Le développement durable ne pourra pas s’envisager sans entrer dans la pensée complexe

Mercredi 5 juillet 2023

Dans la saison 1 de la série « Le grand sabotage » les élèves assistent à plusieurs cours de biologie qui donnent à voir la complexité des écosystèmes et l’impact des activités humaines sur leur préservation. Au travers de ses enseignements, l’enseignante de biologie est le point d’entrée du spectateur vers la pensée complexe. Focus sur ce personnage qui vit déjà dans le monde d’après.

La journaliste écolo : Vous aviez déjà fait un focus sur le personnage du professeur de philosophie qui enseigne les valeurs du développement durable à ses élèves à l’épisode 6 de la saison 1 ainsi que sur le banquier durable qui apparaît notamment lors de l’épisode 9 qui est celui de l’ouverture officielle de la banque durable. Pouvez-vous nous maintenant en dire davantage sur l’enseignante de biologie qui apparaît à l’épisode 3, ainsi qu’à l’épisode 9 de la saison 1 ?

Noémie (saboteuse en série) : L’enseignante de biologie est un personnage non joueur. Elle n’est pas en interaction psychologique avec les autres personnages de la série. Son rôle est de faire avancer la série par ses apports conceptuels qui font évoluer les représentations des autres personnages sur le développement durable. Bien qu’étant non joueuse, l’enseignante de biologie est un personnage central car c’est elle qui est le point d’entrée vers la pensée complexe.

La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?

Valérie (saboteuse en série) : Généralement, les individus ont du mal à entrer dans la pensée complexe. Ils sont enfermés dans une sorte de cartésianisme épistémologique qui les éloigne de la complexité des choses. La pensée complexe est déstabilisante car elle ne permet pas de fournir de grandes vérités qui pourraient s’appliquer indépendamment du contexte. Pour un esprit cartésien, il faut des vérités. Mais lorsqu’on envisage les choses sous l’angle de la complexité, en prenant les systèmes dans leur globalité et en analysant les interactions entre les éléments plutôt que les éléments eux-mêmes, on s’aperçoit qu’il est impossible de ressortir des vérités immuables. On découvre, tout au plus, des principes qui peuvent expliquer certaines tendances d’évolution des systèmes.

La journaliste écolo : Tout cela est bien abstrait. Pouvez-vous donner des exemples concrets ?

Sophie (saboteuse en série) : Par certains aspects, l’enseignante de biologie apprend aux élèves à découvrir la complexité des écosystèmes. L’analyse systémique leur permet de découvrir la façon dont tous les éléments d’un écosystème sont en interactions avec les autres, comment ils s’enrichissent les uns les autres, comment ils dépendent les uns et autres et comment les déséquilibres transforment les écosystèmes.

La journaliste écolo : Et les humains dans tout ça ?

Julie (saboteuse en série) : Les humains ont toute leur place au sein des écosystèmes. Le problème, c’est qu’en considérant les composants des écosystèmes naturels comme des objets qu’ils peuvent façonner, ils s’en sont détachés. C’est en grande partie lié à l’hégémonie de la pensée cartésienne et à d’autres travers de pensée qui les éloignent de l’analyse systémique. Il est grand temps de revenir à la pensée complexe.   

Il y a environ 4 000 territoires durables à l’échelle de la planète

Mardi 4 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. La saison 5 montre comment de nouvelles institutions se sont mises en place, à l’échelle des territoires, pour garantir le développement durable. Reportage.

La journaliste écolo : La saison 5 de votre série est intitulée « Les nouvelles institutions ». On découvre que les territoires durables se coordonnent à l’échelle de la planète. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Julie (saboteuse en série) : Vous avez utilisé le terme « coordonner » et c’est tout à fait de cela qu’il s’agit. Le développement durable est un enjeu planétaire et la série montre comment les habitants y font face, chacun sur leur territoire, en se coordonnant dans le respect de principes communs.

La journaliste écolo : Il n’y a donc pas de gouvernement central à l’échelle de la planète qui fixe les règles de fonctionnement ?

Sophie (saboteuse en série) : Surtout pas ! Il n’y a pas de gouvernement de métier, ni à l’échelle de la planète, ni même à l’échelle des territoires. Toute l’organisation sociale se fait selon une logique de droit mou, c’est-à-dire que c’est le respect des principes qui est privilégié, avec toute la souplesse que cela permet, et que les règles sont minimes et élaborées au plus près des habitants.

La journaliste écolo : Que voulez-vous dire ?

