Actualités du sabotage en série

Les saboteuses en série souhaitent accélérer la grande migration

Mardi 13 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, l’utilisation des technologies numériques se fait sans collecte de données et sans publicités, comme si tout le monde avait migré vers des applications respectueuses de la vie privée. Cet univers existe déjà pour ceux qui ont commencé la grande migration. Explications.

La journaliste écolo : Aux saisons 4 et 5 de votre série, lorsque les personnages utilisent leurs smartphones, il n’y a plus de publicité et les applications utilisées semblent dépourvues de pisteurs et de traqueurs. N’est-ce pas un peu un monde idéalisé ?

Lydie (saboteuse en série) : Pas du tout ! Les applications respectueuses de la vie privée sont déjà une réalité pour ceux qui se donnent la peine de les adopter.

La journaliste écolo : Qu’est-ce que vous entendez par respectueuses de la vie privée ?

Noémie (saboteuse en série) : Des applications sans publicité pour commencer. La publicité est une véritable agression, une intrusion illégitime dans nos vies privées. Personne ne devrait avoir à subir les publicités.

Sophie (saboteuse en série) : Et puis surtout, des applications sans collecte de données. Celles qui vont alimenter les data center pour faire de l’hypersegmentation comportementale. Des campagnes de communication ultraciblées, si vous préférez, qui peuvent même influencer les comportements des individus.

La journaliste écolo : Qu’est-ce que vous entendez par là ?

Nathalie (saboteuse en série) : Le big data c’est un outil qui est utilisé par le marketing, qu’il soit politique ou commercial. Un puissant outil qui permet de vendre n’importe quoi à n’importe qui, sans aucune préoccupation de l’impact sur la planète. Quand on utilise une application gratuite, elle est bien souvent payée par la publicité qu’elle contient et qui nous pousse à acheter les produits mis en avant.

La journaliste écolo : C’est un peu la règle du jeu, non ?

Julie (saboteuse en série) : C’est la règle du jeu pour ceux qui veulent bien la suivre. Mais il existe des alternatives. Toutes les applications qui reposent sur le big data ont un équivalent respectueux de la vie privée. Il appartient à chacun de les choisir.

Noémie (saboteuse en série) : C’est le cas des personnes #antibigdata. Celles qui quittent les applications big data pour migrer vers les applications respectueuses.

La journaliste écolo : Mais pourquoi s’agit-il d’une grande migration ?

Nathalie (saboteuse en série) : Il y a tout ceux qui se lancent dans la #twittermigration en quittant cette application nauséabonde. Mais il faut aussi compter sur tout ceux qui cherchent à se dégoogliser en installant des OS sans pisteurs et sans traqueurs.

Lydie (saboteuse en série) : Sans parler de ceux qui quitte Facebook, Whatsapp ou Youtube. Dans l’absolu, ce sont toutes ses applications qu’il faut changer pour migrer vers des applications respectueuses.

La journaliste écolo : C’est un peu la logique des #ecopureplayer.

Sophie (saboteuse en série) : C’est totalement la logique des #ecopureplayer !

Le grand sabotage est un plaidoyer contre les limito-sceptiques

Lundi 12 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans cette fiction, le grand sabotage intervient avant que les populations dépassées toutes les limites planétaires. Focus sur la logique extractive qui conduit à la destruction de la planète.

La journaliste écolo : Dans votre série, juste après le grand sabotage, vos personnages ont le souci de mettre en place les modalités du développement durable qui s’inscrit dans le respect des limites planétaires. Beaucoup d’épisodes de la saison 4 font référence à ces limites planétaires. Pouvez-vous expliquez quelles sont ces limites ?

Noémie (saboteuse en série) : Les limites planétaires sont normalement apprises au collège, faut-il vraiment les rappeler ?

La journaliste écolo : Un petit rafraichissement de la mémoire ne peut pas faire de mal…

Sophie (saboteuse en série) : Pour ne faire que les citer, sans détailler chacune d’elles, nous pouvons rappeler ces neuf limites : le changement climatique, les pertes de biodiversité, les perturbations globales du cycle de l’azote et du phosphore, l’usage des sols, l’acidification des océans, la diminution de la couche d’ozone, les aérosols thermiques, l’usage de l’eau douce ainsi que l’introduction de nouvelles entités dans la biosphère (la pollution chimique).

La journaliste écolo : Cela n’a rien à voir avec l’épuisement des ressources alors ?

Lydie (saboteuse en série) : Les limites planétaires ont été mises en avant par les scientifiques selon une analyse systémique. Il s’agit de considérer la Terre comme un écosystème global qui a ses logiques de régulation.

La journaliste écolo : C’est l’hypothèse Gaïa ?

Lydie (saboteuse en série) : Oui, c’est tout à fait ça. Considérée comme un tout, la Terre est un écosystème complexe qui s’autorégule dans les modalités de son développement. Cette autorégulation se fait à l’intérieur de limites. Le dépassement de ces limites amènent à des perturbations majeures qui altèrent le caractère harmonieux du développement et qui le conduisent vers des trajectoires destructrices.

La journaliste écolo : Destructrices de quoi ?

Nathalie (saboteuse en série) : Destructrices de tout, avec des effets d’entraînement, des enchainements de causes à effets. Le réchauffement climatique altère la fertilité des sols, leur érosion atteste la perte de microbiotes, l’acidification des océans entrave le développement de la vie organique, etc.

Noémie (saboteuse en série) : Ce sont les conditions du développement de la vie sur Terre qui sont altérées en cas de dépassement des limites planétaires. Or, de nos jours, les humains ont un fort impact sur le développement de l’écosystème Terre. On estime que quatre des neuf limites sont déjà franchies : le changement climatique, l’intégrité de la biosphère, la destruction des sols par l’agro-industrie et les perturbations des cycles de l’azote et du phosphore.

Lydie (saboteuse en série) : Les limito-septiques sont ceux qui refusent de voir que certaines limites sont dépassées et que nous allons tout droit vers le dépassement des autres.

La journaliste écolo : Mais c’est une vision apocalyptique que vous donnez à voir !

