La finance durable joue un rôle majeur pour le développement local des territoires

Mercredi 28 juin 2023

La saison 1 de la série « Le grand sabotage » montre comment une forme d’économie locale s’installe sur le territoire, en parallèle de l’économie mercantile mondialisée. Cette économie se développe fortement, au point de supplanter l’économie mondialisée lorsque la menace du grand sabotage conduit les habitants à se détourner de cette dernière. Dans cette dynamique d’implantation, le banquier durable semble avoir un rôle charnière. Focus sur ce personnage qui devient ami avec la coiffeuse.

La journaliste écolo : Nous avions déjà fait un focus sur le personnage du professeur de philosophie qui enseignait les valeurs du développement durable à ses élèves. Pouvez-vous maintenant nous en dire plus sur le banquier durable qui existe déjà dans la saison 1, notamment à l’épisode 9 qui correspond à l’ouverture officielle de la banque durable.

Julie (saboteuse en série) : Contrairement au professeur de philosophie, qui est un personnage non joueur, au sens où il n’est pas en interaction psychologique avec les autres, le banquier durable est un personnage à part entière. Il fait avancer la série par ses apports conceptuels qui font évoluer les représentations des autres personnages sur le développement durable mais surtout par les actions qu’il met en œuvre. C’est lui qui finance toutes les initiatives de développement durable, mais pour cela, il a besoin de récolter l’épargne des habitants.

La journaliste écolo : Justement, pouvez-vous revenir sur le concept de finance durable et préciser ce qu’est un banquier, ou une banquière durable ?

Noémie (saboteuse en série) : Le rôle d’une banquière est de collecter l’épargne pour permettre des investissements en les finançant avec l’épargne collectée. Il faut ainsi avoir confiance à sa banquière dans sa capacité à bien utiliser l’épargne déposée, c’est-à-dire à ne pas prendre de risques inconsidérés en étant en mesure de prédire l’avenir des investissements réalisés.

La journaliste écolo : Prédire leur rentabilité ?

Lydie (saboteuse en série) : Justement, non. Une banquière durable ne fait aucune prédiction de rentabilité. Cela n’a pas de sens puisque l’épargne est drainée vers des projets qui ont une forme coopérative. Ces apports sont rémunérés comme toutes les autres formes d’apport sur les bénéfices que font les coopératives en fonction de la répartition définie collégialement entre les apporteurs.

La journaliste écolo : Cela veut dire qu’il n’y a aucune garantie sur les revenus procurés par l’épargne ?

Sophie (saboteuse en série) : L’épargne orientée vers les coopératives, qui est une contribution financière, prend la forme de parts sociales et non de prêts. Il n’y a donc pas de taux de rémunération défini à l’avance.

La journaliste écolo : Mais il y a bien une part des bénéfices de la coopérative qui va à la rémunération des parts sociales ?

Noémie (saboteuse en série) : Oui, celle qui est défini collégialement par les différents apporteurs.

La journaliste écolo : Ça veut dire que les banquières durables orientent tous leurs fonds vers des coopératives dont les perspectives de rémunération sont incertaines ? Vous n’avez pas un peu fumé la moquette, les filles ?

Nathalie (saboteuse en série) : C’est difficilement entendable pour ceux qui sont obnubilés par la rentabilité. Par pour les autres.

La journaliste écolo : Mais si la rentabilité n’est pas une préoccupation des banquières durables, quels sont leurs critères d’allocation des fonds qu’elles gèrent ?

Lydie (saboteuse en série) : L’empreinte écologique ! les banquières durables cherchent à prédire l’empreinte écologique des investissements qu’elles financent. Leur critère de choix est la minimisation de cette empreinte. Elles dirigent l’épargne vers les investissements qui n’ont aucune empreinte écologique ou qui ont une empreinte positive en régénérant les écosystèmes. C’est ce que leur demandent leurs clients. Ceux qui vont vers les banques durables sont obnubilés par l’empreinte écologique. Ils sont généralement écopureplayers et ils seraient contrits de savoir que leur épargne génère une empreinte écologique.

La journaliste écolo : Mais il n’y a pas un risque de greenwashing de la part de certaines banquières durables ?

Nathalie (saboteuse en série) : Nous n’avons pas précisé qu’une banque durable n’est pas mondialisée. Sa seule assise est territoriale. Elle collecte l’épargne des habitants d’un territoire, et pas au-delà, et la draine vers des projets qui se situent sur le territoire, et pas au-delà. Ainsi, le risque de greenwashing est très limité car les conséquences des actions de chacun sont connues lorsqu’on se situe à une échelle humaine.

Les habitants des territoires doivent maîtriser les compétences essentielles

Mardi 27 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, alors que le développement durable est devenu une réalité, on découvre que le système éducatif a été entièrement repensé autour de l’acquisition des compétences essentielles. L’enseignement n’est plus disciplinaire et la pédagogie active est généralisée en favorisant les projets des élèves. Reportage.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, plusieurs épisodes se passent en milieu scolaire et on assiste à des séances d’enseignement où les élèves sont acteurs et où le numérique a un rôle de soutien à l’acquisition des savoirs. Plusieurs fois, il est fait référence à des référentiels de compétences. Cela semble totalement incongru. Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit ?

