Mercredi 28 juin 2023
La saison 1 de la série « Le grand sabotage » montre comment une forme d’économie locale s’installe sur le territoire, en parallèle de l’économie mercantile mondialisée. Cette économie se développe fortement, au point de supplanter l’économie mondialisée lorsque la menace du grand sabotage conduit les habitants à se détourner de cette dernière. Dans cette dynamique d’implantation, le banquier durable semble avoir un rôle charnière. Focus sur ce personnage qui devient ami avec la coiffeuse.
La journaliste écolo : Nous avions déjà fait un focus sur le personnage du professeur de philosophie qui enseignait les valeurs du développement durable à ses élèves. Pouvez-vous maintenant nous en dire plus sur le banquier durable qui existe déjà dans la saison 1, notamment à l’épisode 9 qui correspond à l’ouverture officielle de la banque durable.
Julie (saboteuse en série) : Contrairement au professeur de philosophie, qui est un personnage non joueur, au sens où il n’est pas en interaction psychologique avec les autres, le banquier durable est un personnage à part entière. Il fait avancer la série par ses apports conceptuels qui font évoluer les représentations des autres personnages sur le développement durable mais surtout par les actions qu’il met en œuvre. C’est lui qui finance toutes les initiatives de développement durable, mais pour cela, il a besoin de récolter l’épargne des habitants.
La journaliste écolo : Justement, pouvez-vous revenir sur le concept de finance durable et préciser ce qu’est un banquier, ou une banquière durable ?
Noémie (saboteuse en série) : Le rôle d’une banquière est de collecter l’épargne pour permettre des investissements en les finançant avec l’épargne collectée. Il faut ainsi avoir confiance à sa banquière dans sa capacité à bien utiliser l’épargne déposée, c’est-à-dire à ne pas prendre de risques inconsidérés en étant en mesure de prédire l’avenir des investissements réalisés.
La journaliste écolo : Prédire leur rentabilité ?
Lydie (saboteuse en série) : Justement, non. Une banquière durable ne fait aucune prédiction de rentabilité. Cela n’a pas de sens puisque l’épargne est drainée vers des projets qui ont une forme coopérative. Ces apports sont rémunérés comme toutes les autres formes d’apport sur les bénéfices que font les coopératives en fonction de la répartition définie collégialement entre les apporteurs.
La journaliste écolo : Cela veut dire qu’il n’y a aucune garantie sur les revenus procurés par l’épargne ?
Sophie (saboteuse en série) : L’épargne orientée vers les coopératives, qui est une contribution financière, prend la forme de parts sociales et non de prêts. Il n’y a donc pas de taux de rémunération défini à l’avance.
La journaliste écolo : Mais il y a bien une part des bénéfices de la coopérative qui va à la rémunération des parts sociales ?
Noémie (saboteuse en série) : Oui, celle qui est défini collégialement par les différents apporteurs.
La journaliste écolo : Ça veut dire que les banquières durables orientent tous leurs fonds vers des coopératives dont les perspectives de rémunération sont incertaines ? Vous n’avez pas un peu fumé la moquette, les filles ?
Nathalie (saboteuse en série) : C’est difficilement entendable pour ceux qui sont obnubilés par la rentabilité. Par pour les autres.
La journaliste écolo : Mais si la rentabilité n’est pas une préoccupation des banquières durables, quels sont leurs critères d’allocation des fonds qu’elles gèrent ?
Lydie (saboteuse en série) : L’empreinte écologique ! les banquières durables cherchent à prédire l’empreinte écologique des investissements qu’elles financent. Leur critère de choix est la minimisation de cette empreinte. Elles dirigent l’épargne vers les investissements qui n’ont aucune empreinte écologique ou qui ont une empreinte positive en régénérant les écosystèmes. C’est ce que leur demandent leurs clients. Ceux qui vont vers les banques durables sont obnubilés par l’empreinte écologique. Ils sont généralement écopureplayers et ils seraient contrits de savoir que leur épargne génère une empreinte écologique.
La journaliste écolo : Mais il n’y a pas un risque de greenwashing de la part de certaines banquières durables ?
Nathalie (saboteuse en série) : Nous n’avons pas précisé qu’une banque durable n’est pas mondialisée. Sa seule assise est territoriale. Elle collecte l’épargne des habitants d’un territoire, et pas au-delà, et la draine vers des projets qui se situent sur le territoire, et pas au-delà. Ainsi, le risque de greenwashing est très limité car les conséquences des actions de chacun sont connues lorsqu’on se situe à une échelle humaine.