Noémie (saboteuse en série) : De nos jours, de nombreuses nations ou institutions ont des beaux principes qui prennent la forme de déclaration des droits pour les citoyens mais dans la réalité, ces principes sont peu respectés. Cela tient en grande partie au fait que les gouvernements de métier sont producteurs de règles qui sont parfois difficilement applicables et très souvent incomplètes. Il faut alors compléter par d’autres règles. La règle engendrant la règle, le travers bureaucratique l’emporte rapidement lorsqu’on instaure un gouvernement de métier. La règle est érigée en principe absolu afin de régir les rapports sociaux mais elle devient si complexe que personne ne la comprend et qu’on oublie les principes sur lesquels elle repose. Dans de nombreux systèmes juridiques, la règle s’est détachée des principes constitutionnels de l’organisation sociale, ce qui explique que ces derniers ne soient pas respectés.

La journaliste écolo : Mais comment peut-on envisager une organisation sociale en l’absence de règles ?

Valérie (saboteuse en série) : Il y a bien des règles, mais celle-ci sont définies au niveau des territoires. Pour le développement durable, le territoire est considéré comme l’échelle de pertinence. Le territoire est autonome pour tout. Il définit lui-même son organisation sociale, économique, politique, juridique dans le souci du respect des principes de développement durable qui ont été posés à l’échelle de la planète et selon une logique de mutualisation des bonnes pratiques avec les autres territoires. Autonomie ne signifie pas autarcie, bien au contraire, les échanges sont constants entre territoires, particulièrement entre territoires adjacents.

La journaliste écolo : Il y aurait presque 4 000 territoires durables à l’échelle de la planète ?

Valérie (saboteuse en série) : Oui, c’est tout à fait ça. Les territoires durables ont une superficie qui est située entre 30 000 et 45 000 km2 pour la plupart d’entre eux, même si, à la marge, il existe de très petits territoires durables, souvent pour des raisons historiques, et d’autres territoires dont la superficie avoisine les 500 000 km2 pour des raisons géographiques.

La journaliste écolo : D’où vient cette superficie de 30 000 à 45 000 km2. Elle est sortie du chapeau ?

Julie (saboteuse en série) : Mais pas du tout, bien au contraire. Si on raisonne selon une approche biologique, en termes d’écosystèmes, on s’aperçoit que cette superficie est celle de beaucoup d’écosystèmes intégrés, sauf pour les cas particuliers de certains écosystèmes beaucoup plus vastes qui nécessitent une délimitation territoriale plus large qui correspondent à des spécificités géographiques déjà évoquées. D’autre part, si on raisonne en termes d’implantation humaine, on s’aperçoit que les écosystèmes humains se sont beaucoup développés à cette échelle, ce qui est logique, puisque c’est l’échelle où ils sont en concordance avec les écosystèmes biologiques.

La journaliste écolo : Pouvez-vous donner des exemples concrets de territoires durables ?

Noémie (saboteuse en série) : Prenons les États baltes pour commencer. Dans la série, il s’agit d’États-nations qui se transforment naturellement en territoires durables sans transfert de souveraineté particulier. Il en est de même pour l’Islande. Dans la série, la Catalogne, l’Écosse et le pays de Galles se transforment, eux-aussi, en territoires durables. Il en est de même pour les Landers allemands. En France, la Corse et la Normandie deviennent assez naturellement des territoires durables. Pour les autres régions, c’est plus compliqué, car il s’agit de régions arbitraires qui n’ont pas réellement d’ancrage géo-biologique ou historique. Des redécoupages sont nécessaires. Dans la série, par exemple, le territoire durable de la Bretagne inclut le département de Loire-Atlantique.

La journaliste écolo : Ce sont des exemples européens. Est-ce que la même logique existe à l’’échelle de la planète ?

Sophie (saboteuse en série) : Tout à fait. L’autodétermination des peuples étant reconnue dans l’organisation constitutionnelle de la communauté, la logique d’affirmation des territoires durables se généralise à l’ensemble de la planète. Il y a ainsi 4 000 territoires durables environ, chacun avec son contexte spécifique. Certains sont très peuplés et ont largement dépassé leur capacité de charge quand d’autres sont des havres d’épanouissement de la biodiversité qu’il faut absolument préserver. Les territoires sont autonomes mais ils sont dans une logique d’entraide les uns avec les autres, ce qui les conduit à développer des échanges économiques basés sur les besoins essentiels lorsque certains ne peuvent être satisfaits par l’activité propre des habitants d’un territoire. Il se développe alors un macrobiote d’échanges entre les territoires en plus du microbiote des échanges à l’intérieur de chaque territoire.

Les principes de l’action collective donnent le cadre à la rationalité humaine

Lundi 3 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, le développement durable est devenu une réalité et les habitants semblent agir selon une rationalité qui est autre que celle qui prévalait dans le monde d’avant. Explications.