Lydie (saboteuse en série) : Notre série est une série écotopique, qui cherche à projeter le spectateur dans un monde respectueux de la planète et de son développement durable. Il y a ainsi une partie créative, il s’agit de créer un univers écotopique. Pour ce qui est des référentiels de compétences, cependant, nous ne sommes pas du tout dans un univers lointain puisqu’ils existent déjà et qu’ils sont normalement applicables à grande échelle.

La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?

Nathalie (saboteuse en série) : Tout à fait. Experts et praticiens se sont déjà réunis, sous l’égide de plusieurs grandes institutions internationales afin de produire des référentiels de compétences à portée universelle. Ces référentiels sont supranationaux, c’est-à-dire qu’ils ont été élaborés à l’échelon du monde entier ou parfois d’un continent pour ce qui est des référentiels européens. Ces référentiels détaillent les compétences que les élèves et étudiants doivent acquérir pour être en mesure de comprendre la complexité du monde et être acteur de son évolution.

La journaliste écolo : Tout cela est un peu abstrait. Vous pouvez donner des exemples précis ?

Lydie (saboteuse en série) : Mais bien sûr ! Il y a le référentiel de l’éducation à la citoyenneté mondiale de l’UNESCO, celui du conseil de l’Europe, le référentiel européen pour l’apprentissage des langues, pour la maîtrise des compétences numériques, pour les compétences d’entreprenariat et celui du socle commun de compétences.

Julie (saboteuse en série) : Sans oublier, le référentiel de l’éducation au développement durable de l’UNESCO. C’est celui-ci qui repose sur les huit compétences essentielles.

La journaliste écolo : Mais si tout ces référentiels existent déjà, pourquoi est-ce que nous n’en entendons jamais parler ?

Sophie (saboteuse en série) : L’appropriation de ces référentiels par les enseignants supposerait un changement de posture des autorités éducatives et une nouvelle posture des cadres éducatifs. Ces derniers devraient se consacrer à l’élaboration de la stratégie éducative en laissant une très grande marge de manœuvre aux enseignants pour qu’ils décident, par eux-mêmes, des activités pédagogiques permettent d’acquérir les compétences visées par les référentiels. Les pays se sont engagés à refondre leur système de management éducatif pour aboutir à des pratiques horizontales qui favorisent les capacités d’ingénierie pédagogique des enseignants mais les avancés sont timides.

La journaliste écolo : Que voulez-vous dire quand vous indiquez que les pays se sont engagés à refondre leur système de management éducatif ?

Noémie (saboteuse en série) : Lors du dernier forum mondial de l’éducation qui s’est réuni à Inchéon en Corée, plus de 160 pays ont signé la déclaration d’Inchéon, un accord cadre qui prévoit expressément les procédés de management horizontal dans l’éducation. Mais tout comme les accords-cadres sur le climat, celui-ci n’est pas vraiment appliqué. Il s’agit d’une belle déclaration d’intention qui reste sans effets.

La journaliste écolo : On peut parler d’inaction éducative alors, comme on parle d’inaction climatique ?

Nathalie (saboteuse en série) : Si vous voulez. C’est un peu ça. Dans notre série, le management horizontal est devenu une réalité. Elle est écotopique au sens où les grands engagements en faveur du développement durable sont vraiment respectés.

Un drapeau de la communauté a été érigé devant la mairie de Saint-Lin

Dimanche 25 juin 2023

Encore une fois, un drapeau de la mystérieuse communauté des humains soucieux de la Terre et de son développement durable a fait son apparition sur la façade d’une mairie. L’évènement s’est produit à Saint-Lin, une petite commune des Deux-Sèvres. Reportage de notre envoyée spéciale.

C’est un peu après 11H00, ce dimanche 25 juin 2023, que le drapeau de la mystérieuse communauté a été érigé sur la façade de la mairie de Saint-Lin. Une agroécologiste qui était passée devant la mairie vers 10H30 a confirmé ne rien n’avoir remarqué. On estime ainsi que l’installation du drapeau s’est faite aux alentours de 10H45. Les rares témoins présents sur place indiquent avoir vu trois femmes, revêtues de bleus de travail et portant des gants verts, venir avec une échelle pour accrocher le drapeau.

Dans un premier temps, les habitants de Saint-Lin sont passés devant le drapeau sans vraiment s’arrêter mais vers 12H00, un attroupement s’est formé devant la mairie, débordant sur la chaussée. Plusieurs personnes aux alentours, informées par les réseaux sociaux, se sont rendues à Saint-Lin pour échanger avec la foule qui s’était massée devant le drapeau. Deux employés municipaux sont venus détacher le drapeau vers 13H30 et celui-ci a encore été exhibé sur le parapet de la mairie avant que les employés municipaux le déposent dans un lieu sûr.

C’est la sixième fois que ce genre de drapeau est accroché la façade d’une mairie après l’apparition de Notre-Dame des Landes, celles de Liposthey et d’Azur dans les Landes, celle de Sallertaine en Vendée et celle de Saurais, dimanche dernier.

A Saint-Lin, les habitants présents sur place, qui ont été interrogés, n’avaient aucune idée de la signification de ce drapeau. Seule une grand-mère, accompagnée de sa petite-fille a indiqué de façon catégorique, qu’il s’agissait du drapeau de la communauté des humains soucieux de la Terre et de son développement. Pour beaucoup, cet acte est le fait d’hurluberlus qui ne savent pas quoi faire pour occuper leur dimanche matin.

