Mardi 27 juin 2023
La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, alors que le développement durable est devenu une réalité, on découvre que le système éducatif a été entièrement repensé autour de l’acquisition des compétences essentielles. L’enseignement n’est plus disciplinaire et la pédagogie active est généralisée en favorisant les projets des élèves. Reportage.
La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, plusieurs épisodes se passent en milieu scolaire et on assiste à des séances d’enseignement où les élèves sont acteurs et où le numérique a un rôle de soutien à l’acquisition des savoirs. Plusieurs fois, il est fait référence à des référentiels de compétences. Cela semble totalement incongru. Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit ?
Lydie (saboteuse en série) : Notre série est une série écotopique, qui cherche à projeter le spectateur dans un monde respectueux de la planète et de son développement durable. Il y a ainsi une partie créative, il s’agit de créer un univers écotopique. Pour ce qui est des référentiels de compétences, cependant, nous ne sommes pas du tout dans un univers lointain puisqu’ils existent déjà et qu’ils sont normalement applicables à grande échelle.
La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?
Nathalie (saboteuse en série) : Tout à fait. Experts et praticiens se sont déjà réunis, sous l’égide de plusieurs grandes institutions internationales afin de produire des référentiels de compétences à portée universelle. Ces référentiels sont supranationaux, c’est-à-dire qu’ils ont été élaborés à l’échelon du monde entier ou parfois d’un continent pour ce qui est des référentiels européens. Ces référentiels détaillent les compétences que les élèves et étudiants doivent acquérir pour être en mesure de comprendre la complexité du monde et être acteur de son évolution.
La journaliste écolo : Tout cela est un peu abstrait. Vous pouvez donner des exemples précis ?
Lydie (saboteuse en série) : Mais bien sûr ! Il y a le référentiel de l’éducation à la citoyenneté mondiale de l’UNESCO, celui du conseil de l’Europe, le référentiel européen pour l’apprentissage des langues, pour la maîtrise des compétences numériques, pour les compétences d’entreprenariat et celui du socle commun de compétences.
Julie (saboteuse en série) : Sans oublier, le référentiel de l’éducation au développement durable de l’UNESCO. C’est celui-ci qui repose sur les huit compétences essentielles.
La journaliste écolo : Mais si tout ces référentiels existent déjà, pourquoi est-ce que nous n’en entendons jamais parler ?
Sophie (saboteuse en série) : L’appropriation de ces référentiels par les enseignants supposerait un changement de posture des autorités éducatives et une nouvelle posture des cadres éducatifs. Ces derniers devraient se consacrer à l’élaboration de la stratégie éducative en laissant une très grande marge de manœuvre aux enseignants pour qu’ils décident, par eux-mêmes, des activités pédagogiques permettent d’acquérir les compétences visées par les référentiels. Les pays se sont engagés à refondre leur système de management éducatif pour aboutir à des pratiques horizontales qui favorisent les capacités d’ingénierie pédagogique des enseignants mais les avancés sont timides.
La journaliste écolo : Que voulez-vous dire quand vous indiquez que les pays se sont engagés à refondre leur système de management éducatif ?
Noémie (saboteuse en série) : Lors du dernier forum mondial de l’éducation qui s’est réuni à Inchéon en Corée, plus de 160 pays ont signé la déclaration d’Inchéon, un accord cadre qui prévoit expressément les procédés de management horizontal dans l’éducation. Mais tout comme les accords-cadres sur le climat, celui-ci n’est pas vraiment appliqué. Il s’agit d’une belle déclaration d’intention qui reste sans effets.
La journaliste écolo : On peut parler d’inaction éducative alors, comme on parle d’inaction climatique ?
Nathalie (saboteuse en série) : Si vous voulez. C’est un peu ça. Dans notre série, le management horizontal est devenu une réalité. Elle est écotopique au sens où les grands engagements en faveur du développement durable sont vraiment respectés.