Julie (saboteuse en série) : Ce n’est pas une vision apocalyptique. C’est plutôt celle d’une inversion du développement. Toute l’histoire de la Terre est celle du développement de la vie et de l’irruption de la biodiversité. C’est ce qui la distingue des autres planètes. Nous assistons actuellement à une inversion du phénomène. L’éclosion de la vie sur Terre marque le pas. Son développement n’est plus durable. Il est destructeur au sens où on assiste au début du déclin de la vie. C’est un déclin progressif, invisible à l’échelle d’une vie humaine, il n’est donc pas apocalyptique.

Nathalie (saboteuse en série) : La vie décline car les conditions d’habitabilité sont remises en cause progressivement, pour les humains comme pour les autres espèces vivantes. C’est une évidence sur certains territoires mais ça devient aussi une réalité à l’échelle de la planète. Les limito-septiques sont ceux qui sont dans le déni de cette réalité.

La journaliste écolo : Et pour l’épuisement des ressources ?

Sophie (saboteuse en série) : C’est une autre approche. Celle qui consiste à montrer que le modèle de croissance économique actuel est naturellement limité par les capacités extractives des ressources qu’il utilise. La sortie de ce modèle se fera immanquablement au moment de l’épuisement des ressources, lorsque la parenthèse thermo-industrielle se refermera. La encore, certains pensent que les ressources fossiles sont inépuisables alors que, depuis plus de cinquante ans, les modèles prédisent leur point d’épuisement avec précision. Ce sont aussi des limito-septiques en quelque sorte.

Noémie (saboteuse en série) : Le problème c’est que nous nous approchons dangereusement du seuil de dépassement des limites planétaires et que celles-ci risquent d’être franchies avant l’épuisement des ressources qui marquera la fin du modèle de croissance économique destructeur de la planète.

Un drapeau de la communauté a été érigé devant la mairie de Sallertaine

Dimanche 11 juin 2023

Pour la quatrième fois, un drapeau de la mystérieuse communauté des humains soucieux de la Terre et de son développement durable a fait son apparition sur la façade d’une mairie. L’évènement s’est produit à Sallertaine, une petite commune de Vendée, située non loin de la côte atlantique. Reportage de notre envoyée spéciale.

C’est un peu après 10H00, ce dimanche 11 juin 2023, que le drapeau de la mystérieuse communauté a été érigé sur la façade de la mairie de Sallertaine. Une randonneuse qui était passée devant la mairie vers 9H30 a confirmé ne rien n’avoir remarqué. On estime ainsi que l’installation du drapeau s’est faite aux alentours de 9H45. Les rares témoins présents sur place indiquent avoir vu trois femmes, revêtues de bleus de travail et portant des gants verts, venir avec une échelle pour accrocher le drapeau.

Dans un premier temps, les habitants de Sallertaine sont passés devant le drapeau sans vraiment s’arrêter mais vers 11H00, un attroupement s’est formé devant la mairie, débordant sur la chaussée, ce qui a bloqué partiellement le flux des automobilistes qui se rendaient en bord de mer, créant ainsi un bouchon qui s’est ensuite résorbé. Deux employés municipaux sont venus détacher le drapeau vers 12H30 et celui-ci a encore été exhibé sur le parapet de la mairie avant que les employés municipaux le déposent dans un lieu sûr.

C’est la quatrième fois que ce genre de drapeau est accroché la façade d’une mairie après l’apparition de Notre-Dame des Landes et celles de Liposthey et d’Azur dans les Landes. 

A Sallertaine, les habitants présents sur place, qui ont été interrogés, n’avaient aucune idée de la signification de ce drapeau. Seule une grand-mère, accompagnée de sa petite-fille a indiqué de façon catégorique, qu’il s’agissait du drapeau de la communauté des humains soucieux de la Terre et de son développement. Pour beaucoup, cet acte est le fait d’hurluberlus qui ne savent pas quoi faire pour occuper leur dimanche matin.

Tout le monde ne ressent pas le même besoin de s’engager pour le développement durable

Samedi 10 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment des individus s’engagent concrètement, à leur niveau, sur leur territoire, en faveur du développement durable. Dans cette fiction, l’engagement est rendu nécessaire par le sabotage généralisé des infrastructures économiques mondialisées mais dans la réalité, l’engagement n’est pas aussi spontané. Il arrive même que des personnes ne ressentent aucun besoin de s’engager pour la durabilité. Le processus de l’engagement est complexe et il n’est pas vécu de la même façon chez tous les individus. Décryptage.  

La journaliste écolo : Dans votre fiction, le grand sabotage a rendu les choses faciles. Il n’y a pas d’autres alternatives au développement durable et tout le monde s’y engage volontiers. Dans la réalité, les choses sont un peu plus complexes. Pouvez-vous revenir sur le processus de l’engagement qui conduit les gens à contribuer, par leurs actions, au développement durable ?

Lydie (saboteuse en série) : L’engagement est complexe, en effet. Il ne vient pas spontanément. On peut dire qu’il s’agit d’un processus qui comprend des aspects qui sont à la fois cognitifs, socio-émotionnels et conatifs…

La journaliste écolo : Ouh la la… Je vous arrête tout de suite dans votre approche conceptuelle. On voit bien que c’est complexe, mais il n’est pas utile d’ajouter de la complexité à la complexité. Pouvez-vous partir sur des exemples concrets ?

Nathalie (saboteuse en série) : Prenons l’exemple de l’invasion d’un territoire par des ennemis. Les habitants n’auront pas tous le même niveau d’engagement pour défendre leur territoire. Certains ne vont même jamais chercher à s’engager. Je ne parle pas de la forme de l’engagement. Celle-ci est proche à chaque individu. Je parle des perceptions, des ressentis de chacun, du processus qui fait qu’il arrive un moment où le conflit intérieur provoqué par l’attaque ennemie ne peut se résoudre que par l’engagement. C’est un point de bascule qui arrive plus ou moins vite selon la personnalité des individus. Pour certains, ce point de bascule n’arrive pas du tout car l’activation de différents mécanismes inconscients permettent de minimiser ou d’ignorer ce conflit intérieur.