Les saboteuses en série invitent à s’emparer de notre pouvoir d’agir

Samedi 24 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, on découvre des habitants qui se sont emparés de leur pouvoir d’agir. Dans les îlots urbains, dans les hameaux, dans les quartiers, dans les bourgs, dans les villages urbains et dans les villes, partout les habitants font communauté pour instaurer le développement durable. Décryptage.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, à tous les niveaux d’organisation, les habitants se sont emparés de leur pouvoir d’agir pour mettre en œuvre le développement durable. Pouvez-vous revenir sur le concept du pouvoir d’agir ?

Noémie (saboteuse en série) : Le pouvoir d’agir désigne la capacité dont disposent les citoyens pour être, eux-mêmes, acteurs des transformations sociétales en faveur d’une éthique commune de vie et de développement. Le pouvoir d’agir suppose de disposer de l’autonomie suffisante pour décider et mettre en œuvre, par soi-même, des activités que l’on souhaite accomplir. Le développement étant, par essence, le fait de multiples acteurs en interaction, le pouvoir d’agir n’est pas une disposition individuelle mais collective. Tout ce qui n’est pas défendu étant autorisé, le pouvoir d’agir des citoyens est très large dans de nombreux systèmes juridiques. En France, par exemple, rien n’interdit de développer une économie parallèle, équitable et respectueuse de l’environnement, avec des productions et des échanges locaux reposant sur une monnaie locale. Cette économie parallèle est à l’état embryonnaire sur de nombreux territoires. Elle se développe par le fait d’individus qui ont choisi de s’emparer de leur pouvoir d’agir.

Julie (saboteuse en série) : On est bien loin des pancartes de Greta Thunberg.

La journaliste écolo : Vous évoquez plusieurs niveaux d’action pour ceux qui s’emparent de leur pouvoir d’agir. Pouvez-vous développer ?

Sophie (saboteuse en série) : Il y a plusieurs échelles d’organisation humaine, qui correspondent aussi à des échelles de socialisation. En éco-urbanisme, on distingue généralement quatre niveaux pertinents.

La journaliste écolo : Vous les aviez déjà évoqué lorsque vous aviez abordé la notion de territoire durable.

Nathalie (saboteuse en série) : Tout à fait. Ces niveaux concernent l’organisation urbaine. Pour la gestion des territoires durables, il y a d’autres niveaux d’organisation.

La journaliste écolo : Nous y reviendrons une prochaine fois. Pour le moment, pouvez-vous détailler les différentes échelles d’organisation urbaine ?

Lydie (saboteuse en série) : Le premier niveau est celui de l’îlot urbain. Un îlot urbain est un ensemble de parcelles reliées entre elles (sans être séparées par une voie d’accès) qui constitue l’unité élémentaire de l’espace urbain. Selon la taille et la densité, un îlot regroupe de 50 à 500 personnes, ce qui correspond aux hameaux des zones rurales.

Julie (saboteuse en série) : L’îlot est le premier niveau où le pouvoir d’agir des citadins peut se manifester. Les décisions qui peuvent être prises par îlot portent notamment sur la gestion des déchets, sur l’installation de systèmes de récupération des eaux de pluie ou de production d’énergie, complémentaires à ceux du réseau urbain, ainsi que sur l’aménagement des espaces communs de l’îlot qui peuvent être végétalisés ou destinés à l’implantation d’un jardin partagé.

Noémie (saboteuse en série) : La taille des îlots n’est pas anodine. Dans des zones urbaines de faible densité (zones pavillonnaires notamment), certains îlots peuvent fusionner afin de libérer les espaces de voiries inter-îlots pour les transformer en espaces communs. Pour la construction de logements neufs, les îlots de grande taille (regroupant de nombreuses parcelles de petites tailles juxtaposées) favorisent une plus grande efficacité urbaine permise par les synergies entre habitations et par l’absence de voiries (qui favorise la densification).

Nathalie (saboteuse en série) : Lorsque des dynamiques volontaires émergent au sein des îlots, les rapports à la communauté urbaine vont dans le sens de la délégation et de la responsabilisation. Il arrive notamment que la gestion des déchets devienne intégrée au sein de l’îlot avec un point de collecte unique pour la communauté urbaine, ce qui réduit les coûts de traitement.

La journaliste écolo : Pouvez-vous nous parler des quartiers ?

Noémie (saboteuse en série) : Le quartier est l’unité de la vie urbaine à échelle humaine. Le quartier est la zone de proximité immédiate, accessible par mobilité douce, sans encombrement en moins de dix minutes. Les citadins ont un attachement affectif et social à leur quartier qui peut être envisagé comme un micro-bassin de vie. Selon la taille et la densité, un quartier regroupe de 5 000 à 10 000 personnes, ce qui correspond aux bourgs des zones rurales.

Sophie (saboteuse en série) : La vie de quartier est dynamique lorsqu’il existe une polarité multifonctionnelle. La revitalisation des quartiers suppose ainsi la relocalisation des services urbains sur leur pôle d’attraction qui se situe généralement à proximité immédiate de la station de transport collectif. Les fonctionnalités minimales supposent un espace scolaire, un espace de santé, un espace culturel, un ensemble de commerces de proximité, des espaces de socialisation ainsi qu’un ensemble d’activités économiques dont la mise en synergie participe à revitaliser le quartier. 

