiques relatives à une action humaine rend incertains les dommages que cette action pourrait causer aux écosystèmes, il convient de ne pas engager l’action et d’adopter les mesures provisoires permettant d’éviter la réalisation de tout dommage. Selon le principe de réparation, tout dommage causé aux écosystèmes doit être réparé par les personnes humaines impliquées dans les actions dommageables. La réparation prend la forme de la réparation des écosystèmes détruits ou dégradés et ne saurait, en aucune sorte, se traduire par une compensation. Les principes de prévention, de précaution et de réparation sont les fondements de la justice environnementale, entendue comme la justice de la préservation et de la régénérescence des écosystèmes. Les personnes humaines étant parties prenantes aux écosystèmes, la justice environnementale s’applique aux personnes humaines, au même titre qu’aux autres personnes vivantes, animales ou végétales, et il ne saurait y avoir une justice d’exception qui s’appliquerait aux seules personnes humaines indépendamment des autres personnes vivantes.
Motif 73 – Les postures de prédation des ressources et d’accaparement des richesses ne sont pas compatibles avec les principes fondamentaux de la justice sociale et environnementale. Ainsi, les actions humaines effectuées sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre doivent reposer sur les postures de valorisation des ressources et de distribution des richesses. Les personnes humaines sont des habitantes de la Terre qui sont animées par une mission de vie. Par la connaissance qu’elles ont d’elles-mêmes, par la reconnaissance de leurs valeurs, de leurs talents, de leurs aspirations et de leur vocation, les personnes humaines découvrent leur raison d’être, ce qui les aide à percevoir et définir leur mission de vie. Chaque personne humaine présente sur Terre a une mission de vie à accomplir. Les missions de vie sont uniques et spécifiques. Il existe autant de missions de vie que de personnes humaines sur Terre et il appartient à chacun de trouver la sienne. Une personne humaine découvre sa mission de vie en se projetant, en mettant en adéquation ses envies avec le rôle qu’elle peut avoir sur Terre, en ayant la pleine conscience d’être en interaction avec le monde. C’est par la conscience des interactions que les personnes humaines sont en mesure de cerner ce qu’elles souhaitent apporter au monde et ce qu’elles souhaitent recevoir du monde. La contribution d’une personne à la marche du monde est la somme de ses actions. Une contribution est un flux d’actions. C’est une implication de chaque instant, sans cesse renouvelée, qui conforte le rôle d’une personne dans la marche du monde. Percevoir et définir sa mission de vie permet de donner un sens et une cohérence à sa contribution. Les missions de vie sont intimes. Elles se révèlent difficilement à autrui quand les contributions sont les vecteurs de reconnaissance du rôle de chacun au sein des communautés qui participent à la marche du monde.
Motif 74 – Par la reconnaissance de leur mission de vie, les personnes humaines ont la pleine conscience des possibilités de contribution à la marche du monde. Celles qui ont la volonté farouche et continue de contribuer au développement de la vie sur Terre cherchent à définir les modalités de leur contribution au sein des multiples interactions qui forment le microbiote des activités humaines sur un territoire. Les contributions individuelles n’ont de sens que lorsqu’elles s’insèrent dans l’écosystème social des contributions humaines au développement de la vue sur Terre. Par essence, les contributions sont des apports individuels qui viennent enrichir l’activité de tous. Aussi, selon le principe de non-externalité, il convient de ne pas engager des actions qui génèrent des contributions négatives attestées par un coût social qui est supporté par la collectivité. Le principe de non-externalité est un principe fondamental de l’action humaine qui découle directement du principe de responsabilité.
Motif 75 – Les contributions des personnes et des organisations humaines attestent de leur rôle et de leur utilité sociale au regard du développement de la vie sur Terre. A l’échelle locale, les contributions s’insèrent dans les microbiotes d’activités humaines présentes sur les territoires. Les contributions humaines ne sont pas dissociables des contributions des autres personnes vivantes qui composent les écosystèmes. A l’échelle mondiale, les contributions relatives de chaque territoire constituent le macrobiote des activités humaines sur Terre. Les contributions des territoires ne sont pas dissociables du vaste écosystème planétaire dans lequel elles s’insèrent. Par leurs contributions réciproques, les personnes humaines et les autres personnes vivantes sont dans des relations d’interdépendance. Aussi, il convient de reconnaître que les actions humaines doivent s’effectuer dans le respect de cette interdépendance.