La journaliste écolo : Dans votre série, le développement durable est devenu une réalité aux saisons 4 et 5. Les habitants ne sont plus du tout dans la recherche de profit. Leur préoccupation première semble être la valorisation des écosystèmes et ils ont le souci constant de minimiser leur empreinte écologique, un peu comme ceux du monde d’avant qui était obnubilés par la maximisation de leur satisfaction personnelle. Votre vision n’est-elle pas un peu angélique ? N’est-ce pas un peu irréaliste de penser que tous les habitants soient impliqués dans des actions collectives pour le collectif ?

Valérie (saboteuse en série) : La recherche de la satisfaction personnelle est un trait culturel d’une partie de l’humanité, une valeur commune pourrait-on dire, qui est historiquement datée. Sur les 12 000 ans d’histoire de l’humanité, cette valeur n’apparaît que très tardivement. Elle se diffuse surtout à partir du 18ème siècle et devient une des valeurs centrales qui forgent les institutions humaines. Certes, la satisfaction individuelle est devenue, de nos jours, une valeur dominante qui régit la plupart des interactions à l’échelle de la planète, mais nous assistons à un renversement de tendance.

La journaliste écolo : Vous voulez dire que les gens commencent à sortir de leur individualisme ?

Julie (saboteuse en série) : Actuellement, l’individualisme est largement dominant dans la culture, dans les pratiques et dans les institutions. Ces dernières ont été conçues de façon à régir les rapports entre individus et non de façon à promouvoir l’action collective. Les communautés humaines sont pratiquement inexistantes pour les institutions actuelles et celles qui sont reconnues sont des communautés d’intérêts et non des communautés de valeurs.

La journaliste écolo : Vous aviez déjà abordé les différentes façons de faire communauté. Mais pouvez-vous revenir à ma question. Comment des communautés peuvent-elles s’installer dans un océan d’individualisme ?

Noémie (saboteuse en série) : Dans la pratique, le fait communautaire arrive de lui-même lorsque les habitants sont placés dans des situations qui imposent l’entraide collective pour s’en sortir. Ceux qui prennent conscience que le développement actuel est mortifère cherchent naturellement à faire communauté pour instaurer les modalités du développement durable. C’est quelque chose de très concret. Seul on ne peut rien ou pas grand-chose mais à plusieurs, on peut soulever des montagnes. C’est une logique qui a nourri le développement de l’humanité depuis toujours.

Sophie (saboteuse en série) : Il faut aussi ajouter que le fait communautaire peut aussi s’installer indépendamment des situations de survie collective. Les humains sont des êtres sociaux et sous couvert d’une grande liberté, l’individualisme devient, pour beaucoup, une véritable prison intérieure dans laquelle les individus dépérissent faute de rapports sociaux qui viennent les enrichir et les construire. Une personne n’est rien sans les autres, sans ce qu’elle apporte aux autres et sans ce que les autres lui renvoient. 

La journaliste écolo : Vous évoquez une rationalité contextuelle qui fait basculer de l’individualisme au fait communautaire. Pouvez-vous expliquer ce changement de rationalité.

Lydie (saboteuse en série) : Commençons par un exemple. Imaginons un territoire sur lequel les habitants partagent la non-violence et le pacifisme comme valeurs communes. Dans ce cas, il est rationnel de ne pas avoir d’armée. Cependant, si un territoire adjacent se montre franchement hostile et projette une invasion, la rationalité contextuelle conduit collectivement à se doter d’une armée pour se défendre. L’analyse systémique, appliquée aux sociétés humaines nous montre que la rationalité peut évoluer en fonction du contexte. Or, la rationalité dicte bien souvent les postures d’action.

La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?

Julie (saboteuse en série) : Prenons les richesses produites par les humains. Les postures d’accaparement et de distribution sont des postures antagonistes au sens où il est difficilement concevable de faire cohabiter ces deux logiques. Pour une richesse donnée, il y a généralement une posture dominante qui dicte les rapports sociaux. Prenez les communautés de partage des logiciels libres ou des ressources éducatives libres. Il faut être dans une logique de partage de ses propres créations pour y être admis. Ceux qui sont dans une posture d’accaparement ne peuvent rejoindre ou se maintenir dans la communauté. La rationalité contextuelle est celle de la distribution. A l’inverse, pour beaucoup d’autres richesses, c’est l’accaparement qui domine. Il devient alors difficile de faire émerger un consensus pour la distribution.

