Les saboteuses en série invitent à lutter contre toute forme d’enclosure

Samedi 1 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, alors que le développement durable est devenu une réalité, on découvre une forme de régulation spontanée à l’encontre des habitants qui empêche ceux qui chercheraient à mettre en place des enclosures. Explications.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, le développement durable est devenu une réalité et les habitants qui cherchent à mettre en place des enclosures sont rapidement arrêtés par les autres, quelles que soient les formes de ces enclosures. Pouvez-vous revenir sur le concept d’enclosure ?

Noémie (saboteuse en série) : Mais avec plaisir… Le concept d’enclosure est intimement lié à celui de la Grande transformation décrite par Karl Polanyi dans son ouvrage éponyme. Les enclosures apparaissent dans l’Angleterre de la première période Tudor. Elles sont le fait des Lords du Royaume qui souhaitent clôturer des surfaces prises sur les terres arables communes afin de les consacrer exclusivement à l’élevage des moutons. L’autorisation des enclosures est prise en 1607 à leur profit. Les Lords du Royaume qui peuvent ainsi tirer des gains substantiels de l’élevage des moutons qui procure la laine venant alimenter les filatures naissantes. Les enclosures sont le point de bascule vers la grande transformation car la terre n’est alors plus considérée comme nourricière, pourvoyeuse de moyens de subsistance. Elle devient un facteur de production, un moyen comme un autre de faire du profit et elle entre ainsi dans la sphère marchande. Les terres clôturées sont extraites à l’agriculture locale de subsistance. La laine obtenue par l’élevage des moutons est exportée en dehors du territoire et les gains profitent à quelques propriétaires terriens. Avec les enclosures, c’est un nouveau système économique qui se met en place, celui qui repose sur la logique marchande et qui peut être qualifié d’économie de marché. Toute l’organisation sociale locale qui reposait sur des échanges locaux est emportée par la logique des enclosures.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Julie (saboteuse en série) : A partir du moment où l’activité économique n’est plus destinée à la satisfaction des besoins des habitants d’un territoire, tout est permis. Les enclosures de la période Tudor ont entraîné la ruine de l’agriculture, au sens où celle-ci n’est plus rentable face aux gains procurés par l’élevage de moutons, ce qui amène une reconversion des terres à grande échelle. Les enclosures portent en elles la paupérisation des campagnes et l’enrichissement des propriétaires terriens. La logique de prédation des ressources l’emporte sur celle de la valorisation. Celle de l’accaparement des richesses l’emporte sur la distribution.

La journaliste écolo : On comprend bien comment les profits sont concentrés dans les mains des Lords du Royaume mais pourquoi dites-vous que la laine ne profite pas aux habitants ?

Sophie (saboteuse en série) : Mais tout simplement parce que les filatures viennent alimenter une demande qui est extérieure au territoire. Les enclosures marquent l’émergence d’un système de prédation des ressources et d’accaparement des richesses qui va progressivement se généraliser. Dans ce système, les individus ont tendance à se déshumaniser au sens où ils sont de moins en moins des êtres sociaux avec des valeurs, des rituels, des coutumes, des principes d’action qui nourrissent des interactions sociales enrichissantes. Dans ce système, les individus deviennent des acteurs économiques, fonctionnant comme des automates, mus par l’appât du gain et la satisfaction des plaisirs personnels.