Samedi 3 juin 2023
La série « Le grand sabotage » montre comment le développement durable s’installe sur les territoires après le sabotage généralisé des infrastructures économiques mondialisées destructrices de la planète. Elle plonge le spectateur dans un monde de gouvernance partagée où la prise de décision est collective. Explications.
La journaliste écolo : Lorsque le sabotage survient, aux saisons 2 et 3 de votre série, les personnages doivent s’organiser rapidement pour garantir les conditions de leur survie. La gouvernance qui se met en place spontanément est sous forme une forme partagée. Pouvez-vous en expliquer le fonctionnement ?
Nathalie (saboteuse en série) : Quand le sabotage intervient, les personnages sont confrontés aux réalités de la vie. L’économie mondialisée ne fonctionne plus. Seules subsiste les activités locales qui avaient été plus ou moins développées selon les territoires. Les personnages comprennent qu’il faut rapidement s’organiser pour garantir les quatre sécurités élémentaires de développement durable et que celles-ci ne peuvent être assurées que par l’action collective. De nombreux problèmes se posent et la gouvernance partagée se met spontanément en place.
La journaliste écolo : Quels sont les principes de la gouvernance partagée ?
Sophie (saboteuse en série) : La logique de la gouvernance s’oppose à celle du gouvernement par laquelle les citoyennes donnent délégation à des autorités publiques pour décider et opérer les modalités du développement. Avec la gouvernance partagée, il n’y a pas de délégation, les citoyennes sont à la fois actrices et opératrices des décisions. Dans le principe, quand un problème survient, il faut identifier les parties prenantes afin qu’elles participent aux décisions qui vont être prises. Le processus est participatif, il repose sur la démarche de décision par consentement, le même que celui qu’on retrouve dans des organisations formelles que sont les coopératives.
La journaliste écolo : Mais telle que vous la décrivez, il n’y a pas d’organe formel dédié à la décision dans le cas de la gouvernance partagée.
Noémie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Les problèmes sont multiples et les parties prenantes peuvent être très différentes selon les décisions qui sont prises. Autrement formulé, on ne retrouve pas les mêmes parties prenantes selon qu’on cherche à garantir la sécurité hydrique, la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique ou la sécurité écosystémique, même si certaines actrices du développement durable sont largement impliquées dans plusieurs de ces sécurités.
La journaliste écolo : C’est très conceptuel ! L’esprit de ce procédé est intéressant mais n’est-il pas un peu irréaliste dans son application ?
Lydie (saboteuse en série) : La gouvernance partagée est déjà appliquée de nos jours pour toutes les décisions qui sont prises en soft law. Quand les acteurs européens ou mondiaux se réunissent sur un sujet précis : l’éducation, la préservation des océans, la lutte contre le réchauffement climatique, ou d’autres sujets, ils sont dans une logique de gouvernance partagée. Il n’y a pas d’organe formel pour prendre les décisions mais ils aboutissent quand même à des accords-cadres qui ont un caractère contraignant. La logique est celle de la gouvernance partagée.
Julie (saboteuse en série) : A ceci près que les parties prenantes ne sont que des représentants des gouvernements. La logique de la gouvernance partagée est présente mais le partage n’est pas vraiment effectif au sens où ce ne sont pas les bonnes parties prenantes qui sont représentées.
La journaliste écolo : C’est-à-dire ?
Julie (saboteuse en série) : Dans la logique de la gouvernance partagée, les parties prenantes sont celles qui sont concernées, c’est-à-dire celles qui sont impactées et/ou qui peuvent aussi exercer une influence. Les parties prenantes sont à la fois décideuses et opératrices du changement, sans délégation. Un organe gouvernemental, qui est un organe de délégation, ne peut pas être une partie prenante. Il est décideur mais pas opérateur.
Noémie (saboteuse en série) : C’est ce qui explique l’impasse des accords-cadres internationaux que nous venons d’évoquer. Il y a un fort déficit d’implémentation parce que les décideurs ne sont pas opérateurs et que les opérateurs ne sont pas décideurs.
La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer comment la gouvernance partagée se met en place concrètement sur les territoires durables ?
Nathalie (saboteuse en série) : Lorsqu’un problème de développement durable se pose, et ils sont nombreux, la première chose à faire est de définir son échelle de pertinence, c’est-à-dire le niveau de décision approprié pour résoudre le problème. L’échelle de pertinence est toujours associée à une zone géographique. Pour l’eau, par exemple, il faut souvent raisonner en termes de bassin hydrique et faire participer toutes les parties prenantes présentes sur le bassin. Mais il peut aussi y avoir des problèmes très locaux qui ne concernent qu’un petit nombre de parties prenantes.
Sophie (saboteuse en série) : En gouvernance partagée, on applique le principe de subsidiarité. C’est un principe de décision ascendant qui veut que l’on commence toujours par l’échelon au plus proche de la réalité des citoyennes pour remonter vers les niveaux supérieurs. Il existe ainsi différents niveaux de décisions ascendants sur les territoires durables.
La journaliste écolo : Cela veut dire que les décisions pourront différentes d’un territoire à l’autre ?
Lydie (saboteuse en série) : Tout à fait ! Et heureusement que les décisions sont différentes. Les contextes sont très spécifiques d’un territoire à l’autre. Rien n’est pareil. Il est naturel que les réponses des citoyennes aux enjeux de développement durable prennent en compte les spécificités. Bien souvent, l’uniformité atteste d’un développement non durable. C’est dans la diversité que la résilience se construit.
