Les saboteuses en série veulent toujours monter une SCOP !

Mardi 11 juillet 2023

Après avoir été approchées par Bill Gates pour le financement de leur projet, les saboteuses en série ont reçu une nouvelle proposition de la part de Reed Hastings, le fondateur de Netflix. Celui-ci a été éconduit sèchement. Les saboteuses en série ont ainsi réaffirmé leur volonté de monter une SCOP de production audiovisuelle. Reportage.

La journaliste écolo : On se souvient qu’en mai, vous aviez été approchées par Bill Gates, qui vous proposait de financer votre série. Vous aviez alors refusé. Une nouvelle opportunité de financement s’est à nouveau offerte à vous et vous l’auriez refusé ? Pouvez-vous confirmer ?

Lydie (saboteuses en série) : Nous confirmons que nous voulons monter une SCOP de production audiovisuelle pour chacune des saisons. Nous ne nous retrouvons pas ni dans le modèle du salariat qui est avilissant, ni dans celui de l’actionnariat qui consiste à capter tous les profits.

La journaliste écolo : C’est pourtant comme ça que les choses fonctionnent…

Sophie (saboteuse en série) : C’est vous qui le dites. On peut très bien mener un projet sur le modèle de la coopération : pas de salariat et un partage équitable des bénéfices.

La journaliste écolo : Ça reste à prouver. Il paraît que personne n’est jamais d’accord dans les SCOP… 

Noémie (saboteuse en série) : Vous avez déjà travaillé en coopérative ?

La journaliste écolo : Non jamais. Vous savez, moi, je suis pigiste…

Julie (saboteuse en série) : N’hésitez pas à monter un média libre en SCOP, le jour où l’envie vous prendra de participer collectivement à une ligne éditoriale partagée.

Rapport d’activité du mois de mai 2023

Mercredi 31 mai 2023

Les saboteuses en série viennent de publier leur rapport d’activité du mois de mai. Les débuts sont encourageants pour ce projet de série TV écolo en culture libre. Un doute subsiste sur le respect des échéances. Entrevue.

La journaliste écolo : Vous venez de publier votre rapport d’activité pour le mois de mai. Avant de vous interroger sur son contenu, j’ai une première question. Pourquoi une telle démarche de publication. Vous n’avez pas d’actionnaires, vous n’avez de comptes à rendre à personne ?

Julie (saboteuse en série) : Notre série est un projet collectif. Il est vrai que nous avons aucun compte à rendre au sens où des personnes apporteraient leur financement et nous demanderaient de rapporter ce qu’on fait avec leur argent. Dans la logique coopérative qui est la nôtre, chacun apporte sa contribution. Cependant, il est naturel que vous tenions informés chacun des contributeurs de l’avancement du projet.

La journaliste écolo : Dans votre rapport, vous indiquez que la communauté se compose de 35 personnes environ. N’est-ce pas un peu ridicule ? Votre communauté est un groupuscule.

Sophie (saboteuse en série) : Quand nous avons lancé le projet, nous étions 5. Un mois après, nous sommes maintenant 35, c’est une belle progression. Il s’agit de personnes réellement impliquées, pas de simples likes sur un site internet ou sur un fil Mastodon. Des gens qui sont prêts à apporter leur contribution sous différentes formes.

Lydie (saboteuse en série) : Nous ne communiquons pas trop sur la série pour le moment. Notre priorité est d’avancer dans l’écriture de la saison 1. Nous sommes bien parties mais une ou deux contributrices complémentaires seraient les bienvenues. Nous avons plein d’idées qui nous permettent de finir par nous-même mais l’écriture collective est tellement enrichissante.

La journaliste écolo : C’est un projet majoritairement féminin. Vous acceptez quand même les hommes ?

Noémie (saboteuse en série) : Pour le moment, il n’y a que Stéphane comme représentant de la gent masculine. Nous acceptons les hommes mais il faut vraiment qu’ils soient écoféministes. C’est le cas de Stéphane. Il est beaucoup plus âgé que nous. En plus de son impact sur le taux de féminisation, il nous fait monter la moyenne d’âge.

La journaliste écolo : Vous n’avez absolument aucun relai, ni par les médias, ni par des personnes publiques. Comment comptez-vous sortir de la confidentialité.

Nathalie (saboteuse en série) : Nous n’avons sollicité aucun relai d’aucune sorte, il est donc normal que nous ne soyons pas relayées. C’est beaucoup trop tôt. Pour le moment, nous devons construire l’univers de la série. Nous allons alimenter les actualités pendant encore trois mois. C’est au mois de septembre qu’il y aura suffisamment de contenus pour envisager des relais.

La journaliste écolo : Puisque vous évoquez des aspects de calendrier. Pouvez-vous nous dire quand débutera le tournage ?