Sophie (saboteuse en série) : Ce qui est vrai pour les richesses l’est aussi pour les ressources. Les postures de prédation et de valorisation des ressources sont antagonistes et il peut paraître rationnel de se conformer à celle qui domine. Pour les ressources, nous assistons clairement à un changement de rationalité à grande échelle. La logique de prédation est battue en brèche sur de nombreux territoires.

Un drapeau de la communauté a été érigé devant la mairie de Saint-Maixent-l’École

Dimanche 2 juillet 2023

Encore une fois, un drapeau de la mystérieuse communauté des humains soucieux de la Terre et de son développement durable a fait son apparition sur la façade d’une mairie. L’évènement s’est produit à Saint-Maixent-l’École, une petite commune des Deux-Sèvres, située non loin de Niort. Reportage de notre envoyée spéciale.

C’est un peu après 11H00, ce dimanche 2 juillet 2023, que le drapeau de la mystérieuse communauté a été érigé sur la façade de la mairie de Saint-Maixent-l’École. Un badaud qui était passé devant la mairie vers 10H30 a confirmé ne rien n’avoir remarqué. On estime ainsi que l’installation du drapeau s’est faite aux alentours de 10H45. Les rares témoins présents sur place indiquent avoir vu trois femmes, revêtues de bleus de travail et portant des gants verts, venir avec une échelle pour accrocher le drapeau.

Dans un premier temps, les habitants de Saint-Maixent sont passés devant le drapeau sans vraiment s’arrêter mais vers 12H00, un attroupement s’est formé devant la mairie. Des curieux, alertés par les réseaux sociaux, sont venus de Niort pour voir le drapeau qui flottait au vent. Deux employés municipaux sont venus détacher le drapeau vers 12H30 et celui-ci a encore été exhibé sur le parapet de la mairie avant que les employés municipaux le déposent dans un lieu sûr.

C’est la septième fois que ce genre de drapeau est accroché la façade d’une mairie après l’apparition de Notre-Dame des Landes et celles de Liposthey et d’Azur dans les Landes, celle de Sallertaine en Vendée et les récents évènements de Saurais et Saint-Lin. Pour la sécurité intérieure, il semblerait qu’une mystérieuse communauté commence à s’enraciner dans le sud du département des Deux-Sèvres. Deux agents spéciaux ont été envoyés de Nantes pour mener davantage d’investigations.

A Saint-Maixent, les habitants présents sur place, qui ont été interrogés, n’avaient aucune idée de la signification de ce drapeau. Seule une grand-mère, accompagnée de sa petite-fille a indiqué de façon catégorique, qu’il s’agissait du drapeau de la communauté des humains soucieux de la Terre et de son développement. Pour beaucoup, cet acte est le fait d’hurluberlus qui ne savent pas quoi faire pour occuper leur dimanche matin.

Les saboteuses en série invitent à lutter contre toute forme d’enclosure

Samedi 1 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, alors que le développement durable est devenu une réalité, on découvre une forme de régulation spontanée à l’encontre des habitants qui empêche ceux qui chercheraient à mettre en place des enclosures. Explications.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, le développement durable est devenu une réalité et les habitants qui cherchent à mettre en place des enclosures sont rapidement arrêtés par les autres, quelles que soient les formes de ces enclosures. Pouvez-vous revenir sur le concept d’enclosure ?

Noémie (saboteuse en série) : Mais avec plaisir… Le concept d’enclosure est intimement lié à celui de la Grande transformation décrite par Karl Polanyi dans son ouvrage éponyme. Les enclosures apparaissent dans l’Angleterre de la première période Tudor. Elles sont le fait des Lords du Royaume qui souhaitent clôturer des surfaces prises sur les terres arables communes afin de les consacrer exclusivement à l’élevage des moutons. L’autorisation des enclosures est prise en 1607 à leur profit. Les Lords du Royaume qui peuvent ainsi tirer des gains substantiels de l’élevage des moutons qui procure la laine venant alimenter les filatures naissantes. Les enclosures sont le point de bascule vers la grande transformation car la terre n’est alors plus considérée comme nourricière, pourvoyeuse de moyens de subsistance. Elle devient un facteur de production, un moyen comme un autre de faire du profit et elle entre ainsi dans la sphère marchande. Les terres clôturées sont extraites à l’agriculture locale de subsistance. La laine obtenue par l’élevage des moutons est exportée en dehors du territoire et les gains profitent à quelques propriétaires terriens. Avec les enclosures, c’est un nouveau système économique qui se met en place, celui qui repose sur la logique marchande et qui peut être qualifié d’économie de marché. Toute l’organisation sociale locale qui reposait sur des échanges locaux est emportée par la logique des enclosures.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Julie (saboteuse en série) : A partir du moment où l’activité économique n’est plus destinée à la satisfaction des besoins des habitants d’un territoire, tout est permis. Les enclosures de la période Tudor ont entraîné la ruine de l’agriculture, au sens où celle-ci n’est plus rentable face aux gains procurés par l’élevage de moutons, ce qui amène une reconversion des terres à grande échelle. Les enclosures portent en elles la paupérisation des campagnes et l’enrichissement des propriétaires terriens. La logique de prédation des ressources l’emporte sur celle de la valorisation. Celle de l’accaparement des richesses l’emporte sur la distribution.

