Les territoires durables revendiquent l’autonomie fiscale

Vendredi 7 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. La saison 5 montre comment de nouvelles institutions se mettent en place pour garantir la protection du vivant. On découvre des territoires durables qui ont la volonté de se coordonner mais qui, tous, revendiquent l’autonomie fiscale. Explications.

La journaliste écolo : La saison 5 de votre série montre comment les habitants de la planète mettent en place de nouvelles institutions. Vous nous aviez déjà expliqué le choix des territoires comme base de l’organisation sociale, économique et juridique. Dans la série, on découvre que les habitants des différents territoires ont la volonté farouche de préserver leur autonomie fiscale. Pouvez-vous expliquer les raisons de ce choix ?

Lydie (saboteuse en série) : La fiscalité permet de financer les services publics et d’orienter l’économie par le biais des subventions qui sont accordées à des coopératives privées ou par le biais d’une taxation sélective et incitative. En la matière, l’empreinte fiscale n’est pas neutre. Dans la série, les habitants ont souffert trop longtemps d’une empreinte fiscale qui leur échappait, d’où le souhait de garder l’autonomie fiscale.

La journaliste écolo : Pouvez-vous préciser la notion d’empreinte fiscale ?

Noémie (saboteuse en série) : L’empreinte fiscale est celle qui est générée par les investissements publics et les subventions publiques. Celle-ci peut être négative, lorsque les investissements et les subventions permettent la régénérescence des écosystèmes. Elle peut aussi être fortement positive lorsque les investissements et les subventions portent sur des activités destructrices de la planète.

La journaliste écolo : Vous pensez que c’est le cas aujourd’hui ?

Sophie (saboteuse en série) : Il est de notoriété publique que l’Europe ou les États-Unis subventionnent massivement l’agro-industrie qui est fortement destructrice du vivant. Il en est de même pour de nombreux investissements publics. Dans une large mesure, on peut aussi dire que les services publics de police et de défense nationale ont pour mission la protection d’entreprises privées qui sont fortement destructrices de la planète. Pour des citoyennes de la durabilité, c’est frustrant de constater que leur empreinte fiscale est souvent la seule empreinte écologique résiduelle car c’est une empreinte sur laquelle elles n’ont pas de prise.

La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?  

Julie (saboteuse en série) : L’empreinte écologique revêt de multiples dimensions : empreinte eau, empreinte matière, empreinte carbone, empreinte numérique, empreinte financière, empreinte plastique, empreinte écosystémique et l’empreinte fiscale. Pour une citoyenne de la durabilité, qui est dans une logique de suppression de son empreinte individuelle, il est assez facile d’atteindre ses objectifs dans de nombreuses dimensions : réduire son émission de CO2 à deux tonnes par an, ne plus faire de déchets plastiques, confier son argent à une banque durable, réduire son empreinte matière, raisonner sa consommation numérique, etc. Souvent, l’empreinte écologique globale est nulle ou très faible, sauf pour la dimension fiscale. Pour une citoyenne qui ne veut aucune empreinte, c’est révoltant de devoir supporter des choix qui ne sont pas les siens. C’est pourquoi les habitants des territoires durables revendiquent l’autonomie fiscale. Ils ne veulent pas être à la merci d’une autorité qui imposerait des choix budgétaires à forte empreinte écologique.