Julie (saboteuse en série) : La revitalisation des quartiers résulte de choix qui sont à la fois individuels, collectifs et publics. Les modalités de gouvernance partagée, qui se mettent en place entre les différents acteurs, sont généralement fortement prédictives de la capacité des habitants à revitaliser leur quartier. En la matière, le pouvoir d’agir des citadins est élevé mais beaucoup n’ont pas conscience de ce qu’ils pourraient apporter à leur quartier. Les écoquartiers sont des exemples précurseurs de la mise en œuvre de la démocratie locale en faveur du développement durable. Outre les dynamiques de revitalisation, les décisions qui peuvent être prises par quartier portent notamment sur l’aménagement des espaces urbains et la mise en place d’infrastructures durables pour la gestion de l’eau ou le traitement des déchets. 

La journaliste écolo : Qu’en est-il des villages urbains ?

Lydie (saboteuse en série) : Le village urbain est l’unité de décision urbaine, regroupant plusieurs quartiers, qui correspond à une échelle d’implantation de services urbains existant à partir d’un certain niveau de population (lycée, hôpital, théâtre, gare ferroviaire, etc). Selon la taille et la densité, les villages urbains regroupent de 10 000 à 50 000 personnes, ce qui correspond à des petites villes. Les services urbains spécifiques aux villages urbains sont des sources d’attraction importantes qui sont des locomotives aux mobilités urbaines. Pour leur implantation, le principe de la multipolarisation l’emporte sur la multifonctionnalité. Il est préférable de ne pas regrouper ces locomotives sur le même pôle mais de les répartir entre les quartiers afin de ne pas dévitaliser certains quartiers. L’implantation des locomotives dans les quartiers amène une forme de spécialisation additionnelle qui contribue à l’image spécifique de chacun des quartiers. Les dynamiques de gouvernance partagée existantes au niveau des quartiers se retrouvent à l’échelle des villages urbains.

La journaliste écolo : Et les villes ?

Sophie (saboteuse en série) : Une ville est une zone urbaine clairement délimitée par une frontière qui la sépare du milieu rural. Les villes qui disposent d’une ceinture vivrière ont tendance à intégrer cette zone à l’intérieur de leur frontière avec des règles strictes qui garantissent l’usage des sols à l’agroécologie. Selon la taille et la densité, une ville regroupe de 50 000 à 5 000 000 personnes. La logique d’éco-urbanisme des villes de moins de 50 000 habitants est celle des villages urbains.

Julie (saboteuse en série) : A partir de 50 000 personnes, apparaissent des services urbains spécifiques liés à la taille de la population urbaine : enseignement supérieur, centre hospitalier universitaire, opéra, centre administratif, etc. Le principe de multipolarité suppose de répartir ces locomotives dans les différents quartiers. C’est le cas notamment des établissements d’enseignement supérieur, pour lesquels la logique du campus intégré a laissé la place à celle de la dissémination. Beaucoup de décisions de développement durable sont prises à l’échelon public par les instances élues. Des modalités de démocratie participative mises en place par certaines municipalités permettent aux citadins de mobiliser leur pouvoir d’agir.

La journaliste écolo : Vous ne parlez pas des mégapoles ?

Nathalie (saboteuse en série) : Les mégapoles sont des concentrations urbaines dont les modalités de développement échappent en grande partie aux habitants. Les structures de décision des mégapoles ont conduit à un développement centrifuge. La multipolarité multifonctionnelle est difficilement applicable à leur échelle sans un maillage volontaire de pôles d’attraction qui correspondent aux services urbains rendus à l’échelle d’une ville. Pour éviter les tensions liées aux enjeux de l’attractivité à l’intérieur d’une structure de décision intégrée, l’éco-urbanisme préconise le redécoupage des frontières urbaines, par la création de villes autonomes juxtaposées. Les fleuves peuvent servir de nouvelles frontières urbaines, à l’image de Buda et de Pest. La scission complète conduit à des unités entièrement autonomes dans les modalités de leur développement urbain à l’image de Brazzaville et Kinshasa.   

Les saboteuses en série appellent à changer notre mode de ville

Vendredi 23 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, on découvre des villes où la vie est revenue dans les quartiers. En privilégiant la multipolarité multifonctionnelle, l’éco-urbanisme a permis aux villes de redevenir ce qu’elles avaient toujours été : des lieux de brassage et de socialisation. Reportage.

La journaliste écolo : Les saisons 4 et 5 de votre série présentent une culture urbaine très différente de celle que nous connaissons actuellement. Les habitants semblent être animés par un autre mode de ville qui donne de l’animation aux quartiers.

Noémie (saboteuse en série) : La vie de quartier a été une constante dans toutes les villes depuis toujours. Le phénomène de désocialisation dans les quartiers est récent et se limite, heureusement, à ceux des grandes villes des pays fortement installés dans la mondialisation. L’apparition de la grande distribution n’est pas étrangère à la désocialisation de masse.

La journaliste écolo : Pour redonner vie aux quartiers, vous évoquez la logique de la multipolarité multifonctionelle. Pouvez-vous expliquer ce concept ?