Motif 76 – Les personnes humaines qui apportent leurs contributions sont des praticiennes qui ont pleinement conscience du contexte de leurs actions. La reconnaissance du contexte et de son évolution est essentielle pour permettre l’adaptation des actions humaines. Pour cela, il convient d’adopter une posture de praticien réflexif qui consiste à engager une démarche réflexive et cognitive sur les effets de ses actions à des fins de reconnaissance et d’amélioration. Les personnes qui n’apportent pas de contributions au développement de la vie sur Terre n’ont pas d’utilité sociale. Il est indélicat de chercher à affirmer son utilité sociale auprès de tous au regard de sa contribution. Aussi, il convient de respecter le principe d’humilité qui consiste à ne pas se mettre en avant au regard de sa contribution ou au regard de tout attribut de sa personnalité. Le principe d’humilité est un principe fondamental de l’action humaine. Les contributions ne peuvent être perçues qu’au regard de ceux qui les pratiquent en interactions. Aussi, il convient de proscrire les prescriptions de contributions qui émaneraient de non praticiens, sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre et de reconnaître que les praticiens sont les plus légitimes pour décider par eux-mêmes des actions qu’ils doivent engager. Le principe de légitimité des contributeurs est un principe fondamental de l’action humaine.
Motif 77 – Les organisations humaines sont des communautés d’apprentissage au sens où leurs membres ont la volonté délibérée d’apprendre collectivement les uns des autres en élaborant ensemble les solutions qui permettent de s’adapter aux évolutions de contexte. En cela, les organisations humaines sont des entités qui apprennent d’elles-mêmes pour s’adapter à leur contexte. L’humanité, elle-même, est une vaste communauté d’apprentissage qui apprend à maintenir et à développer la vie à la surface de la Terre. La connaissance humaine est sans limite. Elle se développe par les contributions de chacun qui sont indissociables les unes des autres. La connaissance humaine ne peut pas faire l’objet d’une appropriation privée. Les entraves à la diffusion et à l’utilisation de la connaissance humaine sont néfastes au bien-être de tous et procurent des gains privés non justifiés pour ceux qui les pratiquent. Aussi, il convient de proscrire l’instauration de droits privés sur la connaissance humaine sous toute ses formes et à tous les endroits de la Terre. Le principe d’universalité de la connaissance est un principe fondamental de l’action humaine. La connaissance humaine permet de développer des procédés techniques compatibles les uns avec les autres dont les regroupements cohérents forment des technologies. Il existe différentes technologies qui offrent différents choix de procédés techniques pour permettre la satisfaction des besoins essentiels et le maintien de la vie sur Terre. Le choix d’une technologie doit toujours reposer sur le critère de la plus grande efficacité écologique. Les technologies destructrices des écosystèmes sont bannies. Les procédés qui consistent à automatiser sous forme numérique des processus humains de diagnostic ou d’élaboration de solutions doivent être utilisés avec parcimonie et sous le contrôle et la responsabilité de personnes humaines clairement identifiées. En aucun cas, il ne peut être envisagé la généralisation de ces procédés à grande échelle.
Motif 78 – Les actions humaines sont formalisées par des pratiques qui évoluent constamment. Lorsque les contextes changent, les pratiques deviennent obsolètes si elles ne sont pas renouvelées. Dans leur volonté de diffusion de la connaissance, les personnes et les organisations humaines procèdent à la mutualisation. Celle-ci consiste à partager ses pratiques avec autrui ses façons de faire. La mutualisation des pratiques, qui est basée sur la réciprocité, permet un gain à l’échange. Les pratiques innovantes cherchent à mieux répondre aux besoins en s’adaptant aux évolutions de contexte. Toutes les pratiques innovantes ne sont pas nécessairement des bonnes pratiques. Les bonnes pratiques sont celles qui sont collectivement reconnues par les réseaux de mutualisation et d’échanges. Dans un contexte donné, les bonnes pratiques sont celles qui permettent de mieux répondre aux besoins humains tout en minimisant l’empreinte écologique des activités humaines. Par l’enrichissement qu’il apporte aux personnes qui composent les sociétés humaines, il convient d’instituer le principe de la mutualisation des pratiques sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre.
