Lundi 5 juin 2023
La série « Le grand sabotage » montre comment des citoyennes mettent en place des modalités de gouvernance partagée pour assurer le développement durable de leur territoire après le sabotage généralisé qui les a fait basculer dans le monde d’après. L’intelligence collective permet de comprendre la complexité des problèmes et de trouver les solutions adaptées. Décryptage.
La journaliste écolo : Dans beaucoup d’épisodes des saisons 2 et 3 de votre série, les personnages trouvent des solutions collectives aux problèmes de développement durable qui se posent à eux en partageant leurs expériences et en mutualisant leurs compétences. Peut-on dire qu’il s’agit là de démarches en intelligence collective ?
Lydie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Dans la série, il n’y a que de l’intelligence collective. Les personnages comprennent rapidement la logique de l’intelligence simple.
La journaliste écolo : Intelligence collective, intelligence simple… Pouvez-vous préciser la différence.
Sophie (saboteuse en série) : Cela renvoie à des logiques de compréhension des phénomènes. Ceux qui suivent une logique d’intelligence simple, postulent qu’il est possible de comprendre et d’appréhender les problèmes dans leur globalité à une échelle restreinte d’une ou plusieurs personnes. C’est la logique qui prévaut dans les systèmes de décision hiérarchique pyramidaux. Le présupposé est que les décideurs sont ceux qui ont l’intelligence de comprendre. Il y a donc une division nette entre ceux qui comprennent et ceux qui exécutent les décisions prisent par ceux qui comprennent. Mais cette logique conduit à une impasse dans les univers complexes. Dans ce cas, la logique de l’intelligence collective semble plus pertinente. Elle postule que la complexité crée des contextes spécifiques et que seuls ceux qui sont en prise avec le contexte sont à même de le comprendre. Cela conduit à reconnaître que la compréhension de la complexité n’est possible que par les partages des expériences, des compétences et des perceptions. Cela évite la prise de décision hors sol.
La journaliste écolo : C’est un peu abstrait. Pouvez-vous donner des exemples concrets ?
Nathalie (saboteuse écolo) : Très concrètement, à l’échelle d’un territoire durable ou même d’un quartier ou d’une ville, il est nécessaire d’adopter une stratégie de développement durable. Or cette stratégie dépend fortement du contexte. Les habitants doivent être en mesure de poser un diagnostic précis sur ce qui favorise ou entrave le développement durable de leur territoire. Ce diagnostic ne peut se réaliser qu’en intelligence collective. Il faut être en mesure d’évaluer les capacités de charge pour l’ensemble des ressources du territoire, ce qui est complexe. Il faut étudier les façons de réduire drastiquement l’empreinte écologique tout en renforçant les sécurités élémentaires de développement durable. C’est très complexe. Heureusement, les territoires qui se sont déjà engagés dans cette voie mutualisent volontiers les démarches qu’ils ont mis en œuvre et les outils qu’ils ont utilisés. Mais chaque territoire a ses spécificités et seule l’intelligence collective de ses habitants permet de les comprendre.
La journaliste écolo : On comprend mieux pourquoi on dit que l’intelligence collective permet d’éviter la prise de décision hors sol.
Noémie (saboteuse en série) : Oui, car sur les territoires, ceux qui œuvrent pour le développement durable construisent tout un microbiote d’activités locales qui s’enchevêtrent les unes aux autres. Ce microbiote révèle une forme d’économie durable parallèle qui se met progressivement en place et qui vient supplanter celle qui est destructrice de la planète. L’intelligence collective permet de mieux comprendre comment construire ce microbiote et de percevoir la place que chacun peut y prendre. On est très loin des décisions hors sol qui sont inapplicables dans les contextes locaux.