La journaliste écolo : On comprend bien comment les profits sont concentrés dans les mains des Lords du Royaume mais pourquoi dites-vous que la laine ne profite pas aux habitants ?

Sophie (saboteuse en série) : Mais tout simplement parce que les filatures viennent alimenter une demande qui est extérieure au territoire. Les enclosures marquent l’émergence d’un système de prédation des ressources et d’accaparement des richesses qui va progressivement se généraliser. Dans ce système, les individus ont tendance à se déshumaniser au sens où ils sont de moins en moins des êtres sociaux avec des valeurs, des rituels, des coutumes, des principes d’action qui nourrissent des interactions sociales enrichissantes. Dans ce système, les individus deviennent des acteurs économiques, fonctionnant comme des automates, mus par l’appât du gain et la satisfaction des plaisirs personnels.

Rapport d’activité du mois de juin 2023

Vendredi 30 juin 2023

Les saboteuses en série viennent de publier leur rapport d’activité du mois de juin. Si l’actualité des saboteuses a été riche, l’écriture de la série n’a que très peu avancé. Un sérieux doute subsiste dans la capacité à mener le projet du grand sabotage à terme. Entrevue.

La journaliste écolo : Je viens de lire votre rapport du mois de juin. Si on compare avec celui de mai, on peut dire que vous n’avez presque pas avancé dans l’écriture des dialogues de la saison 1. Mais qu’est-ce que vous foutez les filles ?

Julie (saboteuse en série) : Vous êtes pressée, de nature ?

La journaliste écolo : Pas spécialement, mais comme beaucoup de spectateurs, je m’inquiète de savoir si la série pourra vraiment se faire. Vous avez prévu un début de tournage de la saison 1 en avril 2024 alors que les dialogues ne sont pas encore terminés. Il y a de quoi s’inquiéter.

Lydie (saboteuse en série) : C’est vous qui le dites. Nous sommes un collectif, vous savez. Les dialogues, nous pouvons les terminer en un mois. Mais ce n’est pas notre priorité.

Noémie (saboteuse en série) : Pour le moment, nous nous attelons à construire l’univers de la série. Ça devrait prendre encore deux mois.

La journaliste écolo : Deux mois ! Ça veut dire que pendant ce temps, nous aurons juste un fil d’actualités qui décrit l’univers de la série ?

Sophie (saboteuse en série) : C’est ça. Notre série est une écotopie opérationnelle, nous devons donc apporter un soin particulier à son univers.

La journaliste écolo : Vous pouvez nous rappeler ce qu’est une écotopie ?

Julie (saboteuse en série) : Une écotopie est une vision d’un futur durable, c’est-à-dire respectueux de la planète et des écosystèmes qui la composent. Une écotopie est donc descriptive d’un lieu où les humains sont parties prenantes du maintien et de la régénérescence des écosystèmes auxquels ils appartiennent. De nos jours, à l’âge de l’anthropocène, une écotopie locale n’a plus de sens. Les écotopies sont nécessairement mondiales.

La journaliste écolo : Pourquoi évoquez-vous les écotopies au pluriel ?

Sophie (saboteuse en série) : Une écotopie décrit une vision d’un futur désirable avec les valeurs partagées par les habitants, les principes sur lesquels reposent leurs modes de vie, les règles qui régissent les rapports sociaux, les procédés de régulation qu’ils mettent en œuvre, etc. En la matière, il y a une très grande variété de visions possibles et donc de de multiples écotopies. La nôtre est centrée sur les valeurs partagées par les habitants, celles qui permettent de rendre le développement durable, et sur les principes qui en découlent.

Noémie (saboteuse en série) : L’idée est de faire évoluer les perceptions, d’aider à construire les représentations d’un fonctionnement humain qui soit en harmonie avec la nature, de montrer comment les humains pourraient assurer leur développement dans le respect et la régénérescence des écosystèmes auxquels ils sont parties prenantes.

La journaliste écolo : Et pourquoi une écotopie opérationnelle ?