Motif 79 – Pour apporter leur contribution à la marche du monde, les personnes humaines sont souvent amenées à former des organisations. Par leur fonctionnement, les organisations apportent une contribution globale à la marche du monde sans qu’il soit possible de distinguer la part de chacun des membres à cette contribution globale. Il est cependant possible d’identifier la contribution de chacun au fonctionnement de l’organisation. La contribution des organisations à la marche du monde leur permet d’obtenir un gain en retour, ce qui leur donne accès aux contributions des autres personnes et organisations. Le principe de juste rétribution stipule qu’aucun contributeur ne peut être exclu du partage des gains de l’organisation dans laquelle il contribue. Ce partage doit se faire en fonction des contributions de chacun, dont l’importance relative fait l’objet d’un consensus entre l’ensemble des contributeurs au fonctionnement de l’organisation. Aussi, il convient d’adopter la forme coopérative pour toutes les organisations qui apportent leurs contributions à la marche du monde. Dans le respect du principe de juste rétribution, les apports financiers ne sont pas reconnus comme contributions. Aussi, la rémunération des apports financiers sur les gains des organisations est totalement proscrite. Le principe de juste rétribution est un principe fondamental de l’action humaine.
Motif 80 – Dans leur souci de contribuer à la marche du monde, les personnes et les organisations humaines cherchent à satisfaire les besoins des habitants de leur territoire d’implantation. Il appartient à chacun de se consacrer à la satisfaction des besoins essentiels de tous. Les besoins essentiels sont ceux qui permettent d’avoir une vie authentiquement humaine sur Terre. Ils se distinguent des besoins non essentiels qui sont ceux qui n’améliorent pas le bien-être des personnes dans la durée. Aussi, il convient de reconnaître que les futilités ne contribuent pas à la marche du monde et de s’abstenir d’apporter des contributions qui prendraient la forme de futilités.
Motif 81 – Les contributions des personnes et des organisations humaines se font au profit des habitants du territoire d’implantation. Sur un territoire donné, les personnes et les organisations humaines qui apportent leur contribution à la marche du monde participent au dynamisme du microbiote local. Les contributions qui se feraient au profit d’habitants d’autres territoires sont totalement proscrites. Les enclosures désignent les formes d’activités humaines qui se développent sur un territoire sans être au profit de ses habitants. Le principe de non-enclosure conduit à proscrire les enclosures sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre. Le principe de non-enclosure est un principe fondamental de l’action humaine. Certaines ressources spécifiques à un territoire peuvent générer des contributions qui se font au profit des autres territoires. Ces ressoryces spécifiques sont valorisées par la communauté territoriale qui met en place une organisation collective chargée de cette valorisation au profit de tous les habitants du territoire. Le principe de non-accaparement des ressources conduit à ne pas valoriser des ressources spécifiques à un territoire autrement que par la communauté territoriale. Les contributions d’un territoire au profit des autres territoires participent au dynamisme du macrobiote mondial. Pour un territoire donné, les gains obtenus en retour de ses contributions donnent accès aux ressources spécifiques des autres territoires. Ces ressources sont équitablement partagées entre les habitants du territoire d’implantation par la communauté territoriale. Le principe de non-accaparement des ressources est un principe fondamental de l’action humaine.
Motif 82 – Les contributions des personnes et des organisations humaines visent à satisfaire les besoins essentiels des habitants du territoire d’implantation. Par essence, les contributions sont fluctuantes. Certaines contributions disparaissent avec les personnes ou les organisations qui les apportaient. D’autres apparaissent lorsque de nouvelles personnes ou organisations viennent participer au microbiote des activités humaines. Certaines contributions évoluent dans leur forme au fil du temps et des modifications du contexte de leur réalisation. Le principe de non-promotion conduit à ne pas mettre en avant les contributions auprès des habitants du territoire. Ce principe évite la création de besoins artificiels et l’émergence de contributions qui ne viendraient pas satisfaire des besoins essentiels. Aussi, il convient de proscrire la promotion des contributions sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre, à l’exception de la promotion des contributions de service public qui procurent des gains pour les habitants au-delà des bénéficiaires directs à la contribution. Le principe de non-promotion est un principe fondamental de l’action humaine.
Motif 83 – De manière légitime, les personnes et les organisations humaines qui apportent leur contribution à la marche du monde cherchent à connaître et à identifier les besoins essentiels des habitants de leur territoire d’implantation. Cette quête les conduit naturellement à interroger les besoins des habitants afin de tester de nouvelles contributions qui pourraient induire de nouvelles formes de participation à la marche du monde. Afin de garantir le respect de la vie privée, le principe de non-captation des données personnelles conduit à proscrire de manière totale le recueil des données personnelles sous toutes ses formes, par tous types d’organisations et à tous les endroits de la Terre. Le principe de non-captation des données personnelles est un principe fondamental de l’action humaine.
