Samedi 8 juillet 2023
La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, on découvre des habitants qui ont le souci constant du calcul de la durabilité de leur territoire. Rencontre avec les saboteuses en série qui reviennent sur les pratiques de gestion du monde d’après.
La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, on découvre des habitants qui sont obnubilés par les indicateurs de durabilité de leur territoire. Un peu comme certaines personnes sont obnubilés, de nos jours, par les indicateurs de rentabilité. Pouvez-vous revenir sur la façon dont les nouveaux outils de gestion se sont mis en place dans les territoires durables ?
Valérie (saboteuse en série) : La comparaison avec l’obsession de la rentabilité a une forme de pertinence. Dans le monde d’après, celui qui suit le grand sabotage, les calculs de rentabilité n’ont plus aucun sens. A l’inverse, comme vous le dites, les habitants sont obnubilés par la durabilité de leur territoire. Le développement durable est une véritable obsession pour eux, un peu comme la recherche du profit est obsessionnelle, de nos jours, chez certaines personnes peu scrupuleuses du bien-être des autres. La durabilité est une valeur partagée qui dicte les principes d’action. Cependant, dans un monde complexe où, selon une éthique conséquentialiste, il s’agit de connaître et d’apprécier les conséquences de ses actes, les outils de mesure ont toutes leur place. Ces outils sont proposés par la communauté scientifique mondiale. Il s’agit de véritables outils de gestion qui donnent des indicateurs sur la durabilité d’un territoire.
La journaliste écolo : Vous pouvez donner des exemples ?
Lydie (saboteuse en série) : Il existe quinze indicateurs principaux qui permettent de mesurer la durabilité d’un territoire, même si d’autres indicateurs périphériques peuvent être aussi utilisés pour donner une analyse plus fine. La plupart de ces indicateurs expriment la biocapacité du territoire en rapport avec sa population. Pour prendre l’exemple du taux de couverture des besoins hydriques, il s’agit du rapport entre les ressources en eau du territoire et les besoins des habitants pris au sens large, c’est-à-dire pour la consommation domestique et pour la production dans toutes ses dimensions. Si les ressources ne couvrent pas les besoins, le territoire n’est pas durable en eau. Il faut chercher à réduire les besoins sachant que les ressources en eau ont tendance à diminuer sur certains territoires.
La journaliste écolo : Vous avez d’autres exemples ?
Julie (saboteuse en série) : Le raisonnement est le même pour le taux de couverture des besoins alimentaires. Il existe un indicateur global qui montre la façon dont les besoins alimentaires sont couverts par la production locale. Cet indicateurs est nuancé selon les types de productions alimentaires, ce qui met en évidence tout un système d’échange avec les autres territoires sous forme d’importations et d’exportations alimentaires qui s’effectuent selon les excédents respectifs des différents territoires.
La journaliste écolo : Durabilité ne signifie donc pas autarcie ?
Sophie (saboteuse en série) : Absolument pas ! En fonction des ressources spécifiques dont ils disposent, tant humaines que naturelles, il se développe sur les territoires durables tout un microbiote d’activités économiques internes qui ont pour vocation à répondre aux besoins essentiels des habitants. Les excédents existent cependant, ils sont la base des échanges avec les autres territoires, c’est ainsi que se développe le macrobiote des activités économiques entre les territoires.
Julie (saboteuse en série) : De nombreux indicateurs de durabilité sont des taux de couverture ou de biosourcing territorial : pour la construction, l’habillement, les produits cosmétiques, etc. A chaque fois le raisonnement est le même, il s’agit de voir ce qui est couvert par le microbiote local et ce qui participe aux échanges du macrobiote entre territoires.
La journaliste écolo : Si vous me permettez une remarque, les indicateurs économiques des productions qui sont générées sur les territoires ne présagent pas du caractère respectueux des écosystèmes…
Valérie (saboteuse en série) : Vous avez tout à fait raison car le caractère respectueux des écosystèmes est pris en compte par d’autres indicateurs : le taux de préservation des écosystèmes naturels, le volume de la biomasse territoriale, le taux d’absorption des déchets, le volume de la pollution territoriale, le taux de gestion commune des ressources naturelles. Ce sont des indicateurs synthétiques qui s’appliquent à l’ensemble des activités et qui permettent d’affiner la stratégie de développement durable de chaque territoire.
La journaliste écolo : Il existe aussi des indicateurs de service public ?
Noémie (saboteuse en série) : Tout à fait. Le développement durable comprend aussi la nécessité de préserver le maillage territorial des services publics de santé et d’éducation.
