Un territoire durable se définit au regard de la communauté des habitants qui souhaitent s’engager dans la durabilité

Jeudi 1 juin 2023

La série « Le grand sabotage » raconte comment les habitants instaurent la durabilité sur leur territoire après que le sabotage généralisé ait détruit le fonctionnement de l’économie mercantile. Selon les saisons, elle donne à voir des territoires durables qui sont très divers dans leur composition et dans leur étendue. Retour sur la genèse des territoires durables.

La journaliste écolo : A partir de la saison 2, votre série montre aux spectateurs des territoires durables. Ils sont en phase de construction dans les saisons 2 et 3 et à maturité dans les saisons 4 et 5. Pouvez-vous revenir sur la notion de territoire durable ?

Noémie (saboteuse en série) : Un territoire durable est un territoire sur lesquels les habitants ont choisi des modalités de développement durable. C’est-à-dire qu’ils ont le souci de la préservation ou de la régénérescence des écosystèmes et qu’ils ponctionnent des ressources de matière durable en connaissance de la capacité de charge du territoire. Il s’agit d’un choix. Pour qu’un territoire devienne durable, tout dépend de la volonté de ses habitants.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer comment cela se passe, concrètement ?

Lydie (saboteuse en série) : Concrètement, sans une communauté de personnes qui se mettent en lien pour installer la durabilité, il n’y a pas de territoire durable. Ainsi, il existe autant de communautés que de territoires durables. Elles ont en commun de partager les mêmes valeurs qui sont celles de la durabilité. Sur les territoires, beaucoup d’habitants entrent dans la logique de la durabilité par intérêt, quand ils perçoivent les menaces qui pèsent sur la planète en général et sur leur territoire en particulier. Il s’agit alors de garantir les 4 sécurités élémentaires de développement durable. Or, les habitants ont besoin de coopérer pour garantir ces sécurités. C’est aussi simple que ça. Sans coopération, il n’est pas possible de garantir les sécurités élémentaires de développement durable.

La journaliste écolo : La logique de coopération est facile à comprendre mais les habitants ne se heurtent-il pas à ceux qui ont d’autres approches ?

Julie (saboteuse en série) : Vous voulez certainement parler de ceux qui exercent une activité économique qui ne profite pas au territoire. Effectivement, il y a des différences de logiques et des conflits d’intérêt entre ceux qui exploitent les ressources d’un territoire pour leur intérêt personnel et au profit d’autres territoires, mais il ne faut pas minimiser le pouvoir d’agir des habitants. Il est possible de se lancer dans de nombreuses activités qui sont au profit des habitants du territoire et qui respectent le développement durable. C’est la notion de contribution. Chacun dans son domaine peut trouver sa contribution, sa manière d’agir en faveur du développement durable.

Nathalie (saboteuse en série) : Il est vrai qu’il existe des affrontements quand les habitants d’un territoire estiment que leurs ressources sont exploitées par d’autres qui viennent détruire leur écosystème. L’affrontement est inévitable car les logiques de pensée sont incompatibles. Les habitants estiment être dans leur bon droit quand ils s’opposent à la prédation de ceux qui viennent exploiter et détruire leur écosystème local. Mais dans la majorité des cas, le développement durable s’installe progressivement, sans affrontement, dans les espaces laissés vacants par l’économie commerciale mercantile qui est en train de s’écrouler.

La journaliste écolo : Selon vous, l’économie mondiale, que vous qualifiez de commerciale et mercantile, est en train de s’écrouler.

Sophie (saboteuse en série) : Parfaitement ! C’est ce que nous montrons dans la saison 1 : l’émergence d’un microbiote économique local sur les territoires qui vient progressivement supplanter l’économie commerciale mercantile. Avec le sabotage généralisé qui intervient, la magie de la fiction permet de montrer aux spectateurs comment se déroule le processus en accéléré.

Nathalie (saboteuse en série) : Ce n’est un secret pour personne que le modèle de la grande distribution mondialisée est en train de s’écrouler, de même celui de l’agriculture intensive, pour ne prendre que les deux exemples les plus frappants. Lorsqu’un agriculteur intensif fait faillite ou qu’il part à la retraite, il laisse la place à une dizaine de fermes agroécologiques qui fournissent du travail à vingt fois plus de personnes. Celles-ci produisent dans le respect du vivant pour les habitants du territoire. Cette production locale est distribuée en circuits courts dans les quartiers qui reprennent vie avec l’ouverture de commerces et d’artisanat de proximité. C’est tout un microbiote d’activités locales en synergie les unes avec les autres qui se développe sur les territoires durables. On est bien loin de l’affrontement systématique.

La journaliste écolo : C’est le retour aux échanges locaux d’antan selon une logique très territorialisée… Mais comment se constituent les territoires durables ?

Julie (saboteuse en série) : C’est un peu le retour à la logique locale d’antan, si vous voulez, au sens où l’activité des habitants contribue au développement durable leur territoire et non à une expansion économique globalisée qui produit des richesses inégalement réparties et qui est destructrice de la planète. La logique est donc très locale mais la perception des différents territoires durables peut être très variable par leur étendue et par leur composition. Lorsqu’on raisonne à l’échelle humaine, celle des relations directes entre les individus, on distingue généralement quatre niveaux d’interactions. Le premier niveau est l’îlot urbain ou le hameau en zone rural. A cette échelle, il est déjà possible de décider collectivement de nombreuses actions qui favorisent les sécurités élémentaires de développement durable. Le second niveau est le quartier urbain ou le bourg en zone rurale. Il correspond à la zone de proximité immédiate accessible par mobilités douces. C’est le niveau privilégié de socialisation. Le principal enjeu des communautés durables consiste à redonner vie à leur quartier et à leur bourg en favorisant l’émergence et le développement d’un microbiote d’activités durables. Il va sans dire que c’est le niveau principal de la réflexion collective. Celui où chacun prend conscience de ses besoins essentiels et de la façon dont l’activité des habitants du territoire permet d’y répondre. Le niveau suivant est celui du village urbain ou de la petite ville en milieu rural. C’est un niveau incontournable de coordination des décisions puisque c’est à cette échelle qu’on retrouve la plus grande partie du panel des activités de développement durable. Le dernier niveau est celui de la ville et de sa ceinture vivrière qui est d’autant plus étendue que la ville est grande. Le territoire durable dépasse généralement ce niveau car les villes créent des liens d’interdépendance avec d’autres villes limitrophes afin de renforcer leur durabilité. Ainsi, la géométrie des territoires durables est variable. Leur étendue correspond à une zone d’activités locales cohérentes et interconnectées qui permettent d’assurer le développement durable.

Noémie (saboteuse en série) : Un territoire durable est une étendue sur laquelle toutes les activités se développent selon une cohérence globale tournée vers la durabilité. Il y aurait beaucoup de critères pour établir cette cohérence : les bassins hydriques, le relief, la nature des sols, les synergies existantes entre différents écosystèmes, etc. Mais ces critères aboutissent à des étendues qui se chevauchent partiellement. Au final, c’est l’élément culturel qui semble déterminant. Un territoire durable se définit avant tout au regard de la façon dont la communauté des habitants souhaite mettre en œuvre de la durabilité. C’est cela qui va générer le microbiote des activités de développement durable qui animent le territoire.