La journaliste écolo : Comme le dédouanement que vous aviez déjà expliqué lorsque vous aviez montré la façon d’élaborer les stratégies de développement durable.

Nathalie (saboteuse en série) : Le dédouanement est un exemple de ces mécanismes, en effet. Lors d’une agression étrangère sur un territoire, il est difficile de ne pas avoir conscience des conséquences. Pour autant, tout le monde ne cherche pas à s’engager pour lutter.

La journaliste écolo : Vous aimez filer la métaphore guerrière. Mais revenons à notre sujet principal, si vous le voulez bien. Vous évoquez un processus. Quel est ce processus de l’engagement.

Noémie (saboteuse en série) : Il y a plusieurs étapes avant de parvenir à l’engagement, c’est-à-dire à la volonté affirmée et renouvelée de passer à l’action en faveur d’une cause, celle de la préservation de la planète pour ce qui nous intéresse. Sans entrer dans des détours conceptuels, on peut dire de manière simple que ce processus passe par des phases de compréhension, de maîtrise de ses émotions et de perceptions des modalités d’action.

La journaliste écolo : C’est assez proche du processus transformationnel qui pousse les individus au changement.

Sophie (saboteuse en série) : Assez proche en effet, à ceci près qu’il n’y a pas de recherche de gains individuels dans la notion d’engagement.

Noémie (saboteuse en série) : Sans la compréhension des enjeux de développement durable, il n’y a pas d’engagement. Sans la maîtrise des émotions que provoque parfois la perception de l’ampleur des destructions que subit la planète, il n’y a pas d’engagement. Sans une vision claire des actions concrètes qu’il est possible de mener à son échelle sur son territoire, il n’y a pas d’engagement. Les freins à l’engagement son multiples. Sans une conscience aiguë de ces freins, de ce qui permet de les lever, il est difficile de passer à l’engagement.

La journaliste écolo : Selon vous, c’est l’existence de ces freins qui conduit au faible niveau d’engagement qu’il est possible de constater actuellement dans la population ?

Julie (saboteuse en série) : Les freins psychologiques pour le passage à l’action ont toujours existé. Ce n’est pas les freins en eux-mêmes qui empêchent l’engagement mais l’absence de conscientisation de ces freins par les individus.

La journaliste écolo : Pouvez-vous donner des exemples concrets ?

Nathalie (saboteuse en série) : Prenons l’exemple du déni. Beaucoup sont encore dans le déni de l’hyper-ponction des ressources de la planète.

La journaliste écolo : Vous voulez parler des limito-sceptiques ?

Nathalie (saboteuse en série) : Tout à fait. Les pics d’extraction sont dépassés pour de nombreuses ressources et depuis les années 70, nous sommes en mesure de prévoir le moment où celles-ci se tariront. Mais beaucoup semblent l’ignorer, quand ils ne remettent pas en cause les modèles prévisionnistes qui viennent pourtant des extracteurs eux-mêmes.

La journaliste écolo : Les échéances sont lointaines. Peut-être que certains ne se sentent pas concernés, tout simplement ?

Lydie (saboteuse en série) : La parenthèse thermo-industrielle va se refermer vers 2100. Ce n’est rien à l’échelle de la planète ou même au regard des 12 000 ans de vie de l’humanité. Mais 2100, la fin de ce siècle, c’est une échéance que connaîtront les enfants et petits-enfants de ceux qui naissent aujourd’hui. Il est temps de se soucier d’eux et de l’état de la planète que nous allons leur laisser. 

Il appartient à chacun de définir sa stratégie de développement durable

Mardi 6 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment des individus instaurent le développement durable sur leur territoire après que soit survenu un sabotage généralisé du fonctionnement de l’économie mondialisée. Ils sont amenés à faire des choix et à définir une véritable stratégie qui anticipe le futur. Focus sur une démarche incontournable du développement durable.

La journaliste écolo : Dans votre série, après le grand sabotage, tout est à réinventer. Vos personnages sont amenés à faire des choix de développement et, à de nombreuses reprises, ils évoquent le fait d’élaborer une stratégie. Pouvez-vous expliquer ce qu’est une démarche stratégique.

Lydie (saboteuse en série) : Tout à fait. La démarche stratégique fait souvent référence à l’univers militaire ou aux échecs, mais elle s’applique aussi pour la durabilité. Dès que nos actions vont dans le sens d’un développement, nous sommes amenés à faire des choix parmi les nombreuses possibilités qui s’offrent à nous. La démarche stratégique consiste à anticiper du mieux possible les conséquences de nos choix, un peu comme aux échecs. L’anticipation est complexe car les conséquences ne sont pas linéaires. Nos choix provoquent des changements qui eux-mêmes influencent le développement souhaité. C’est comme à la guerre, quand il s’agit d’anticiper les réactions de l’adversaire.

Noémie (saboteuse en série) : Il faut préciser que la stratégie est indissociable de la vision partagée. Lorsqu’une stratégie concerne un collectif, ses membres ont en partage une vision commune du futur qu’ils envisagent. Cette vision commune permet d’identifier les objectifs stratégiques. C’est indispensable quand on cherche à anticiper les conséquences des choix. Tous n’ont pas la même capacité à répondre aux objectifs, c’est ce qui donne le critère de décision stratégique. Quand deux armées sont en guerre, c’est deux visions du monde qui s’opposent car les conséquences pour les individus ne seront pas les mêmes selon que l’une ou l’autre des armées remportent la guerre. En matière militaire, la finalité est simple : il s’agit de gagner. Cette finalité se décline en multiples objectifs stratégiques. La stratégie militaire est d’ensemble cohérent des actions qui permettent de répondre à ces objectifs.

La journaliste écolo : Pourrions-nous quitter le domaine militaire et revenir à celui du développement durable, qui nous intéresse davantage ?

