Les petites actions peuvent avoir de grandes conséquences

Lundi 29 mai 2023

Le principe de responsabilité est largement abordé dans la série « Le grand sabotage », notamment au travers des apports du professeur de philosophie. Focus sur ce personnage qui fait réfléchir ses élèves sur l’éthique de la durabilité.

La journaliste écolo : Le professeur de philosophie apparaît dans plusieurs épisodes de la saison 1. Il semble exercer une influence importante sur les choix que va opérer le personnage principal de la série : la jeune lycéenne, ainsi que sur son groupe d’amis. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a conduit à concevoir les scènes qui se déroulent en salle de classe ?

Lydie (saboteuse en série) : Le professeur de philosophie existe dans la série pour ses apports conceptuels. Il n’est pas un personnage à part entière au sens où il n’est pas en interaction psychologique avec les autres. Il ne fait avancer la série que par les concepts qu’il introduit, qui permettent une meilleure compréhension du contexte. En cela, il répond pleinement à l’intention principale de la série qui consiste à élargir le champ des réflexions sur la durabilité. Les interactions du professeur de philosophie se font avec les élèves et ses apports sont déterminants pour mettre en lien les logiques d’action des personnages avec les principes éthiques sur lesquels elles reposent.

La journaliste écolo : Quels sont ces principes ?

Noémie (saboteuse en série) : Le professeur de philosophie amène ses élèves à réfléchir sur la durabilité ou plus précisément sur l’éthique du développement durable. Il s’agit de définir des principes qui vont dicter la conduite des actions. La réflexion amène à dépasser le champ de l’éthique purement humaine reposant sur la règle d’or. Celle qui veut qu’on n’inflige pas à autrui ce qu’on n’aimerait pas qu’autrui nous inflige. Lorsqu’on cherche à élargir le champ de l’éthique aux interactions qui dépassent celles de la sphère humaine, il devient nécessaire d’envisager les conséquences de ses actes sur l’ensemble des écosystèmes.

Nathalie (saboteuse en série) : C’est ce que propose Hans Jonas, un des penseurs de l’éthique de la durabilité, qui propose de construire l’éthique selon le principe de responsabilité. L’approche est résolument conséquentialiste. Il s’agit d’envisager l’ensemble de la chaine de conséquences de ses actes sur les écosystèmes, qu’ils soient humains ou biologiques. Nous sommes très loin d’une approche déontologique.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer ce qui différencie une approche conséquentialiste d’une approche déontologique ?

Julie (saboteuse en série) : Prenons l’exemple de l’esclavage au 18ème siècle. Un penseur de l’époque pouvait dire que la pratique de l’esclavage est inadmissible en s’appuyant sur un principe déontologique reposant sur la règle d’or qui le conduit à ne pas avoir d’esclave afin de ne pas infliger à autrui ce qu’il n’aimerait pas subir lui-même. S’il met du sucre dans son thé, en affirmant de principe lors des conversations des beaux salons, il est très éloigné d’une approche conséquentialiste puisque les esclaves sont exploités dans les plantations de canne à sucre. Ses principes ne sont pas en accord ses actes, puisque la demande de sucre alimente le développement des domaines sucriers où sont exploités les esclaves. La version moderne de la pensée déontologique du siècle des lumières est celle des jeunes qui vont au fast-food après avoir manifesté pour le climat.

Lydie (saboteuse en série) : Pour penser la durabilité, l’approche conséquentialiste est incontournable. C’est en mesurant les conséquences de ses actes que l’on prend conscience de son empreinte écologique sur les écosystèmes.

La journaliste écolo : Mais cette approche est complexe. Est-il réaliste de prétendre pouvoir mesurer les conséquences de ses actes sur l’ensemble des écosystèmes quand on voit combien les interactions sont imbriquées ?

Sophie (saboteuse en série) : Au niveau d’un individu qui est fortement en prise avec les activités économiques mondialisées, cela peut paraître irréaliste mais il y a heureusement des métiers dont l’essence même est la suppression de l’empreinte écologique, ce qui simplifie la compréhension de la complexité pour tout le monde. Acheter chez un commerçant durable permet de garantir que l’acte d’achat n’aura pas de conséquence sur les écosystèmes. Il en est de même pour le financement auprès d’une banque durable.

Noémie (saboteuse en série) : Mesurer les conséquences de ses actes suppose d’avoir les bonnes informations. Sur certains produits ou services, on commence à voir apparaître un indicateur de l’empreinte écologique, ce qui permet les comparaisons.

Nathalie (saboteuse en série) : De plus en plus de gens se lancent dans la démarche #ecopureplayer. Devenir #ecopureplayer, c’est en quelque sorte intégrer la communauté des conséquentialistes, ceux qui ont le souci de mesurer les conséquences de leurs actes afin de préserver la planète et les écosystèmes qui la constituent.