Julie (saboteuse en série) : Pour la saison 1, le tournage doit débuter au début du mois d’avril 2024 et s’échelonner sur 4 mois. Mais le tournage dépendra de l’audience estimée.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Noémie (saboteuse écolo) : Pour le tournage, les nombreuses contributions sont réunies au sein de la coopérative. Il y a beaucoup d’énergie et de bonnes volontés mais il sera nécessaire de recourir à un financement participatif. Ce financement ne sera lancé que si l’audience estimée permet de montrer que la diffusion de la série rencontrera son public.

Sophie (saboteuse en série) : Dans un projet comme le nôtre, l’audience estimée est de 40 000 spectateurs qui doit être atteinte vers le mois de mars 2024.

La journaliste écolo : Pour le moment, l’audience estimée est de 35 personnes, si je comprends bien. Laissez-moi vous dire que vous avez du chemin à parcourir…

Nathalie (saboteuse en série) : Nous sommes parties à 5 au début du mois et nous sommes déjà à 35, en ne sollicitant que les contributrices. Il suffit que l’audience double tout les mois pour atteindre notre audience souhaitée au début du mois d’avril.

La journaliste écolo : Vous êtes optimistes, les filles…

Lydie (saboteuse en série) : L’optimisme, c’est le trait de personnalité commun à ceux qui se lancent dans le développement durable. Il faut être optimiste, nous le revendiquons, sinon on ne ferait rien.

Nous ce qu’on veut, c’est monter une SCOP !

Samedi 13 mai 2023

Le grand sabotage est une série TV écolo qui est construite et produite selon des principes coopératifs. Les saboteuses en série expliquent les raisons de ce choix.

La journaliste écolo : Vous revendiquez l’adoption du modèle coopératif pour la production audiovisuelle. Pouvez-vous expliquer pourquoi les coopératives vous paraissent plus pertinentes que les formes plus conventionnelles pour la production d’une série ?

Lydie (saboteuse en série) :  La réalisation d’une série est une aventure collective, ce qui est vrai aussi pour les films. Des personnes aux compétences et aux talents multiples vont se réunir et s’organiser pour donner la vie, sous une forme audiovisuelle, à des dialogues et un scénario, qui au départ, n’existent que sur le papier. Si la réalisatrice est celle qui coordonne cette aventure mais chacun apporte sa touche personnelle dans le choix des lieux, le choix des décors, des accessoires, le choix des cadrages, le choix des interprétations pour les acteurs, etc. En un mot, chacun apporte sa contribution à l’œuvre collective. Il est logique que ces différentes contributions soient reconnues à leur juste valeur autrement que par une suite de noms qui défilent au générique.

Noémie (saboteuse en série) : La coopérative, c’est un choix d’organisation : celui d’avoir des relations les plus horizontales possibles, avec l’idée de s’éloigner du modèle descendant où tout est centralisé autour de la réalisatrice qui impose ses choix. Dans le modèle coopératif, la réalisatrice est celle qui facilite le travail de tous. Elle est la grande coordinatrice qui laisse à chacun la possibilité d’exprimer sa créativité dans son domaine de compétences.

Julie (saboteuse en série) : Il faut aussi évoquer l’aspect financier qui me semble déterminant. Les formes que vous appelez « plus conventionnelles » sont en fait des formes de dépendance au financement. La productrice, ou la société de production pour être plus précise, est celle qui apporte les fonds et à ce titre, dispose de tous les pouvoirs pour décider l’orientation que va prendre la réalisation de l’œuvre. La forme coopérative permet de s’extraire de ce dictat. Quand on raisonne en termes de contributions à une œuvre collective, on s’aperçoit que celles-ci prennent des formes multiples et variées qui réduisent fortement la contrainte de financement. Dans la série, par exemple, il y a des lieux de tournages récurrents comme le supermarché et le salon de coiffure de la saison 1 ou la salle de réunion du conseil de la sécurité intérieur que l’on retrouve aussi en saison 2. Le modèle coopératif permet d’avoir des contributeurs qui apportent les lieux et les décors, sans avoir à recourir à un détour de financement. Comme tous les autres, ces contributeurs sont rémunérés sur les recettes que la série apporte, ce qui change totalement le rapport à l’œuvre. Ils sont contributeurs à part entière plutôt que des prestataires rétribués pour leurs services. Quand on vous dit que les coopératives sont des aventures humaines…