Julie (saboteuse en série) : Pour le développement durable, c’est la même chose. La durabilité est une vision d’un monde respectueux des écosystèmes. Les personnes soucieuses de la Terre et de ses écosystèmes composent une même communauté et partagent la même vision du monde : celle de la durabilité, et les valeurs qui lui sont associées. En termes stratégiques, leur finalité est simple : instaurer le développement durable partout sur la Terre. Pour les objectifs stratégiques, c’est plus complexe. Disons qu’ils se divisent en deux catégories : ceux qui consiste à installer les modalités du développement durable et ceux qui visent à faire cesser les activités destructrices de la planète. Pour la première catégorie, l’échelon le plus pertinent est clairement le territoire. Il appartient à chacun des habitants d’un territoire de définir collectivement la stratégie qui permet de rendre le territoire durable. Pour les seconds, c’est plus complexe. Tout le monde ne souhaite pas s’engager dans l’affrontement contre ceux qui détruisent la planète.

La journaliste écolo : Vous avez évoqué la notion d’échelon de pertinence. Pouvez-vous préciser ?

Sophie (saboteuse en série) : En fait, il y a plein d’échelons pour mettre en œuvre une stratégie de développement durable. Le premier échelon est l’échelon individuel. Qu’est-ce que je fais, moi, en tant qu’individu, pour instaurer le développement durable ? Quels sont mes choix ? Il y a de nombreux autres échelons qui correspondent aux différentes organisations. Quelle est la stratégie de développement durable de mon entreprise, des associations dans lesquelles je m’investis, de mon îlot, de mon quartier, etc ? Avec la démarche stratégique, on s’aperçoit rapidement qu’il faut une forme de coordination pour que les choix soient cohérents. On en arrive à l’échelon du territoire, celui qui est le plus pertinent pour cette coordination. C’est pour cela que les gens font communauté sur leur territoire durable.

Nathalie (saboteuse en série) : Nous n’avons pas abordé un aspect essentiel de la démarche stratégique, qui consiste à prioriser ses actions. La stratégie comporte une grande part d’anticipation des conséquences des actions que l’on souhaite engager. Quand une action n’a pas beaucoup d’effet sur l’instauration du développement durable, elle n’est pas retenue dans une démarche stratégique. Il y a toujours beaucoup de possibilités, la stratégie indique les priorités absolues, les objectifs que l’on doit viser en premier.

La journaliste écolo : Vous pouvez donner des exemples concrets ?

Noémie (saboteuse en série) : Tout à fait. Prenons l’exemple de la stratégie individuelle. Certains œuvrent pour le développement durable en faisant pipi sous la douche. Quelle belle stratégie ! C’est sûr que ça fait avancer les choses de faire pipi sous la douche. Ce n’est pas sérieux. Toutes les stratégies ne sont pas équivalentes. Lorsqu’on veut mettre en place une stratégie individuelle, on examine toutes les options, tout ce qui permet de supprimer notre empreinte écologique et tout ce qui permet de régénérer les écosystèmes. La démarche stratégique conduit, par exemple, à prioriser le changement de banque, car c’est la finance qui a le plus gros impact sur les écosystèmes, mais aussi à ne plus prendre l’avion, à revoir son régime alimentaire, à opter pour les mobilités douces, à se vêtir en slow fashion, etc. Pour la régénérescence des écosystèmes, il s’agit de ne plus consommer de produits qui participent à leur destruction, de ne plus tondre sa pelouse, de participer à la création des jardins partagés, etc.

Lydie (saboteuse en série) : L’exemple du pipi sous la douche est une façon d’illustrer le phénomène du dédouanement. Beaucoup de personnes n’ont aucune stratégie de développement durable. Certains parce qu’ils ne se sentent pas concernés. D’autres parce qu’ils ne sont pas parvenus au stade de l’engagement en faveur du développement durable. Ceux-là connaissent une forme de conflit intérieur qui naît de la tension qui existe entre leur haut niveau de compréhension des enjeux et leur faible niveau d’engagement. Pour soutenir cette contradiction face aux autres, ils ont recours au dédouanement. Ils évoquent un engagement en faveur du développement durable qui les absout de toute autre action et qui leur permet d’affirmer qu’ils font aussi leur part.

La journaliste écolo : On est bien loin d’une démarche stratégique…

C’est par l’intelligence collective que s’appréhende la durabilité

Lundi 5 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment des citoyennes mettent en place des modalités de gouvernance partagée pour assurer le développement durable de leur territoire après le sabotage généralisé qui les a fait basculer dans le monde d’après. L’intelligence collective permet de comprendre la complexité des problèmes et de trouver les solutions adaptées. Décryptage.

La journaliste écolo : Dans beaucoup d’épisodes des saisons 2 et 3 de votre série, les personnages trouvent des solutions collectives aux problèmes de développement durable qui se posent à eux en partageant leurs expériences et en mutualisant leurs compétences. Peut-on dire qu’il s’agit là de démarches en intelligence collective ?

Lydie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Dans la série, il n’y a que de l’intelligence collective. Les personnages comprennent rapidement la logique de l’intelligence simple.

La journaliste écolo : Intelligence collective, intelligence simple… Pouvez-vous préciser la différence.

Sophie (saboteuse en série) : Cela renvoie à des logiques de compréhension des phénomènes. Ceux qui suivent une logique d’intelligence simple, postulent qu’il est possible de comprendre et d’appréhender les problèmes dans leur globalité à une échelle restreinte d’une ou plusieurs personnes. C’est la logique qui prévaut dans les systèmes de décision hiérarchique pyramidaux. Le présupposé est que les décideurs sont ceux qui ont l’intelligence de comprendre. Il y a donc une division nette entre ceux qui comprennent et ceux qui exécutent les décisions prisent par ceux qui comprennent. Mais cette logique conduit à une impasse dans les univers complexes. Dans ce cas, la logique de l’intelligence collective semble plus pertinente. Elle postule que la complexité crée des contextes spécifiques et que seuls ceux qui sont en prise avec le contexte sont à même de le comprendre. Cela conduit à reconnaître que la compréhension de la complexité n’est possible que par les partages des expériences, des compétences et des perceptions. Cela évite la prise de décision hors sol.

La journaliste écolo : C’est un peu abstrait. Pouvez-vous donner des exemples concrets ?