Motif 84 – Les contributions à la marche du monde peuvent générer des résidus qui peuvent être qualifiés de déchets au sens où il s’agit d’un reste qui n’apporte rien à la satisfaction des besoins essentiels couverts par les contributions. Les déchets doivent être distingués des supports de contributions tels que les contenants, qui sont réutilisables en l’état pour d’autres contributions selon une logique de flux, ou tels que les supports matériels des prestations de services. Les déchets des contributions passsées sont normalement recyclés pour être incorporés aux contributions futures. Aussi, il convient de ne pas engager de contributions qui donneraient lieu à des déchets qui ne pourraient pas être recyclés sous toutes les formes possibles et à tous les endroits de la Terre. La gestion circulaire des déchets recyclables est un des principes de l’écoconception.
Motif 85 – les contributions à la marche du monde peuvent générer des nuisances qui peuvent être qualifiées de pollutions au sens où elles génèrent des désagréments pour les personnes vivantes qui constituent les écosystèmes, ce qui engendre un coût pour les personnes qui les subissent. Les pollutions sont à distinguer des déchets car elles ne prennent pas la forme d’un résidu. Les pollutions doivent être envisagées selon une acception large qui inclut les désagréments portant atteinte aux cinq sens et au fonctionnement vital des personnes vivantes et des écosystèmes. Cela inclut la pollution de l’air, de l’eau, des sols, toutes les formes de toxicités directes ou induites, les pollutions visuelles, sonores, olfactives et gustatives ainsi que toutes les formes de désagréments qui peuvent apparaître à tous les endroits de la Terre. Selon le principe de minimisation de l’empreinte écologique, il convient de ne pas engager des contributions qui génèreraient des pollutions sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre. Lorsqu’il n’est pas possible de supprimer les pollutions de certaines contributions dont l’utilité est socialement reconnue, il appartient aux collectivités territoriales de définir le niveau de pollution socialement acceptable et de limiter les contributions en conséquence.
Motif 86 – Selon le principe de responsabilité, les personnes humaines doivent être en mesure d’apprécier toute la chaine des conséquences des actions qu’elles souhaitent engager. Les contributions des unes reposant sur les contributions des autres, chaque personne a le devoir d’informer les autres de l’impact potentiel de ses contributions sur les écosystèmes. Ainsi, pour chaque contribution à la marche du monde, il convient de préciser le niveau d’empreinte écologique sur les écosystèmes sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre ainsi que le niveau de ponction de ressources non durables sous toutes ses formes et à tous les endroits de la Terre. Le devoir d’information sur l’impact écosystémique de ses contributions est un principe fondamental de l’action humaine.
Motif 87 – De nombreuses contributions à la marche du monde prennent la forme de biens matériels qui sont détenus par des personnes privées ou gérés par les communautés. La fabrication de biens matériels résulte de processus complexes qui associent la connaissance, le savoir-faire et l’énergie humaine. Il convient de respecter les contributions de chacun à la fabrication d’un bien matériel, qui permettent, toutes, d’aboutir à la réalisation finale. Chaque bien matériel, quelle que soit la forme qu’il prend, est constitué de composants qui peuvent être désassemblés, lorsque le bien n’a plus d’utilité, afin de permettre un recyclage qui donne naissance à de nouveaux assemblages. Les possibilités de recyclage, qui sont variables selon les composants, évitent les ponctions sur les ressources non durables. Selon le principe de non-destruction, il convient de proscrire la destruction des biens matériels sous toutes les formes et à tous les endroits de la Terre. L’incinération est un procédé qui est totalement banni. Les habitants de la Terre accordent la plus grande vigilance à l’usage qu’ils font du feu et des procédés explosifs afin de veiller à la préservation des écosystèmes. Le bannissement du feu qui découle du principe de non-destruction s’applique aux biens et aux personnes vivantes. Le rite funéraire de la crémation est proscrit. Celui de l’humusation doit être privilégié. Le principe de non-destruction est un principe fondamental de l’action humaine.
