Note préliminaire

Les sept livres de la grande harmonie, dont la rédaction s’est étalée entre 1973 et 1975, ont été rendus publics en 1978. Leurs auteures sont cinq femmes qui resteront discrètes sur leurs identités, dans le respect du principe d’humilité qu’elles ont elles-mêmes énoncé. Ainsi, elle se désignent chacune par le nom d’un doigt de la main, ce qui leur permet d’apporter des nuances personnelles à l’ouvrage au travers des critiques énoncées dans le septième livre, celui du dialogue. Les six autres livres, qui ne font pas mention des auteures, ont été rédigés selon des principes d’écriture collective : il n’est pas possible de distinguer les contributions respectives de chacune mais l’intégralité de leur contenu est pleinement approuvée par l’ensemble des cinq doigts.

L’initiative de la rédaction des sept livres de la grande harmonie revient à Annulaire, une catalane de Barcelone travaillant au sein d’une grande institution internationale. Au début des années soixante-dix, Annulaire cherchait à trouver des réponses à son insatisfaction devant la tournure que prenait la marche du monde. Il semblerait que les échanges avec Pouce, une ashanti de Koumassi et Auriculaire, une bishnoïe de Jodhpur, rencontrées lors d’un sommet international en 1971, aient été déterminants pour que les trois premiers doigts soient convaincues de la nécessité de rédaction d’un ouvrage de sensibilité féminine sur l’harmonie du monde et de la terre. Constatant qu’elles provenaient chacune de trois continents différents, elles ont volontairement cherché à s’adjoindre des représentantes des deux autres continents avant de commencer leur démarche commune. Ainsi, après deux années de prospection, Majeure, une algonquine de Lac-Simon et Index, une kanak de Koné sont venues enrichir la réflexion des trois autres doigts de la main, chacune portant la parole, l’histoire et la posture de leur continent.

En 1973, il devenait une évidence, pour les personnes impliquées dans les travaux des grandes institutions internationales, que l’absolue nécessité de faire communauté s’imposait à l’humanité, si celle-ci voulait garantir le développement harmonieux du monde et de la terre. Cette évidence de faire communauté était flagrante, tout comme l’incapacité des institutions à y parvenir. Constatant que les changements de valeurs présidaient en grande partie ceux de la marche du monde, l’intention initiale des cinq doigts étaient d’identifier et de reconnaître les hautes valeurs qu’il serait souhaitable que les humains prennent en partage. Dans leur esprit, il s’agit des valeurs qui, indépendamment des contextes spécifiques, sont compatibles avec le développement harmonieux du monde et de la terre, dans le respect des écosystèmes actuels et futurs.

Animées par la farouche volonté de s’extraire des perceptions contextualisées, portant la réflexion à l’échelle de la planète toute entière, selon une représentation du monde la plus large possible, les cinq doigts ont cherché à combiner les hautes valeurs des différents systèmes de pensée des sociétés humaines. Constatant que les valeurs n’existent que pour les visions du monde qu’elles véhiculent, les cinq doigts ont aussi souhaité projeter une vision du monde, qui est celle de la durabilité. Cette vision montre une planète sur laquelle sont maintenues les conditions de viabilité de toutes les espèces qui l’habitent et au sein de laquelle les humains, par leur capacité intrinsèque à détruire ou à régénérer les écosystèmes, ont un rôle principal à tenir. 

Dans leur quête mondiale, en agrégeant les hautes valeurs des différents systèmes de pensée qui ont projeté la durabilité, les cinq doigts ont été amené à poser des principes qui encadrent les actions humaines. Ainsi est née la communauté des cinq doigts de la main. Une communauté mondiale de personnes qui partagent des valeurs communes et dont les actions sont dictées par le souci de préserver la durabilité. De nos jours, elle est appelée la communauté des habitants de la Terre.

Restée longtemps confidentielle, cette communauté d’action a commencé à s’étendre sur divers territoires de la planète après la redécouverte des sept livres de la grande harmonie par de jeunes activistes et la diffusion des modifications apportées par leurs auteures en novembre 2022. A cette date, malgré le décès de deux d’entre elles, les trois doigts survivantes avaient souhaité de nouveau se réunir, à Antioche, pour apporter des compléments de principes sur la question de la protection des données personnelles des habitants et sur celle des procédés d’intelligence artificielle. Les locaux où elles se sont réunies pour la dernière fois ont été détruits par le tremblement de terre de février 2023.