Nathalie (saboteuse écolo) : Très concrètement, à l’échelle d’un territoire durable ou même d’un quartier ou d’une ville, il est nécessaire d’adopter une stratégie de développement durable. Or cette stratégie dépend fortement du contexte. Les habitants doivent être en mesure de poser un diagnostic précis sur ce qui favorise ou entrave le développement durable de leur territoire. Ce diagnostic ne peut se réaliser qu’en intelligence collective. Il faut être en mesure d’évaluer les capacités de charge pour l’ensemble des ressources du territoire, ce qui est complexe. Il faut étudier les façons de réduire drastiquement l’empreinte écologique tout en renforçant les sécurités élémentaires de développement durable. C’est très complexe. Heureusement, les territoires qui se sont déjà engagés dans cette voie mutualisent volontiers les démarches qu’ils ont mis en œuvre et les outils qu’ils ont utilisés. Mais chaque territoire a ses spécificités et seule l’intelligence collective de ses habitants permet de les comprendre.

La journaliste écolo : On comprend mieux pourquoi on dit que l’intelligence collective permet d’éviter la prise de décision hors sol.

Noémie (saboteuse en série) : Oui, car sur les territoires, ceux qui œuvrent pour le développement durable construisent tout un microbiote d’activités locales qui s’enchevêtrent les unes aux autres. Ce microbiote révèle une forme d’économie durable parallèle qui se met progressivement en place et qui vient supplanter celle qui est destructrice de la planète. L’intelligence collective permet de mieux comprendre comment construire ce microbiote et de percevoir la place que chacun peut y prendre. On est très loin des décisions hors sol qui sont inapplicables dans les contextes locaux.

La gouvernance partagée s’impose sur les territoires durables      

Samedi 3 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment le développement durable s’installe sur les territoires après le sabotage généralisé des infrastructures économiques mondialisées destructrices de la planète. Elle plonge le spectateur dans un monde de gouvernance partagée où la prise de décision est collective. Explications.

La journaliste écolo : Lorsque le sabotage survient, aux saisons 2 et 3 de votre série, les personnages doivent s’organiser rapidement pour garantir les conditions de leur survie. La gouvernance qui se met en place spontanément est sous forme une forme partagée. Pouvez-vous en expliquer le fonctionnement ?

Nathalie (saboteuse en série) : Quand le sabotage intervient, les personnages sont confrontés aux réalités de la vie. L’économie mondialisée ne fonctionne plus. Seules subsiste les activités locales qui avaient été plus ou moins développées selon les territoires. Les personnages comprennent qu’il faut rapidement s’organiser pour garantir les quatre sécurités élémentaires de développement durable et que celles-ci ne peuvent être assurées que par l’action collective. De nombreux problèmes se posent et la gouvernance partagée se met spontanément en place.

La journaliste écolo : Quels sont les principes de la gouvernance partagée ?

Sophie (saboteuse en série) : La logique de la gouvernance s’oppose à celle du gouvernement par laquelle les citoyennes donnent délégation à des autorités publiques pour décider et opérer les modalités du développement. Avec la gouvernance partagée, il n’y a pas de délégation, les citoyennes sont à la fois actrices et opératrices des décisions. Dans le principe, quand un problème survient, il faut identifier les parties prenantes afin qu’elles participent aux décisions qui vont être prises. Le processus est participatif, il repose sur la démarche de décision par consentement, le même que celui qu’on retrouve dans des organisations formelles que sont les coopératives.

La journaliste écolo : Mais telle que vous la décrivez, il n’y a pas d’organe formel dédié à la décision dans le cas de la gouvernance partagée.

Noémie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Les problèmes sont multiples et les parties prenantes peuvent être très différentes selon les décisions qui sont prises. Autrement formulé, on ne retrouve pas les mêmes parties prenantes selon qu’on cherche à garantir la sécurité hydrique, la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique ou la sécurité écosystémique, même si certaines actrices du développement durable sont largement impliquées dans plusieurs de ces sécurités.

La journaliste écolo : C’est très conceptuel ! L’esprit de ce procédé est intéressant mais n’est-il pas un peu irréaliste dans son application ?

Lydie (saboteuse en série) : La gouvernance partagée est déjà appliquée de nos jours pour toutes les décisions qui sont prises en soft law. Quand les acteurs européens ou mondiaux se réunissent sur un sujet précis : l’éducation, la préservation des océans, la lutte contre le réchauffement climatique, ou d’autres sujets, ils sont dans une logique de gouvernance partagée. Il n’y a pas d’organe formel pour prendre les décisions mais ils aboutissent quand même à des accords-cadres qui ont un caractère contraignant. La logique est celle de la gouvernance partagée.

Julie (saboteuse en série) : A ceci près que les parties prenantes ne sont que des représentants des gouvernements. La logique de la gouvernance partagée est présente mais le partage n’est pas vraiment effectif au sens où ce ne sont pas les bonnes parties prenantes qui sont représentées.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Julie (saboteuse en série) : Dans la logique de la gouvernance partagée, les parties prenantes sont celles qui sont concernées, c’est-à-dire celles qui sont impactées et/ou qui peuvent aussi exercer une influence. Les parties prenantes sont à la fois décideuses et opératrices du changement, sans délégation. Un organe gouvernemental, qui est un organe de délégation, ne peut pas être une partie prenante. Il est décideur mais pas opérateur.

Noémie (saboteuse en série) : C’est ce qui explique l’impasse des accords-cadres internationaux que nous venons d’évoquer. Il y a un fort déficit d’implémentation parce que les décideurs ne sont pas opérateurs et que les opérateurs ne sont pas décideurs.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer comment la gouvernance partagée se met en place concrètement sur les territoires durables ?

Nathalie (saboteuse en série) : Lorsqu’un problème de développement durable se pose, et ils sont nombreux, la première chose à faire est de définir son échelle de pertinence, c’est-à-dire le niveau de décision approprié pour résoudre le problème. L’échelle de pertinence est toujours associée à une zone géographique. Pour l’eau, par exemple, il faut souvent raisonner en termes de bassin hydrique et faire participer toutes les parties prenantes présentes sur le bassin. Mais il peut aussi y avoir des problèmes très locaux qui ne concernent qu’un petit nombre de parties prenantes.