Motif 88 – Le fonctionnement des sociétés humaines complexes repose sur une forte division des tâches et un haut degré de spécialisation qui sont le fruit de la complexité croissante. Ainsi, les personnes et les organisations humaines apportent chacune des contributions bien spécifiques à la marche du monde, qui n’ont de sens que par leur mise en lien avec les autres contributions. Il est possible de recenser les différents domaines de contributions participent à la satisfaction des besoins essentiels des personnes humaines. Les principaux domaines de contribution sont la gestion de l’eau et des infrastructures hydriques, l’agriculture et toutes les activités qui ont trait à la valorisation des espèces végétales et à la préservation des sols, la cuisine, la construction de bâtiments, la confection de vêtements, la fabrication de cosmétiques et de solutions de nettoyage, l’ingénierie, la fabrication d’ustensiles, d’outils, de machines et d’appareils, la maintenance, la production d’énergie et la gestion des infrastructures énergétiques, le commerce, le transport de biens et de personnes, la finance, la santé, la recherche, l’éducation, la police, la médiation, la création artistique et littéraire, l’installation et l’entretien des infrastructures collectives de transport et de communication. Le principe de non-spéculation conduit à proscrire les activités de spéculation sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre. Le principe de non-spéculation est un principe fondamental de l’action humaine.
Motif 89 – Les sols contiennent les microbiotes de la vie organique qui sont essentiels pour le développement et le maintien de la vie sur Terre. Aussi, il convient de respecter le microbiote des sols sous toutes leurs formes et à tous les endroits de la Terre afin d’éviter leur érosion qui les transforme en poussières. Les principes de l’agroécologie permettent le maintien et la régénérescence des écosystèmes et la préservation des espèces animales et végétales qui les composent. Le principe général de l’agroécologie consiste à remplacer les actions humaines de valorisation des cultures par la stimulation des processus naturels de croissance des végétaux par la photosynthèse. Il s’agit d’augmenter la couverture végétale pour optimiser l’usage des rayons du soleil et les surfaces au sol. Le principe essentiel est d’associer et d’alterner différentes cultures sur un même sol en fonction de leurs apports réciproques afin de créer des écosystèmes à fortes synergies. Chaque espèce cultivée est envisagée en fonction de sa contribution spécifique à l’écosystème. L’association comprend aussi des espèces animales qui apportent des contributions en termes de protection et de fertilisation. L’agroécologie utilise exclusivement des semences paysannes qui sont des communs reproductibles et capables de s’adapter aux différents milieux et aux conditions auxquelles elles sont soumises. L’utilisation d’intrants non organiques est totalement proscrite en agroécologie, de même que les monocultures intensives qui vont à l’encontre de la stimulation des synergies produites par la diversité des espèces. Le travail du sol est limité de façon à maintenir la vie organique. La mécanisation est limitée à des outils manuels qui n’utilisent pas d’énergies fossiles. La qualité des sols est une préoccupation majeure de l’agroécologie qui a le souci de l’épanouissement de la vie organique dans la terre. Les principes de l’agroécologie sont des principes fondamentaux de l’action humaine.
Motif 90 – La fabrication des biens matériels et la prestation de services peuvent avoir un impact sur les écosystèmes et les quantités disponibles de ressources non renouvelables. Selon une logique de durabilité, il convient d’appliquer les principes de l’écoconception pour la fabrication de tous les biens matériels et pour la prestation de tous les services, quelles que soient leurs formes et à tous les endroits de la Terre. L’écoconception repose sur une approche fonctionnelle qui consiste à analyser la façon dont les biens ou les services vont répondre aux besoins en identifiant les usages qu’ils génèrent. Par principe, les biens ou services qui ne permettent pas de satisfaire un besoin essentiel ne sont pas conçus. L’écoconception repose sur l’efficacité écologique, c’est-à-dire la capacité à réduire ou à supprimer les pollutions et l’empreinte écologique en prenant en compte l’intégralité du cycle de vie des biens et services produits, de la fabrication à la mise au rebut. L’écoconception privilégie l’approvisionnement local de matériaux à faible empreinte écologique. Dans un souci de durabilité, l’écoconception accorde une vigilance particulière à la réparabilité des biens fabriqués, à l’interopérabilité de leurs composants et la modularité des assemblages de composants. Le choix des composants se porte vers ceux qui ont les plus fortes capacités de recyclage. Le choix des assemblages se porte vers ceux qui permettent la plus grande simplicité. Afin de faciliter le recyclage, l’écoconception veille à faciliter le désassemblage des composants. Les biens qui ne peuvent pas être totalement et facilement désassemblés ne sont pas conçus. Les principes de l’écoconception sont des principes fondamentaux du développement durable.
