Les saboteuses en série invitent à lutter contre toute forme d’enclosure

Samedi 1 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, alors que le développement durable est devenu une réalité, on découvre une forme de régulation spontanée à l’encontre des habitants qui empêche ceux qui chercheraient à mettre en place des enclosures. Explications.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, le développement durable est devenu une réalité et les habitants qui cherchent à mettre en place des enclosures sont rapidement arrêtés par les autres, quelles que soient les formes de ces enclosures. Pouvez-vous revenir sur le concept d’enclosure ?

Noémie (saboteuse en série) : Mais avec plaisir… Le concept d’enclosure est intimement lié à celui de la Grande transformation décrite par Karl Polanyi dans son ouvrage éponyme. Les enclosures apparaissent dans l’Angleterre de la première période Tudor. Elles sont le fait des Lords du Royaume qui souhaitent clôturer des surfaces prises sur les terres arables communes afin de les consacrer exclusivement à l’élevage des moutons. L’autorisation des enclosures est prise en 1607 à leur profit. Les Lords du Royaume qui peuvent ainsi tirer des gains substantiels de l’élevage des moutons qui procure la laine venant alimenter les filatures naissantes. Les enclosures sont le point de bascule vers la grande transformation car la terre n’est alors plus considérée comme nourricière, pourvoyeuse de moyens de subsistance. Elle devient un facteur de production, un moyen comme un autre de faire du profit et elle entre ainsi dans la sphère marchande. Les terres clôturées sont extraites à l’agriculture locale de subsistance. La laine obtenue par l’élevage des moutons est exportée en dehors du territoire et les gains profitent à quelques propriétaires terriens. Avec les enclosures, c’est un nouveau système économique qui se met en place, celui qui repose sur la logique marchande et qui peut être qualifié d’économie de marché. Toute l’organisation sociale locale qui reposait sur des échanges locaux est emportée par la logique des enclosures.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Julie (saboteuse en série) : A partir du moment où l’activité économique n’est plus destinée à la satisfaction des besoins des habitants d’un territoire, tout est permis. Les enclosures de la période Tudor ont entraîné la ruine de l’agriculture, au sens où celle-ci n’est plus rentable face aux gains procurés par l’élevage de moutons, ce qui amène une reconversion des terres à grande échelle. Les enclosures portent en elles la paupérisation des campagnes et l’enrichissement des propriétaires terriens. La logique de prédation des ressources l’emporte sur celle de la valorisation. Celle de l’accaparement des richesses l’emporte sur la distribution.

La journaliste écolo : On comprend bien comment les profits sont concentrés dans les mains des Lords du Royaume mais pourquoi dites-vous que la laine ne profite pas aux habitants ?

Sophie (saboteuse en série) : Mais tout simplement parce que les filatures viennent alimenter une demande qui est extérieure au territoire. Les enclosures marquent l’émergence d’un système de prédation des ressources et d’accaparement des richesses qui va progressivement se généraliser. Dans ce système, les individus ont tendance à se déshumaniser au sens où ils sont de moins en moins des êtres sociaux avec des valeurs, des rituels, des coutumes, des principes d’action qui nourrissent des interactions sociales enrichissantes. Dans ce système, les individus deviennent des acteurs économiques, fonctionnant comme des automates, mus par l’appât du gain et la satisfaction des plaisirs personnels.

Rapport d’activité du mois de juin 2023

Vendredi 30 juin 2023

Les saboteuses en série viennent de publier leur rapport d’activité du mois de juin. Si l’actualité des saboteuses a été riche, l’écriture de la série n’a que très peu avancé. Un sérieux doute subsiste dans la capacité à mener le projet du grand sabotage à terme. Entrevue.

La journaliste écolo : Je viens de lire votre rapport du mois de juin. Si on compare avec celui de mai, on peut dire que vous n’avez presque pas avancé dans l’écriture des dialogues de la saison 1. Mais qu’est-ce que vous foutez les filles ?

Julie (saboteuse en série) : Vous êtes pressée, de nature ?

La journaliste écolo : Pas spécialement, mais comme beaucoup de spectateurs, je m’inquiète de savoir si la série pourra vraiment se faire. Vous avez prévu un début de tournage de la saison 1 en avril 2024 alors que les dialogues ne sont pas encore terminés. Il y a de quoi s’inquiéter.

Lydie (saboteuse en série) : C’est vous qui le dites. Nous sommes un collectif, vous savez. Les dialogues, nous pouvons les terminer en un mois. Mais ce n’est pas notre priorité.

Noémie (saboteuse en série) : Pour le moment, nous nous attelons à construire l’univers de la série. Ça devrait prendre encore deux mois.

La journaliste écolo : Deux mois ! Ça veut dire que pendant ce temps, nous aurons juste un fil d’actualités qui décrit l’univers de la série ?

Sophie (saboteuse en série) : C’est ça. Notre série est une écotopie opérationnelle, nous devons donc apporter un soin particulier à son univers.

La journaliste écolo : Vous pouvez nous rappeler ce qu’est une écotopie ?