Sophie (saboteuse en série) : En gouvernance partagée, on applique le principe de subsidiarité. C’est un principe de décision ascendant qui veut que l’on commence toujours par l’échelon au plus proche de la réalité des citoyennes pour remonter vers les niveaux supérieurs. Il existe ainsi différents niveaux de décisions ascendants sur les territoires durables.

La journaliste écolo : Cela veut dire que les décisions pourront différentes d’un territoire à l’autre ?

Lydie (saboteuse en série) : Tout à fait ! Et heureusement que les décisions sont différentes. Les contextes sont très spécifiques d’un territoire à l’autre. Rien n’est pareil. Il est naturel que les réponses des citoyennes aux enjeux de développement durable prennent en compte les spécificités. Bien souvent, l’uniformité atteste d’un développement non durable. C’est dans la diversité que la résilience se construit. 

Un territoire durable se définit au regard de la communauté des habitants qui souhaitent s’engager dans la durabilité

Jeudi 1 juin 2023

La série « Le grand sabotage » raconte comment les habitants instaurent la durabilité sur leur territoire après que le sabotage généralisé ait détruit le fonctionnement de l’économie mercantile. Selon les saisons, elle donne à voir des territoires durables qui sont très divers dans leur composition et dans leur étendue. Retour sur la genèse des territoires durables.

La journaliste écolo : A partir de la saison 2, votre série montre aux spectateurs des territoires durables. Ils sont en phase de construction dans les saisons 2 et 3 et à maturité dans les saisons 4 et 5. Pouvez-vous revenir sur la notion de territoire durable ?

Noémie (saboteuse en série) : Un territoire durable est un territoire sur lesquels les habitants ont choisi des modalités de développement durable. C’est-à-dire qu’ils ont le souci de la préservation ou de la régénérescence des écosystèmes et qu’ils ponctionnent des ressources de matière durable en connaissance de la capacité de charge du territoire. Il s’agit d’un choix. Pour qu’un territoire devienne durable, tout dépend de la volonté de ses habitants.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer comment cela se passe, concrètement ?

Lydie (saboteuse en série) : Concrètement, sans une communauté de personnes qui se mettent en lien pour installer la durabilité, il n’y a pas de territoire durable. Ainsi, il existe autant de communautés que de territoires durables. Elles ont en commun de partager les mêmes valeurs qui sont celles de la durabilité. Sur les territoires, beaucoup d’habitants entrent dans la logique de la durabilité par intérêt, quand ils perçoivent les menaces qui pèsent sur la planète en général et sur leur territoire en particulier. Il s’agit alors de garantir les 4 sécurités élémentaires de développement durable. Or, les habitants ont besoin de coopérer pour garantir ces sécurités. C’est aussi simple que ça. Sans coopération, il n’est pas possible de garantir les sécurités élémentaires de développement durable.

La journaliste écolo : La logique de coopération est facile à comprendre mais les habitants ne se heurtent-il pas à ceux qui ont d’autres approches ?

Julie (saboteuse en série) : Vous voulez certainement parler de ceux qui exercent une activité économique qui ne profite pas au territoire. Effectivement, il y a des différences de logiques et des conflits d’intérêt entre ceux qui exploitent les ressources d’un territoire pour leur intérêt personnel et au profit d’autres territoires, mais il ne faut pas minimiser le pouvoir d’agir des habitants. Il est possible de se lancer dans de nombreuses activités qui sont au profit des habitants du territoire et qui respectent le développement durable. C’est la notion de contribution. Chacun dans son domaine peut trouver sa contribution, sa manière d’agir en faveur du développement durable.

Nathalie (saboteuse en série) : Il est vrai qu’il existe des affrontements quand les habitants d’un territoire estiment que leurs ressources sont exploitées par d’autres qui viennent détruire leur écosystème. L’affrontement est inévitable car les logiques de pensée sont incompatibles. Les habitants estiment être dans leur bon droit quand ils s’opposent à la prédation de ceux qui viennent exploiter et détruire leur écosystème local. Mais dans la majorité des cas, le développement durable s’installe progressivement, sans affrontement, dans les espaces laissés vacants par l’économie commerciale mercantile qui est en train de s’écrouler.

La journaliste écolo : Selon vous, l’économie mondiale, que vous qualifiez de commerciale et mercantile, est en train de s’écrouler.

Sophie (saboteuse en série) : Parfaitement ! C’est ce que nous montrons dans la saison 1 : l’émergence d’un microbiote économique local sur les territoires qui vient progressivement supplanter l’économie commerciale mercantile. Avec le sabotage généralisé qui intervient, la magie de la fiction permet de montrer aux spectateurs comment se déroule le processus en accéléré.

Nathalie (saboteuse en série) : Ce n’est un secret pour personne que le modèle de la grande distribution mondialisée est en train de s’écrouler, de même celui de l’agriculture intensive, pour ne prendre que les deux exemples les plus frappants. Lorsqu’un agriculteur intensif fait faillite ou qu’il part à la retraite, il laisse la place à une dizaine de fermes agroécologiques qui fournissent du travail à vingt fois plus de personnes. Celles-ci produisent dans le respect du vivant pour les habitants du territoire. Cette production locale est distribuée en circuits courts dans les quartiers qui reprennent vie avec l’ouverture de commerces et d’artisanat de proximité. C’est tout un microbiote d’activités locales en synergie les unes avec les autres qui se développe sur les territoires durables. On est bien loin de l’affrontement systématique.

La journaliste écolo : C’est le retour aux échanges locaux d’antan selon une logique très territorialisée… Mais comment se constituent les territoires durables ?