Nathalie (saboteuse en série) : Les polarités d’une ville désignent ses différents centres d’attraction. Une ville monopolaire a un centre d’attraction unique qui est situé en son centre. A l’inverse une ville multipolaire dispose de plusieurs centres d’attraction. La fonctionnalité d’un centre d’attraction désigne la source de l’attraction : pôle culturel, pôle de santé, pôle éducatif, pôle commercial, pôle d’activités économiques, pôle de loisirs, etc.

En matière de développement durable, l’éco-urbanisme privilégie la multipolarité multifonctionnelle. Il s’agit de multiplier les polarités dans la ville, en favorisant la multifonctionnalité des pôles, chacun étant en mesure de proposer une grande diversité de services urbains. La logique est celle de la décentralisation et de la déspécialisation. A l’échelle d’un quartier, cela signifie un retour ou un maintien des services urbains de proximité liés à l’éducation, à la santé, à la culture, aux commerces essentiels et à l’activité économique urbaine.

La journaliste écolo : Et pour ce qui est de la densité ?

Lydie (saboteuse en série) : En matière de développement durable, le principe de l’arrêt de l’étalement urbain suppose d’augmenter la densité urbaine sur l’aire urbaine déjà existante pour absorber l’augmentation de population. Il s’agit d’élever le coefficient d’occupation des sols des parcelles privées destinées à l’habitation ou aux bâtiments à usage professionnel. Dans certaines villes, un des enjeux du développement durable est de préempter des parcelles privées afin d’agrandir les surfaces d’espaces publics. L’augmentation de la densité urbaine permet ainsi à la ville de ne pas sortir de ses frontières et de retrouver des espaces collectifs.

La journaliste écolo : Quel va être l’impact sur la mobilité des habitants ?

Julie (saboteuse en série) : La densification urbaine et la multipolarité multifonctionnelle ont pour effet de modifier profondément les flux de mobilité urbaine. Les distances et les temps de trajet sont fortement raccourcis, ce qui permet le recours aux mobilités douces (marche à pied, vélo, trottinette électrique et assimilés) pour les déplacements vers les pôles d’attraction de proximité. Il en résulte un désengorgement des voies urbaines, une diminution de la pollution de l’air et des nuisances sonores.

La journaliste écolo : Et pour l’habitat ?

Sophie (saboteuse en série) : Beaucoup de bâtiments à usage d’habitation ont été construits sans préoccupation pour le développement durable et sont des passoires thermiques. L’éco-urbanisme impose de procéder à une rénovation énergétique de grande ampleur afin de tendre vers la sécurité énergétique. C’est ce qu’ont fait les habitants des territoires durables de la série…

L’éco-urbanisme permet de garantir la sécurité urbaine

Jeudi 22 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, les villes ont été repensées selon les principes de l’éco-urbanisme. Les habitants cherchent ainsi à garantir la sécurité urbaine. Explications.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, les villes ont été entièrement repensées selon les principes de l’éco-urbanisme. Est-ce pour répondre à un souci d’efficacité ou de sécurité urbaine ?

Julie (saboteuse en série) : Les deux. L’éco-urbanisme est à la fois la recherche d’une plus grande efficacité urbaine mais aussi une façon de garantir les quatre grandes sécurités de développement durable.

La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?

Noémie (saboteuse en série) : L’efficacité urbaine d’une ville exprime sa capacité à procurer les services urbains de façon équitable à l’ensemble de la population urbaine tout en minimisant son empreinte écologique. L’efficacité urbaine repose sur une gestion optimale de l’eau, de l’énergie, des matières et des déchets.

La journaliste écolo : Et les services urbains, de quoi s’agit-il ?

Nathalie (saboteuse en série) : Vous habitez à la campagne ?

La journaliste écolo : Non, à la ville…

Nathalie (saboteuse en série) : Et bien les services urbains, c’est tout ce dont vous disposez à la ville et que vous n’avez pas à la campagne. Plus la ville est grande, plus elle offre de services urbains. Les services procurés par l’urbanité concernent la diversité des emplois, la facilité d’accès à l’éducation, à la santé, à la culture et au commerce, la concentration humaine et la multiplicité des possibilités de socialisation. L’efficacité urbaine consiste à réfléchir à la façon de garantir et développer ces services urbains en supprimant leur empreinte écologique.

La journaliste écolo : Et la sécurité urbaine ?

Sophie (saboteuse en série) : Rien à voir avec la vidéosurveillance, rassurez-vous ! La sécurité urbaine désigne la capacité d’une ville à garantir à sa population les quatre grandes sécurités élémentaires de développement durable. La sécurité hydrique repose sur les modalités de gouvernance partagée entre les différents acteurs qui s’approvisionnent sur le bassin hydrique mais aussi le système de traitement des eaux du milieu urbain. La sécurité alimentaire repose sur le degré d’autonomie d’approvisionnement de la ville par sa ceinture vivrière et sur la sécurisation des sources d’approvisionnement auprès des autres territoires. La sécurité énergétique repose sur le degré de production énergétique de la ville et sur la sécurisation des sources d’approvisionnement auprès des autres territoires. La sécurité écosystémique repose sur la capacité de la ville à maintenir ou à régénérer les écosystèmes pour se prémunir des risques écosystémiques.

Julie (saboteuse en série) : Dans notre série, après le grand sabotage, les habitants n’ont plus d’autre choix que de prendre en main leur sécurité de développement durable. Ce qu’ils font pour eux, ils le font aussi pour les générations futures.