Julie (saboteuse en série) : On peut toujours se faire plaisir en inventant un univers inatteignable, une sorte de vision fantasmée. Ce n’est pas nôtre intention. Notre écotopie est opérationnelle au sens où, au-delà de la vision qu’elle porte, elle donne des clés concrètes pour changer les pratiques de tous les jours. C’est une invitation à l’engament, à la mesure de sa contribution pour le développement durable.

La journaliste écolo : Revenons à des choses plus concrètes. En mai, vous évoquiez une audience estimée de 35 personnes, vous indiquez maintenant 70. Sans vouloir vous vexer, c’est un projet qui reste très confidentiel, à ce rythme de 35 arrivants par mois, votre audience sera à peine de 400 personnes en avril 2024. Vous serez loin des 40 000 attendus.

Julie (saboteuse en série) : Tout dépend de la façon dont on voit les choses. Notre audience a doublé en un mois. Si elle continue à doubler tous les mois, nous pouvons approcher les 40 000 à l’échéance.

La journaliste écolo : Vous êtes optimistes, les filles…

Noémie (saboteuse en série) : Toujours ! L’optimisme est le trait de personnalité commun à ceux qui se lancent dans le développement durable.

La journaliste écolo : Une dernière question : je ne vois pas Nathalie ? Vous n’êtes plus que quatre maintenant ?

Sophie (saboteuse en série) : Nathalie nous a quitté, en effet, pour un autre projet. Mais nous sommes toujours cinq. Valérie va nous rejoindre. Elle n’a pas pu venir aujourd’hui mais elle a véritablement intégré l’équipe des saboteuses en série. A cinq, nous fonctionnons bien, comme les cinq doigts de la main…

Nous ne voulons pas de votre argent ! Colère des saboteuses en série qui refusent les dons de leurs followers

Jeudi 29 juin 2023

Les saboteuses en série ont annoncé publiquement leur refus catégorique d’accepter les dons de leurs followers. « Nous ne voulons pas de votre argent » ont-elles déclaré. « Si vous voulez soutenir le projet, il est préférable de réfléchir à votre contribution », ont-elles ajouté.

Les saboteuses en série étaient visiblement en colère face à l’afflux massif des dons proposés par leurs followers. Selon une logique qui leur est propre – on se rappelle que les saboteuses en série ont tendance à fumer la moquette – elles ont indiqué n’accepter aucun versement d’argent sous quelque forme que ce soit et d’aucune personne. Elles ont déclaré que lors d’une collecte d’argent, celui-ci sert ensuite à acheter des contributions et qu’elles refusent d’entrer dans cette démarche en déclarant préférer que les contributions viennent d’elles-mêmes. Elles ont alors invité leurs followers à réfléchir aux multiples formes que pourraient prendre leur contribution : participation à l’écriture, à la réalisation sous forme de soutien technique ou matériel, participation à la notoriété de la série.

« C’est un projet en culture libre, chacun est à même de s’en emparer à son niveau, comme il le souhaite, selon ses compétences et ses préférences », ont-elles déclaré. On se souvient qu’elles avaient déjà refusé de vendre des produits dérivés en invitant chacun à s’emparer des supports qui sont libres de droits.

La finance durable joue un rôle majeur pour le développement local des territoires

Mercredi 28 juin 2023

La saison 1 de la série « Le grand sabotage » montre comment une forme d’économie locale s’installe sur le territoire, en parallèle de l’économie mercantile mondialisée. Cette économie se développe fortement, au point de supplanter l’économie mondialisée lorsque la menace du grand sabotage conduit les habitants à se détourner de cette dernière. Dans cette dynamique d’implantation, le banquier durable semble avoir un rôle charnière. Focus sur ce personnage qui devient ami avec la coiffeuse.

La journaliste écolo : Nous avions déjà fait un focus sur le personnage du professeur de philosophie qui enseignait les valeurs du développement durable à ses élèves. Pouvez-vous maintenant nous en dire plus sur le banquier durable qui existe déjà dans la saison 1, notamment à l’épisode 9 qui correspond à l’ouverture officielle de la banque durable.

Julie (saboteuse en série) : Contrairement au professeur de philosophie, qui est un personnage non joueur, au sens où il n’est pas en interaction psychologique avec les autres, le banquier durable est un personnage à part entière. Il fait avancer la série par ses apports conceptuels qui font évoluer les représentations des autres personnages sur le développement durable mais surtout par les actions qu’il met en œuvre. C’est lui qui finance toutes les initiatives de développement durable, mais pour cela, il a besoin de récolter l’épargne des habitants.

La journaliste écolo : Justement, pouvez-vous revenir sur le concept de finance durable et préciser ce qu’est un banquier, ou une banquière durable ?