Sophie (saboteuse en série) : Si vous le permettez, j’aimerais aussi aborder un autre point : celui des rapports de travail. Réaliser un film ou une saison de série, consiste à réunir de nombreux contributeurs dans des domaines très variés, comme les filles l’ont expliqué, mais cette aventure est éphémère. Elle dure le temps de la réalisation. Après quoi, les différentes contributrices iront apporter leur pierre à d’autres édifices. Choisir de monter une coopérative pour la production de l’œuvre marque la volonté de réduire la forme salariale au maximum. Vous savez, nous les créatrices, – je ne veux pas parler au nom de tout le monde mais au moins du point de vue des saboteuses en série – nous n’aimons pas trop être salariées et être soumises au bon vouloir de celle qui nous emploie. Faire les choses pour les autres, ça n’a jamais été très exaltant et puis parfois, ça bride notre créativité. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucune salariée dans la coopérative. Certaines d’entre-nous ont besoin de revenus pendant qu’elles travaillent à la réalisation. Elles sont donc contributrices et salariées à la fois. Mais on les voit d’abord comme des contributrices plutôt que comme des salariées.       

La journaliste écolo : Contributrices et salariées à la fois ? Je ne comprends pas bien le modèle de rémunération. Pouvez-vous apporter des précisions ?

Nathalie (saboteuse en série) : La première chose qu’il faut bien comprendre, c’est que lorsqu’on est en phase de réalisation, on a aucune idée du succès qu’une série ou qu’un film rencontrera. Or, c’est de l’audience que dépendra les recettes et donc la rémunération des contributions. Dans le cas d’une production commerciale, la société de production qui se charge d’apporter le financement, prend tous les risques financiers et c’est à ce titre qu’elle impose sa vision et ses façons de faire pour la réalisation de l’œuvre. Il n’y a pas de contributeurs au sens où nous l’entendons, juste des salariés qui sont payés pour ce qu’on leur demande de faire. Si on fait le choix de la coopérative, c’est qu’on veut casser cette logique. On fait appel à des contributions, dans leurs formes les plus larges possibles. Certaines apportent leurs compétences et leurs talents : les techniciennes, les assistantes, les réalisatrices, les actrices, les décoratrices, les accessoiristes, etc. D’autres mettent à disposition des lieux, des éléments de décors, du matériel, des objets, des biens, etc. Les mises à dispositions réduisent, de façon non négligeable les besoins de financement. Il s’agit de prêts temporaires dont la rémunération sera prise sur les recettes selon la valorisation de la contribution. Celles qui apportent leurs compétences et leurs talents, consacrent du temps à la réalisation de l’œuvre, ce qui suppose une rémunération. Elles sont donc généralement salariées, en plus d’être contributrices.

Noémie (saboteuse en série) : Pour le financement, il faut donc prévoir les rémunérations des salariées ainsi que les différentes locations indispensables et c’est à peu près tout, car le reste prend la forme de contributions. Pour constituer la coopérative, l’important est de déterminer la valeur relative de chacune des contributions à l’ensemble de l’œuvre car ces valeurs relatives donneront les clés de la répartition des recettes lorsque la série ou le film sera mis en distribution. Nous avons adopté un système de points. Chaque contribution représente un certain nombre de points du total de l’œuvre.

La journaliste écolo : Et vous arrivez à obtenir l’unanimité pour cette répartition ?

Lydie (saboteuse en série) : Oui, bien sûr ! Pour ceux qui ne sont pas habitué, cela peut paraître étrange mais beaucoup sont rodés aux principes de la décision par consentement. Et puis il y a des valeurs tacites qui existent dans les niveaux de contributions selon ce qui est apporté. Cela n’empêche pas des négociations, bien entendu. Chacun essaie de tirer son épingle du jeu. Mais ces négociations se font de manière collective : une contributrice défend sa valeur face à toutes les autres. C’est bien différent du modèle commercial où une employeuse unique négocie tous les contrats de travail de toutes les salariées.

La journaliste écolo : Vous ne parlez pas trop des actrices. Quelle place ont-elles dans la coopérative ?

Julie (saboteuse en série) : Les actrices sont des contributrices à part entière au sein de la coopérative. Elles apportent leurs talents. De nos jours, il y a beaucoup d’actrices au regard des projets de réalisation et nombreuses sont celles qui se lancent dans les coopératives de production. Leurs salaires sont proches de ceux des autres contributrices. En fait, dans le principe, nous souhaitons que les salaires soient les mêmes pour toutes lorsqu’on passe à la phase de tournage. Il n’y a pas de différence entre l’assistante, la technicienne et les actrices. C’est au niveau de la valorisation des contributions que les différences existent.

Sophie (saboteuse en série) : Ça nous semble plus juste, plus équitable.

La journaliste écolo : Et pour le financement ? C’est du crowdfunding, je suppose ?

Noémie (saboteuse en série) : Vous avez deviné juste. Par nos valeurs, nous refusons catégoriquement de recourir à un financement par les banques commerciales. Nous pourrions éventuellement nous adresser à des banques durables mais l’activité de production d’œuvres audiovisuelles est trop aléatoire pour elles. Le financement participatif semble être plus naturel. Nous trouvons ainsi la réponse à nos besoins sur les plateformes. Les contributrices au financement font des dons avec récompenses, mais elles ne deviennent pas des membres de la coopérative.