Toute l’industrie n’est pas nécessairement mondialisée

Mercredi 21 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, on découvre comme les industries, de taille raisonnée, fabriquent des produits écoconçus, à destination des habitants de leur territoire d’implantation. Exploration.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, alors que les effets du grand sabotage ont été absorbés et que le développement durable est devenu une réalité sur les territoires, on découvre des productions de nature industrielle. Il n’y a donc pas que de l’artisanat dans le monde d’après ?

Lydie (saboteuse en série) : L’industrialisation repose sur une logique d’efficacité de production, mais très vite, elle peut se faire au détriment de la préservation des écosystèmes. Pour ceux qui ont le souci de la durabilité, l’industrialisation n’a de sens que si le gain d’efficacité se fait dans le respect de l’empreinte écologique. Bien entendu, il convient de ne fabriquer que des produits écoconçus. Mais l’industrialisation repose aussi sur une logique d’autonomisation des territoires. L’industrie se développe pour satisfaire les besoins des habitants du territoire d’implantation.

La journaliste écolo : Cela veut dire que chaque territoire dispose de ses propres usines ? N’y a-t-il pas là beaucoup de redondances ?

Noémie (saboteuse en série) : C’est le carcan d’une vision mondialisée de l’économie qui vous fait voir des redondances. Si vous adoptez plutôt l’angle de vue territorial et que vous vous mettez dans la peau des habitants qui se coordonnent de façon intégrée à l’échelle de leur territoire, vous verrez qu’il est possible de faire naître de nombreuses usines dont les productions se limitent à l’échelle territoriale.

Julie (saboteuse en série) : Et quand on parle d’usines, il s’agit de réalités physiques. Il va sans dire que l’organisation en leur sein se fait sous forme de coopérative qui permet une juste répartition des bénéfices.

La journaliste écolo : Vous pouvez donner des exemples concrets pour ces usines ?

Sophie (saboteuse en série) : Oui, tout à fait. Les usines textiles qui fournissent les vêtements et les chaussures des habitants du territoire. Les usines de meubles, de petits ustensiles, d’outils, etc. Toutes ces usines ont un approvisionnement local. Elles participent au dynamisme du microbiote économique de leur territoire d’implantation.

La journaliste écolo : Donc chaque territoire vit un peu en autarcie, si je comprends bien ?

Julie (saboteuse en série) : Ce n’est pas aussi simple car il existe des effets de seuil et des effets d’accès aux matières premières.

La journaliste en série : Vous pouvez préciser ?

Julie (saboteuse en série) : L’effet de seuil existe lorsque la population d’un territoire n’est pas suffisante pour alimenter une demande qui permet l’efficacité de la production industrielle. Prenons l’exemple d’un smartphone. Les usines d’assemblage peuvent exister à l’échelle d’un territoire mais pour la production des composants, il faut des usines qui ont un ancrage national, ou bien même, continental. Le territoire qui dispose d’une telle usine, dispose d’un avantage spécifique et exporte vers les autres territoires. Cela est compensé par les importations liées au fait que les autres territoires ont d’autres avantages spécifiques qui sont notamment liées aux ressources naturelles dont ils disposent.

La journaliste écolo : Il existe donc tout un réseau d’échanges entre les territoires durables.

Noémie (saboteuse en série) : Oui, c’est ce qu’on appelle le macrobiote économique, que l’on distingue du microbiote qui lui, ne sort pas des limites du territoire durable. C’est ce que la série montre dans les saisons 4 et 5. Il y a des ajustements constants de développement durable au sein d’un territoire, qui fait évoluer son microbiote économique. Mais ces ajustements existent aussi entre les territoires, ce qui impacte le macrobiote économique. 

Les saboteuses en série souhaitent accélérer l’implantation de l’agroécologie sur les territoires

Lundi 19 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, l’agroécologie a totalement supplanté l’agro-industrie chimique, ce qui a rendu les territoires durables. La recherche de la durabilité des territoires est un mouvement qui a déjà commencé mais qui est encore trop timide selon les saboteuses en série. Explications.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, l’agroécologie a totalement supplanté l’agro-industrie. Est-ce vraiment réaliste de ne pas recourir aux intrants ?

Noémie (saboteuse en série) : Les intrants chimiques (pesticides, herbicides, fongicides et engrais non organiques) sont destructeurs des microbiotes des sols. Être réaliste, c’est arrêter cette folie destructrice du vivant. Toute la vie qui est visible à la surface de la Terre, qu’elle soit végétale ou animale, prend ses racines dans cette couche souterraine microbiologique de 30 centimètres. C’est comme une fine pellicule de vie organique qui est déposée, partout sous nos pieds. En détruisant cette pellicule, l’agriculture chimique transforme les sols en poussières, les terres fertiles en déserts. Il faut être réaliste, en effet, et stopper le processus de destruction des sols qui est principalement d’origine anthropique.

Lydie (saboteuse en série) : Surtout que les intrants ne sont pas éternels. Ils vont bientôt s’épuiser, eux-aussi. Être réaliste, c’est anticiper les besoins alimentaires et adapter l’agriculture des territoires en conséquence. 