Julie (saboteuse en série) : Une écotopie est une vision d’un futur durable, c’est-à-dire respectueux de la planète et des écosystèmes qui la composent. Une écotopie est donc descriptive d’un lieu où les humains sont parties prenantes du maintien et de la régénérescence des écosystèmes auxquels ils appartiennent. De nos jours, à l’âge de l’anthropocène, une écotopie locale n’a plus de sens. Les écotopies sont nécessairement mondiales.

La journaliste écolo : Pourquoi évoquez-vous les écotopies au pluriel ?

Sophie (saboteuse en série) : Une écotopie décrit une vision d’un futur désirable avec les valeurs partagées par les habitants, les principes sur lesquels reposent leurs modes de vie, les règles qui régissent les rapports sociaux, les procédés de régulation qu’ils mettent en œuvre, etc. En la matière, il y a une très grande variété de visions possibles et donc de de multiples écotopies. La nôtre est centrée sur les valeurs partagées par les habitants, celles qui permettent de rendre le développement durable, et sur les principes qui en découlent.

Noémie (saboteuse en série) : L’idée est de faire évoluer les perceptions, d’aider à construire les représentations d’un fonctionnement humain qui soit en harmonie avec la nature, de montrer comment les humains pourraient assurer leur développement dans le respect et la régénérescence des écosystèmes auxquels ils sont parties prenantes.

La journaliste écolo : Et pourquoi une écotopie opérationnelle ?

Julie (saboteuse en série) : On peut toujours se faire plaisir en inventant un univers inatteignable, une sorte de vision fantasmée. Ce n’est pas nôtre intention. Notre écotopie est opérationnelle au sens où, au-delà de la vision qu’elle porte, elle donne des clés concrètes pour changer les pratiques de tous les jours. C’est une invitation à l’engament, à la mesure de sa contribution pour le développement durable.

La journaliste écolo : Revenons à des choses plus concrètes. En mai, vous évoquiez une audience estimée de 35 personnes, vous indiquez maintenant 70. Sans vouloir vous vexer, c’est un projet qui reste très confidentiel, à ce rythme de 35 arrivants par mois, votre audience sera à peine de 400 personnes en avril 2024. Vous serez loin des 40 000 attendus.

Julie (saboteuse en série) : Tout dépend de la façon dont on voit les choses. Notre audience a doublé en un mois. Si elle continue à doubler tous les mois, nous pouvons approcher les 40 000 à l’échéance.

La journaliste écolo : Vous êtes optimistes, les filles…

Noémie (saboteuse en série) : Toujours ! L’optimisme est le trait de personnalité commun à ceux qui se lancent dans le développement durable.

La journaliste écolo : Une dernière question : je ne vois pas Nathalie ? Vous n’êtes plus que quatre maintenant ?

Sophie (saboteuse en série) : Nathalie nous a quitté, en effet, pour un autre projet. Mais nous sommes toujours cinq. Valérie va nous rejoindre. Elle n’a pas pu venir aujourd’hui mais elle a véritablement intégré l’équipe des saboteuses en série. A cinq, nous fonctionnons bien, comme les cinq doigts de la main…

Les habitants des territoires doivent maîtriser les compétences essentielles

Mardi 27 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, alors que le développement durable est devenu une réalité, on découvre que le système éducatif a été entièrement repensé autour de l’acquisition des compétences essentielles. L’enseignement n’est plus disciplinaire et la pédagogie active est généralisée en favorisant les projets des élèves. Reportage.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, plusieurs épisodes se passent en milieu scolaire et on assiste à des séances d’enseignement où les élèves sont acteurs et où le numérique a un rôle de soutien à l’acquisition des savoirs. Plusieurs fois, il est fait référence à des référentiels de compétences. Cela semble totalement incongru. Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit ?

Lydie (saboteuse en série) : Notre série est une série écotopique, qui cherche à projeter le spectateur dans un monde respectueux de la planète et de son développement durable. Il y a ainsi une partie créative, il s’agit de créer un univers écotopique. Pour ce qui est des référentiels de compétences, cependant, nous ne sommes pas du tout dans un univers lointain puisqu’ils existent déjà et qu’ils sont normalement applicables à grande échelle.

La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?

Nathalie (saboteuse en série) : Tout à fait. Experts et praticiens se sont déjà réunis, sous l’égide de plusieurs grandes institutions internationales afin de produire des référentiels de compétences à portée universelle. Ces référentiels sont supranationaux, c’est-à-dire qu’ils ont été élaborés à l’échelon du monde entier ou parfois d’un continent pour ce qui est des référentiels européens. Ces référentiels détaillent les compétences que les élèves et étudiants doivent acquérir pour être en mesure de comprendre la complexité du monde et être acteur de son évolution.

La journaliste écolo : Tout cela est un peu abstrait. Vous pouvez donner des exemples précis ?

Lydie (saboteuse en série) : Mais bien sûr ! Il y a le référentiel de l’éducation à la citoyenneté mondiale de l’UNESCO, celui du conseil de l’Europe, le référentiel européen pour l’apprentissage des langues, pour la maîtrise des compétences numériques, pour les compétences d’entreprenariat et celui du socle commun de compétences.