Julie (saboteuse en série) : C’est un peu le retour à la logique locale d’antan, si vous voulez, au sens où l’activité des habitants contribue au développement durable leur territoire et non à une expansion économique globalisée qui produit des richesses inégalement réparties et qui est destructrice de la planète. La logique est donc très locale mais la perception des différents territoires durables peut être très variable par leur étendue et par leur composition. Lorsqu’on raisonne à l’échelle humaine, celle des relations directes entre les individus, on distingue généralement quatre niveaux d’interactions. Le premier niveau est l’îlot urbain ou le hameau en zone rural. A cette échelle, il est déjà possible de décider collectivement de nombreuses actions qui favorisent les sécurités élémentaires de développement durable. Le second niveau est le quartier urbain ou le bourg en zone rurale. Il correspond à la zone de proximité immédiate accessible par mobilités douces. C’est le niveau privilégié de socialisation. Le principal enjeu des communautés durables consiste à redonner vie à leur quartier et à leur bourg en favorisant l’émergence et le développement d’un microbiote d’activités durables. Il va sans dire que c’est le niveau principal de la réflexion collective. Celui où chacun prend conscience de ses besoins essentiels et de la façon dont l’activité des habitants du territoire permet d’y répondre. Le niveau suivant est celui du village urbain ou de la petite ville en milieu rural. C’est un niveau incontournable de coordination des décisions puisque c’est à cette échelle qu’on retrouve la plus grande partie du panel des activités de développement durable. Le dernier niveau est celui de la ville et de sa ceinture vivrière qui est d’autant plus étendue que la ville est grande. Le territoire durable dépasse généralement ce niveau car les villes créent des liens d’interdépendance avec d’autres villes limitrophes afin de renforcer leur durabilité. Ainsi, la géométrie des territoires durables est variable. Leur étendue correspond à une zone d’activités locales cohérentes et interconnectées qui permettent d’assurer le développement durable.

Noémie (saboteuse en série) : Un territoire durable est une étendue sur laquelle toutes les activités se développent selon une cohérence globale tournée vers la durabilité. Il y aurait beaucoup de critères pour établir cette cohérence : les bassins hydriques, le relief, la nature des sols, les synergies existantes entre différents écosystèmes, etc. Mais ces critères aboutissent à des étendues qui se chevauchent partiellement. Au final, c’est l’élément culturel qui semble déterminant. Un territoire durable se définit avant tout au regard de la façon dont la communauté des habitants souhaite mettre en œuvre de la durabilité. C’est cela qui va générer le microbiote des activités de développement durable qui animent le territoire. 

Rapport d’activité du mois de mai 2023

Mercredi 31 mai 2023

Les saboteuses en série viennent de publier leur rapport d’activité du mois de mai. Les débuts sont encourageants pour ce projet de série TV écolo en culture libre. Un doute subsiste sur le respect des échéances. Entrevue.

La journaliste écolo : Vous venez de publier votre rapport d’activité pour le mois de mai. Avant de vous interroger sur son contenu, j’ai une première question. Pourquoi une telle démarche de publication. Vous n’avez pas d’actionnaires, vous n’avez de comptes à rendre à personne ?

Julie (saboteuse en série) : Notre série est un projet collectif. Il est vrai que nous avons aucun compte à rendre au sens où des personnes apporteraient leur financement et nous demanderaient de rapporter ce qu’on fait avec leur argent. Dans la logique coopérative qui est la nôtre, chacun apporte sa contribution. Cependant, il est naturel que vous tenions informés chacun des contributeurs de l’avancement du projet.

La journaliste écolo : Dans votre rapport, vous indiquez que la communauté se compose de 35 personnes environ. N’est-ce pas un peu ridicule ? Votre communauté est un groupuscule.

Sophie (saboteuse en série) : Quand nous avons lancé le projet, nous étions 5. Un mois après, nous sommes maintenant 35, c’est une belle progression. Il s’agit de personnes réellement impliquées, pas de simples likes sur un site internet ou sur un fil Mastodon. Des gens qui sont prêts à apporter leur contribution sous différentes formes.

Lydie (saboteuse en série) : Nous ne communiquons pas trop sur la série pour le moment. Notre priorité est d’avancer dans l’écriture de la saison 1. Nous sommes bien parties mais une ou deux contributrices complémentaires seraient les bienvenues. Nous avons plein d’idées qui nous permettent de finir par nous-même mais l’écriture collective est tellement enrichissante.

La journaliste écolo : C’est un projet majoritairement féminin. Vous acceptez quand même les hommes ?

Noémie (saboteuse en série) : Pour le moment, il n’y a que Stéphane comme représentant de la gent masculine. Nous acceptons les hommes mais il faut vraiment qu’ils soient écoféministes. C’est le cas de Stéphane. Il est beaucoup plus âgé que nous. En plus de son impact sur le taux de féminisation, il nous fait monter la moyenne d’âge.

La journaliste écolo : Vous n’avez absolument aucun relai, ni par les médias, ni par des personnes publiques. Comment comptez-vous sortir de la confidentialité.

Nathalie (saboteuse en série) : Nous n’avons sollicité aucun relai d’aucune sorte, il est donc normal que nous ne soyons pas relayées. C’est beaucoup trop tôt. Pour le moment, nous devons construire l’univers de la série. Nous allons alimenter les actualités pendant encore trois mois. C’est au mois de septembre qu’il y aura suffisamment de contenus pour envisager des relais.

La journaliste écolo : Puisque vous évoquez des aspects de calendrier. Pouvez-vous nous dire quand débutera le tournage ?

Julie (saboteuse en série) : Pour la saison 1, le tournage doit débuter au début du mois d’avril 2024 et s’échelonner sur 4 mois. Mais le tournage dépendra de l’audience estimée.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Noémie (saboteuse écolo) : Pour le tournage, les nombreuses contributions sont réunies au sein de la coopérative. Il y a beaucoup d’énergie et de bonnes volontés mais il sera nécessaire de recourir à un financement participatif. Ce financement ne sera lancé que si l’audience estimée permet de montrer que la diffusion de la série rencontrera son public.

Sophie (saboteuse en série) : Dans un projet comme le nôtre, l’audience estimée est de 40 000 spectateurs qui doit être atteinte vers le mois de mars 2024.

La journaliste écolo : Pour le moment, l’audience estimée est de 35 personnes, si je comprends bien. Laissez-moi vous dire que vous avez du chemin à parcourir…

Nathalie (saboteuse en série) : Nous sommes parties à 5 au début du mois et nous sommes déjà à 35, en ne sollicitant que les contributrices. Il suffit que l’audience double tout les mois pour atteindre notre audience souhaitée au début du mois d’avril.