Noémie (saboteuse en série) : Le rôle d’une banquière est de collecter l’épargne pour permettre des investissements en les finançant avec l’épargne collectée. Il faut ainsi avoir confiance à sa banquière dans sa capacité à bien utiliser l’épargne déposée, c’est-à-dire à ne pas prendre de risques inconsidérés en étant en mesure de prédire l’avenir des investissements réalisés.

La journaliste écolo : Prédire leur rentabilité ?

Lydie (saboteuse en série) : Justement, non. Une banquière durable ne fait aucune prédiction de rentabilité. Cela n’a pas de sens puisque l’épargne est drainée vers des projets qui ont une forme coopérative. Ces apports sont rémunérés comme toutes les autres formes d’apport sur les bénéfices que font les coopératives en fonction de la répartition définie collégialement entre les apporteurs.

La journaliste écolo : Cela veut dire qu’il n’y a aucune garantie sur les revenus procurés par l’épargne ?

Sophie (saboteuse en série) : L’épargne orientée vers les coopératives, qui est une contribution financière, prend la forme de parts sociales et non de prêts. Il n’y a donc pas de taux de rémunération défini à l’avance.

La journaliste écolo : Mais il y a bien une part des bénéfices de la coopérative qui va à la rémunération des parts sociales ?

Noémie (saboteuse en série) : Oui, celle qui est défini collégialement par les différents apporteurs.

La journaliste écolo : Ça veut dire que les banquières durables orientent tous leurs fonds vers des coopératives dont les perspectives de rémunération sont incertaines ? Vous n’avez pas un peu fumé la moquette, les filles ?

Nathalie (saboteuse en série) : C’est difficilement entendable pour ceux qui sont obnubilés par la rentabilité. Par pour les autres.

La journaliste écolo : Mais si la rentabilité n’est pas une préoccupation des banquières durables, quels sont leurs critères d’allocation des fonds qu’elles gèrent ?

Lydie (saboteuse en série) : L’empreinte écologique ! les banquières durables cherchent à prédire l’empreinte écologique des investissements qu’elles financent. Leur critère de choix est la minimisation de cette empreinte. Elles dirigent l’épargne vers les investissements qui n’ont aucune empreinte écologique ou qui ont une empreinte positive en régénérant les écosystèmes. C’est ce que leur demandent leurs clients. Ceux qui vont vers les banques durables sont obnubilés par l’empreinte écologique. Ils sont généralement écopureplayers et ils seraient contrits de savoir que leur épargne génère une empreinte écologique.

La journaliste écolo : Mais il n’y a pas un risque de greenwashing de la part de certaines banquières durables ?

Nathalie (saboteuse en série) : Nous n’avons pas précisé qu’une banque durable n’est pas mondialisée. Sa seule assise est territoriale. Elle collecte l’épargne des habitants d’un territoire, et pas au-delà, et la draine vers des projets qui se situent sur le territoire, et pas au-delà. Ainsi, le risque de greenwashing est très limité car les conséquences des actions de chacun sont connues lorsqu’on se situe à une échelle humaine.

Les habitants des territoires doivent maîtriser les compétences essentielles

Mardi 27 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, alors que le développement durable est devenu une réalité, on découvre que le système éducatif a été entièrement repensé autour de l’acquisition des compétences essentielles. L’enseignement n’est plus disciplinaire et la pédagogie active est généralisée en favorisant les projets des élèves. Reportage.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, plusieurs épisodes se passent en milieu scolaire et on assiste à des séances d’enseignement où les élèves sont acteurs et où le numérique a un rôle de soutien à l’acquisition des savoirs. Plusieurs fois, il est fait référence à des référentiels de compétences. Cela semble totalement incongru. Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit ?

Lydie (saboteuse en série) : Notre série est une série écotopique, qui cherche à projeter le spectateur dans un monde respectueux de la planète et de son développement durable. Il y a ainsi une partie créative, il s’agit de créer un univers écotopique. Pour ce qui est des référentiels de compétences, cependant, nous ne sommes pas du tout dans un univers lointain puisqu’ils existent déjà et qu’ils sont normalement applicables à grande échelle.

La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?

Nathalie (saboteuse en série) : Tout à fait. Experts et praticiens se sont déjà réunis, sous l’égide de plusieurs grandes institutions internationales afin de produire des référentiels de compétences à portée universelle. Ces référentiels sont supranationaux, c’est-à-dire qu’ils ont été élaborés à l’échelon du monde entier ou parfois d’un continent pour ce qui est des référentiels européens. Ces référentiels détaillent les compétences que les élèves et étudiants doivent acquérir pour être en mesure de comprendre la complexité du monde et être acteur de son évolution.