La journaliste écolo : Des dons avec récompenses ? Pouvez-vous apporter des précisions ?

Nathalie (saboteuse en série) : Tout à fait. Selon le montant des dons effectués, les récompenses peuvent prendre la forme d’une participation au tournage en tant que figurantes ou spectatrices ou bien celle d’un accès réservé au making-of accessible en ligne avec un code spécifique. Les contributrices au financement sont donc en lien permanent avec l’équipe de tournage. Elles savent ce qu’on fait avec leur argent…   

La journaliste écolo : Et quand le tournage est terminé, la coopérative est dissoute ?

Sophie (saboteuse en série) : Surtout pas ! Tout d’abord, après le tournage, il y a toute la phase de montage, puis la mise en distribution. Commence alors ce qu’on appelle la mise en exploitation de l’œuvre. Celle-ci est diffusée et rencontre une certaine audience. C’est alors que les recettes commencent à arriver. Or ces recettes, il faut les répartir entre les différentes contributrices en fonction des valorisations de chacune des contributions. C’est pour ça que la coopérative de production perdure bien après la phase de réalisation, même si son activité se résume principalement à la répartition des recettes.

La journaliste écolo : Les coopératives de production ne sont jamais dissoutes, alors ?

Lydie (saboteuse en série) : La phase d’exploitation ne dure qu’un temps. Il arrive un moment ou l’œuvre ne fait plus trop de recettes et il apparaît opportun de dissoudre la coopérative. Nous avons choisi le délai de 5 ans après la première mise en exploitation. Ce délai est expressément mentionné dans les statuts. Après quoi, la coopérative est dissoute et l’œuvre devient libre de droit, comme si elle tombait dans le domaine public. C’est un choix éthique. Pour nous, ça n’a aucun sens de s’accrocher à vouloir percevoir des droits sur une œuvre après sa phase d’exploitation. Il est beaucoup plus logique qu’elle dispose d’une seconde vie, non commerciale, auprès d’un public averti, plutôt que de rester enfermer dans les méandres des droits d’accès privés. Quand on crée une œuvre, c’est au public de se l’approprier.

La journaliste écolo : Et pour l’écriture du scénario et des dialogues, c’est aussi une coopérative que vous avez mis en place ?

Sophie (saboteuse en série) : Pas du tout. Pour l’écriture, nous avons choisi la forme associative. Tout ce que nous avons dit sur la phase de réalisation est valable pour celle de la conception. L’écriture d’une série est une vraie aventure collective où chacun apporte sa pierre à l’édifice commun. En tant que scénaristes ou dialoguistes, il nous est impensable d’être salariées et d’exécuter un travail attendu. Nous vivons une aventure commune qui est un temps de loisir qui n’appelle pas de rémunération ou moment où il se fait. La forme associative devient nécessaire lorsque le collectif des contributrices est constitué et qu’il faut définir collectivement la valorisation de chacune des contributions individuelles. Lorsque le travail d’écriture est terminé, l’association des scénaristes et dialoguistes donne les droits d’une saison à la coopérative de production chargée de sa réalisation. Ces droits sont envisagés comme la contribution des autrices à la coopérative, ce qui permet leur rémunération sur les recettes.   

La journaliste écolo : Il y a donc un contrat entre l’association et la coopérative de production ?

Noémie (saboteuse en série) : Pas du tout. Les autrices deviennent membres de la coopérative. Leur contribution globale est l’écriture du scénario et des dialogues. Leur part relative à la contribution globale est celle qui a été définie au sein de l’association.

La journaliste écolo : C’est un peu compliqué !

Lydie (saboteuse en série) : C’est juste que vous êtes habituée à un système de valeur avec équivalent monétaire et que vous avez du mal à entrer dans un autre système de valeur où les équivalences s’entrecroisent. Mais on s’y fait vite…

La journaliste écolo : Et bien mesdames, merci beaucoup pour ces éclairages sur la démarche coopérative dans la production audiovisuelle. J’ai une dernière question, cependant. Il se trouve que je ne me sers plus du tout de ma voiture. Pensez-vous que je pourrai l’apporter en contribution au tournage d’une de vos saisons ?

Nathalie (saboteuse en série) : Toutes les voitures deviennent immobiles dans la série à partir de la saison 2, mais pourquoi pas ? Si c’est un bide, vous êtes consciente que votre contribution ne vous rapportera pas grand-chose ?

La journaliste écolo : Oui, mais si c’est un succès, en plus des gains, je pourrai montrer à mes copines ma voiture qui apparaît dans la série.