La journaliste écolo : Dans la saison 1, il existe déjà des fermes agroécologiques implantées sur les territoires, qui alimentent des épiceries durables. Il se développe ainsi une forme d’économie locale parallèle à l’économie mondialisée. A terme, on peut supposer que l’agroécologie viendra supplanter l’agro-industrie ? 

Nathalie (saboteuse en série) : Le mouvement de réappropriation des terres existe déjà sur de nombreux territoires mais il est trop beaucoup timide pour inverser le processus destructeur.

La journaliste écolo : Pourquoi évoquez-vous une réappropriation ?

Julie (saboteuse en série) : La conversion vers l’agro-industrie productiviste s’est faite à marche forcée à partir des années 50. Les industriels ont ainsi racheté des terres aux paysans ou alors des paysans se sont eux-mêmes convertis à l’agriculture industrielle. Dans les deux cas, il y a changement de logique. La terre n’est plus cultivée pour subvenir aux besoins des habitants du territoire mais pour des productions qui viennent alimenter le marché mondial. L’agro-industrialisation marque le déclin de l’agriculture paysanne. Il y a donc bien une logique de réappropriation. Il faut se réapproprier les terres conquises par l’agro-industrie pour les reconvertir à l’agriculture paysanne, qui avait été la logique agricole pendant les 12 000 années d’histoire de l’humanité.

La journaliste écolo : Et selon vous, le processus de réappropriation est beaucoup trop timide.

Sophie (saboteuse en série) : A l’échelle de la planète, il y beaucoup plus de terres qui sont préemptées par l’agro-industrie, ou par l’artificialisation des sols, que de terres qui reviennent à l’agriculture paysanne. Regardez les catastrophes au Brésil ou en Nouvelle-Guinée…

Lydie (saboteuse en série) : C’est le cas aussi en France. Il est vrai que certaines exploitations agro-industrielles reviennent à l’agriculture paysanne. Mais nous sommes loin du compte…

La journaliste écolo : Je vous interromps… Pouvez-vous clarifier la différence entre agroécologie et agriculture paysanne ?

Noémie (saboteuse en série) : Ce sont des différences de logique qui ne sont absolument pas exclusives l’une de l’autre. L’agriculture paysanne est une agriculture qui est tournée vers les besoins locaux, ceux des habitants du territoire. La logique n’est pas celle des marchés mondiaux. L’agroécologie est une agriculture totalement respectueuse de le Terre qui n’utilise pas d’intrants chimiques. De nos jours, beaucoup de paysans ont des fermes agroécologiques. La conversion est rendue nécessaire du fait de l’augmentation du coût des intrants et de la dépendance aux semences brevetées qui offrent une moins bonne résistance au réchauffement climatique.

La journaliste écolo : Pourtant vous dites que cette conversion est trop timide ?

Nathalie (saboteuse en série) : Beaucoup trop timide ! En France, la moitié des exploitants agricoles vont partir à la retraite dans les dix prochaines années. Si on voulait convertir leurs exploitations en agroécologie qui est beaucoup plus intensive en personnes, il faudrait l’installation d’environ 400 000 agriculteurs écologiques. Nous sommes loin du compte. Il faut davantage de vocations et davantage de formations.

Lydie (saboteuse en série) : Et puis aussi, il manque une aide au financement. Le Crédit Agricole avait été l’outil financier de l’implantation de l’agro-industrie d’après-guerre. Il faudrait l’équivalent éthique pour les besoins actuels de l’agroécologie : des banques durables, implantées sur les territoires, qui favorisent le financement des implantations durables.

Julie (saboteuse en série) : Le foncier agricole est devenu un enjeu majeur. Il faut se réapproprier les terres. Chacun devrait avoir à cœur d’orienter son épargne vers les banques durables qui financent l’agroécologie locale.

Un drapeau de la communauté a été érigé devant la mairie de Saurais dans les Deux-Sèvres

Dimanche 18 juin 2023

Pour la cinquième fois, un drapeau de la mystérieuse communauté des humains soucieux de la Terre et de son développement durable a fait son apparition sur la façade d’une mairie. L’évènement s’est produit à Saurais, une petite commune des Deux-Sèvres, proche de Parthenay. Reportage de notre envoyée spéciale.

C’est un peu après 11H00, ce dimanche 18 juin 2023, que le drapeau de la mystérieuse communauté a été érigé sur la façade de la mairie de Saurais. Une promeneuse qui était passée devant la mairie vers 10H30 a confirmé ne rien n’avoir remarqué. On estime ainsi que l’installation du drapeau s’est faite aux alentours de 10H45. Les rares témoins présents sur place indiquent avoir vu trois femmes, revêtues de bleus de travail et portant des gants verts, venir avec une échelle pour accrocher le drapeau.

Dans un premier temps, les habitants de Saurais sont passés devant le drapeau sans vraiment s’arrêter mais vers 13H00, un attroupement s’est formé devant la mairie. Alertés par les réseaux sociaux, des habitants de Parthenay ont même fait le déplacement pour voir le fameux drapeau. Deux employés municipaux sont venus détacher le drapeau vers 14H30 et celui-ci a encore été exhibé sur la grille d’entrée de la mairie avant que les employés municipaux le déposent dans un lieu sûr.

C’est la cinquième fois que ce genre de drapeau est accroché la façade d’une mairie après l’apparition de Notre-Dame des Landes, celles de Liposthey et d’Azur dans les Landes et celle de Sallertaine, la semaine dernière. 