La journaliste écolo : Tout cela est un peu abstrait. Vous pouvez donner des exemples précis ?

Lydie (saboteuse en série) : Mais bien sûr ! Il y a le référentiel de l’éducation à la citoyenneté mondiale de l’UNESCO, celui du conseil de l’Europe, le référentiel européen pour l’apprentissage des langues, pour la maîtrise des compétences numériques, pour les compétences d’entreprenariat et celui du socle commun de compétences.

Julie (saboteuse en série) : Sans oublier, le référentiel de l’éducation au développement durable de l’UNESCO. C’est celui-ci qui repose sur les huit compétences essentielles.

La journaliste écolo : Mais si tout ces référentiels existent déjà, pourquoi est-ce que nous n’en entendons jamais parler ?

Sophie (saboteuse en série) : L’appropriation de ces référentiels par les enseignants supposerait un changement de posture des autorités éducatives et une nouvelle posture des cadres éducatifs. Ces derniers devraient se consacrer à l’élaboration de la stratégie éducative en laissant une très grande marge de manœuvre aux enseignants pour qu’ils décident, par eux-mêmes, des activités pédagogiques permettent d’acquérir les compétences visées par les référentiels. Les pays se sont engagés à refondre leur système de management éducatif pour aboutir à des pratiques horizontales qui favorisent les capacités d’ingénierie pédagogique des enseignants mais les avancés sont timides.

La journaliste écolo : Que voulez-vous dire quand vous indiquez que les pays se sont engagés à refondre leur système de management éducatif ?

Noémie (saboteuse en série) : Lors du dernier forum mondial de l’éducation qui s’est réuni à Inchéon en Corée, plus de 160 pays ont signé la déclaration d’Inchéon, un accord cadre qui prévoit expressément les procédés de management horizontal dans l’éducation. Mais tout comme les accords-cadres sur le climat, celui-ci n’est pas vraiment appliqué. Il s’agit d’une belle déclaration d’intention qui reste sans effets.

La journaliste écolo : On peut parler d’inaction éducative alors, comme on parle d’inaction climatique ?

Nathalie (saboteuse en série) : Si vous voulez. C’est un peu ça. Dans notre série, le management horizontal est devenu une réalité. Elle est écotopique au sens où les grands engagements en faveur du développement durable sont vraiment respectés.

Les saboteuses en série ont fumé la moquette

Lundi 26 juin 2023

Engagement, territoires durables, sécurités élémentaires de développement durable, stratégie, agroécologie, écoconception, éco-urbanisme, multipolarité multifonctionnelle dans les quartiers… manifestement les saboteuses sont en train de planer dans un autre monde. Depuis plusieurs semaines elles nous déversent tout un charabia conceptuel sur le développement durable, alors qu’elles n’avancent pas sur l’écriture de leur série en culture libre. Plusieurs indices laissent à penser qu’elles ne sont pas dans leur état normal.

On attendait une série phare de la culture libre, issue d’une écriture collective et réalisée par des coopératives de production mais pour le moment, les travaux avancent bien peu, si on en croit le rapport du mois de mai. Pire, les saboteuses en série nous abreuvent de concepts écolos qui abordent tour à tour les problèmes de sécurité élémentaire des territoires, le dépassement des limites planétaires, les modalités de l’engagement collectif en faveur du développement durable, la démarche stratégique, les principes de l’agroécologie, de l’écoconception, de l’éco-urbanisme, les modes de ville, en passant par la grande migration vers le fediverse, les procédés d’intelligence collective et les différentes les façons de faire communauté. Tout ces détours nous éloignent fortement du sujet et il faut bien l’avouer : ils sont barbants, pour ne pas dire rasoirs.

Qu’arrive-t-il aux saboteuses en série ? Sont-elles en manque d’inspiration ? Ont-elles vraiment encore toutes leurs capacités créatrices ? Les rumeurs qui circulent laissent entendre qu’elles auraient fumé la moquette. Un technicien qui est intervenu récemment chez l’une d’elle, a indiqué avoir vu des traces au sol qui rendent très crédible cette hypothèse qui expliquerait pourquoi les saboteuses en série n’avancent pas dans leur projet d’écriture.

Beaucoup de spectateurs, qui guettent la façon dont les drapeaux du développement durable se déploient sur le territoire et qui suivent les mesures prises par la sécurité intérieure pour répondre à la menace écoterroriste grandissante, sont frustrés. Certains indiquent vouloir se constituer en collectif afin de pousser les saboteuses en série à accélérer la création de leur série écotopique.