La journaliste écolo : Vous êtes optimistes, les filles…

Lydie (saboteuse en série) : L’optimisme, c’est le trait de personnalité commun à ceux qui se lancent dans le développement durable. Il faut être optimiste, nous le revendiquons, sinon on ne ferait rien.

La capacité de charge est largement dépassée sur de nombreux territoires

Mardi 30 mai 2023

La série « Le grand sabotage » projette le spectateur dans le monde d’après. Elle montre comment les habitants d’un territoire s’organisent et coopèrent pour garantir les 4 sécurités élémentaires de développement durable et assurer les conditions d’habitabilité. En la matière, les contextes peuvent être très différents d’un territoire à l’autre. Décryptage.

La journaliste écolo : Les saisons 2 et 3 de votre série « Le grand sabotage » se déroulent sur le même espace-temps. Elles montrent comment les habitants s’organisent dans les mois qui suivent le grand sabotage. Cependant, les conditions de survie, puisque c’est de cela qu’il s’agit, semblent bien différentes si l’on compare le village de campagne de la saison 2 et la grande métropole de la saison 3. Pouvez-vous donner des précisions sur ces différences de contexte ?

Lydie (saboteuse en série) : Vous avez tout à fait raison d’évoquer les conditions de la survie. Lorsque le développement n’est pas durable sur un territoire, c’est bien la survie des habitants qui est menacée. Celles des générations actuelles et surtout, celle des générations futures. Dans les temps anciens, quand les ressources d’un territoire étaient épuisées, les populations avaient toujours la possibilité de migrer à grande échelle. De nos jours, cela ne semble plus envisageable.

Nathalie (saboteuse en série) : Les territoires ont tous une capacité de charge qui leur est propre. Cette capacité de charge est à relier avec la population du territoire. Lorsque celle-ci est dépassée, le territoire est obligé d’importer des ressources à partir des autres territoires.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer ce qu’est la capacité de charge ?

Noémie (saboteuse en série) : C’est une notion complexe car les capacités de charge diffèrent selon les types de ressources : l’eau, les terres cultivables, les types d’écosystèmes, les conditions météorologiques, etc. La capacité de charge globale ne veut pas dire grand-chose. Un territoire peut être en dépassement sur certaines ressources et en excédant sur d’autres.

Sophie (saboteuse en série) : Comme indice synthétique, la capacité de charge globale donne quand-même une approximation de la quantité de population humaine que le territoire est capable d’accueillir.

La journaliste écolo : Oui, mais les territoires en dépassement ont toujours la possibilité d’importer des ressources…

Julie (saboteuse en série) : C’est bien là tout le problème. Quand on raisonne à l’échelle de la planète entière et qu’on rapporte les ressources à la population mondiale, on s’aperçoit que nous sommes en train d’approcher la capacité de charge pour certaines ressources et qu’on est déjà en dépassement pour d’autres. Sans compter les ressources qu’il faudrait maintenir pour les générations futures. Lorsque les contraintes se resserrent, les territoires ne sont plus aussi disposés à exporter leurs ressources vers les autres.

La journaliste écolo : Pouvez-vous donner des exemples concrets de ce que vous avancez ?

Sophie (saboteuse en série) : L’eau est un bon exemple. Sous l’effet du réchauffement climatique, les ressources en eau sont inégalement réparties selon les territoires. Certains bénéficient de précipitations plus abondantes quand d’autres connaissent des sécheresses. La raréfaction de l’eau conduit à augmenter les besoins d’importation de certains territoires et à réduire les capacités d’exportation dans d’autres. Concrètement, des restrictions sont maintenant posées sur certains pipelines qui acheminent l’eau d’un territoire à un autre. Le raisonnement vaut aussi pour l’eau virtuelle.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ? Pouvez-vous expliquer ce qu’est l’eau virtuelle ?

Nathalie (saboteuse en série) : Il s’agit de l’eau qui est incorporée dans le processus de production des biens et services. Produire des céréales, des vêtements, des automobiles ou de la viande bovine nécessite beaucoup d’eau. Ce ne sont que des exemples. L’eau virtuelle existe dans tous les biens et services mais à différents degrés.

Noémie (saboteuse en série) : Quand les territoires importent des céréales, ils importent aussi de l’eau virtuelle, ce qui est heureux pour ceux qui sont en stress hydrique et qui ne disposent pas des ressources en eau leur permettant de cultiver des céréales sur leur sol. A l’échelle mondiale, on peut ainsi voir les importations et exportations nettes en eau virtuelle, ce qui permet de voir les dépendances des territoires les uns avec les autres. Certains ont largement dépassé leur capacité de charge par rapport à l’eau mais cela est compensé par le fait que d’autres sont en excédant. Cependant, le stress hydrique étant en augmentation nette, la tendance des échanges d’eau virtuelle va vers une diminution significative.

Sophie (saboteuse en série) : L’exemple donné est celui de l’eau mais cela est aussi vrai pour de nombreuses autres ressources.

La journaliste écolo : Les territoires devront ainsi compter davantage sur eux-mêmes pour garantir leurs sécurités élémentaires de développement durables ?

Julie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Après plusieurs décennies d’une mondialisation effrénée qui a instauré une interdépendance généralisée, on assiste à un mouvement de re-territorialisation. Celui-ci s’accélère au fur et à mesure que les conditions d’habitabilité se dégradent.

Lydie (saboteuse en série) : Un autre facteur à prendre en compte est l’érosion des sols qui atteint un niveau effrayant à l’échelle de la planète. Celle-ci est principalement le fait de plusieurs décennies de pratiques d’agriculture industrielle qui ont détruit les microbiotes présents dans les sols. Dans certains territoires, les sols sont devenus de la poussière à laquelle on ajoute des engrais chimiques pour permettre des monocultures intensives issues de semences modifiées, les seules capables de pousser dans des conditions si éloignées des réalités biologiques. Mais on arrive au terme de ce modèle hautement destructeur des écosystèmes et de la biodiversité. Restaurer la capacité de charge des territoires dépendra de l’habilité des habitants à régénérer les microbiotes. Une course contre la montre est déjà engagée sur certains territoires.