A Saurais, les habitants présents sur place, qui ont été interrogés, n’avaient aucune idée de la signification de ce drapeau. Seule une grand-mère, accompagnée de sa petite-fille a indiqué de façon catégorique, qu’il s’agissait du drapeau de la communauté des humains soucieux de la Terre et de son développement. Pour beaucoup, cet acte est le fait d’hurluberlus qui ne savent pas quoi faire pour occuper leur dimanche matin.

Le grand sabotage est un plaidoyer contre les limito-sceptiques

Lundi 12 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans cette fiction, le grand sabotage intervient avant que les populations dépassées toutes les limites planétaires. Focus sur la logique extractive qui conduit à la destruction de la planète.

La journaliste écolo : Dans votre série, juste après le grand sabotage, vos personnages ont le souci de mettre en place les modalités du développement durable qui s’inscrit dans le respect des limites planétaires. Beaucoup d’épisodes de la saison 4 font référence à ces limites planétaires. Pouvez-vous expliquez quelles sont ces limites ?

Noémie (saboteuse en série) : Les limites planétaires sont normalement apprises au collège, faut-il vraiment les rappeler ?

La journaliste écolo : Un petit rafraichissement de la mémoire ne peut pas faire de mal…

Sophie (saboteuse en série) : Pour ne faire que les citer, sans détailler chacune d’elles, nous pouvons rappeler ces neuf limites : le changement climatique, les pertes de biodiversité, les perturbations globales du cycle de l’azote et du phosphore, l’usage des sols, l’acidification des océans, la diminution de la couche d’ozone, les aérosols thermiques, l’usage de l’eau douce ainsi que l’introduction de nouvelles entités dans la biosphère (la pollution chimique).

La journaliste écolo : Cela n’a rien à voir avec l’épuisement des ressources alors ?

Lydie (saboteuse en série) : Les limites planétaires ont été mises en avant par les scientifiques selon une analyse systémique. Il s’agit de considérer la Terre comme un écosystème global qui a ses logiques de régulation.

La journaliste écolo : C’est l’hypothèse Gaïa ?

Lydie (saboteuse en série) : Oui, c’est tout à fait ça. Considérée comme un tout, la Terre est un écosystème complexe qui s’autorégule dans les modalités de son développement. Cette autorégulation se fait à l’intérieur de limites. Le dépassement de ces limites amènent à des perturbations majeures qui altèrent le caractère harmonieux du développement et qui le conduisent vers des trajectoires destructrices.

La journaliste écolo : Destructrices de quoi ?

Nathalie (saboteuse en série) : Destructrices de tout, avec des effets d’entraînement, des enchainements de causes à effets. Le réchauffement climatique altère la fertilité des sols, leur érosion atteste la perte de microbiotes, l’acidification des océans entrave le développement de la vie organique, etc.

Noémie (saboteuse en série) : Ce sont les conditions du développement de la vie sur Terre qui sont altérées en cas de dépassement des limites planétaires. Or, de nos jours, les humains ont un fort impact sur le développement de l’écosystème Terre. On estime que quatre des neuf limites sont déjà franchies : le changement climatique, l’intégrité de la biosphère, la destruction des sols par l’agro-industrie et les perturbations des cycles de l’azote et du phosphore.

Lydie (saboteuse en série) : Les limito-septiques sont ceux qui refusent de voir que certaines limites sont dépassées et que nous allons tout droit vers le dépassement des autres.

La journaliste écolo : Mais c’est une vision apocalyptique que vous donnez à voir !

Julie (saboteuse en série) : Ce n’est pas une vision apocalyptique. C’est plutôt celle d’une inversion du développement. Toute l’histoire de la Terre est celle du développement de la vie et de l’irruption de la biodiversité. C’est ce qui la distingue des autres planètes. Nous assistons actuellement à une inversion du phénomène. L’éclosion de la vie sur Terre marque le pas. Son développement n’est plus durable. Il est destructeur au sens où on assiste au début du déclin de la vie. C’est un déclin progressif, invisible à l’échelle d’une vie humaine, il n’est donc pas apocalyptique.

Nathalie (saboteuse en série) : La vie décline car les conditions d’habitabilité sont remises en cause progressivement, pour les humains comme pour les autres espèces vivantes. C’est une évidence sur certains territoires mais ça devient aussi une réalité à l’échelle de la planète. Les limito-septiques sont ceux qui sont dans le déni de cette réalité.

La journaliste écolo : Et pour l’épuisement des ressources ?

Sophie (saboteuse en série) : C’est une autre approche. Celle qui consiste à montrer que le modèle de croissance économique actuel est naturellement limité par les capacités extractives des ressources qu’il utilise. La sortie de ce modèle se fera immanquablement au moment de l’épuisement des ressources, lorsque la parenthèse thermo-industrielle se refermera. La encore, certains pensent que les ressources fossiles sont inépuisables alors que, depuis plus de cinquante ans, les modèles prédisent leur point d’épuisement avec précision. Ce sont aussi des limito-septiques en quelque sorte.

Noémie (saboteuse en série) : Le problème c’est que nous nous approchons dangereusement du seuil de dépassement des limites planétaires et que celles-ci risquent d’être franchies avant l’épuisement des ressources qui marquera la fin du modèle de croissance économique destructeur de la planète.