Julie (saboteuse en série) : Sans oublier, le référentiel de l’éducation au développement durable de l’UNESCO. C’est celui-ci qui repose sur les huit compétences essentielles.

La journaliste écolo : Mais si tout ces référentiels existent déjà, pourquoi est-ce que nous n’en entendons jamais parler ?

Sophie (saboteuse en série) : L’appropriation de ces référentiels par les enseignants supposerait un changement de posture des autorités éducatives et une nouvelle posture des cadres éducatifs. Ces derniers devraient se consacrer à l’élaboration de la stratégie éducative en laissant une très grande marge de manœuvre aux enseignants pour qu’ils décident, par eux-mêmes, des activités pédagogiques permettent d’acquérir les compétences visées par les référentiels. Les pays se sont engagés à refondre leur système de management éducatif pour aboutir à des pratiques horizontales qui favorisent les capacités d’ingénierie pédagogique des enseignants mais les avancés sont timides.

La journaliste écolo : Que voulez-vous dire quand vous indiquez que les pays se sont engagés à refondre leur système de management éducatif ?

Noémie (saboteuse en série) : Lors du dernier forum mondial de l’éducation qui s’est réuni à Inchéon en Corée, plus de 160 pays ont signé la déclaration d’Inchéon, un accord cadre qui prévoit expressément les procédés de management horizontal dans l’éducation. Mais tout comme les accords-cadres sur le climat, celui-ci n’est pas vraiment appliqué. Il s’agit d’une belle déclaration d’intention qui reste sans effets.

La journaliste écolo : On peut parler d’inaction éducative alors, comme on parle d’inaction climatique ?

Nathalie (saboteuse en série) : Si vous voulez. C’est un peu ça. Dans notre série, le management horizontal est devenu une réalité. Elle est écotopique au sens où les grands engagements en faveur du développement durable sont vraiment respectés.

Les saboteuses en série ont fumé la moquette

Lundi 26 juin 2023

Engagement, territoires durables, sécurités élémentaires de développement durable, stratégie, agroécologie, écoconception, éco-urbanisme, multipolarité multifonctionnelle dans les quartiers… manifestement les saboteuses sont en train de planer dans un autre monde. Depuis plusieurs semaines elles nous déversent tout un charabia conceptuel sur le développement durable, alors qu’elles n’avancent pas sur l’écriture de leur série en culture libre. Plusieurs indices laissent à penser qu’elles ne sont pas dans leur état normal.

On attendait une série phare de la culture libre, issue d’une écriture collective et réalisée par des coopératives de production mais pour le moment, les travaux avancent bien peu, si on en croit le rapport du mois de mai. Pire, les saboteuses en série nous abreuvent de concepts écolos qui abordent tour à tour les problèmes de sécurité élémentaire des territoires, le dépassement des limites planétaires, les modalités de l’engagement collectif en faveur du développement durable, la démarche stratégique, les principes de l’agroécologie, de l’écoconception, de l’éco-urbanisme, les modes de ville, en passant par la grande migration vers le fediverse, les procédés d’intelligence collective et les différentes les façons de faire communauté. Tout ces détours nous éloignent fortement du sujet et il faut bien l’avouer : ils sont barbants, pour ne pas dire rasoirs.

Qu’arrive-t-il aux saboteuses en série ? Sont-elles en manque d’inspiration ? Ont-elles vraiment encore toutes leurs capacités créatrices ? Les rumeurs qui circulent laissent entendre qu’elles auraient fumé la moquette. Un technicien qui est intervenu récemment chez l’une d’elle, a indiqué avoir vu des traces au sol qui rendent très crédible cette hypothèse qui expliquerait pourquoi les saboteuses en série n’avancent pas dans leur projet d’écriture.

Beaucoup de spectateurs, qui guettent la façon dont les drapeaux du développement durable se déploient sur le territoire et qui suivent les mesures prises par la sécurité intérieure pour répondre à la menace écoterroriste grandissante, sont frustrés. Certains indiquent vouloir se constituer en collectif afin de pousser les saboteuses en série à accélérer la création de leur série écotopique.

Les 70 millions d’outils de sabotage en série viennent de passer en armes de catégorie D

Dimanche 18 juin 2023

C’est officiel ! Depuis le décret promulgué vendredi dernier, les 70 millions d’outils de sabotage en série qui sont actuellement en circulation deviennent des armes de catégorie D.  Cette classification permet une meilleure identification de la menace qui plane au-dessus de notre prospérité économique. Analyse.

C’était une demande insistante de la cellule d’identification de l’écoterrorisme, au sein de la sécurité intérieure : avoir des dispositions réglementaires qui permettent de mieux identifier les détenteurs d’outils de sabotage en série. C’est maintenant chose faite. Le décret du vendredi 16 juin 2023 permet de fixer le cadre tant attendu qui régit l’acquisition et la détention de ces outils. Ce décret stipule expressément que les outils susceptibles d’être utilisés pour effectuer un sabotage viennent de passer en armes de catégorie D. La liste est exhaustive. Il s’agit principalement des pinces coupantes, des tournevis et des différentes clés permettant de visser ou dévisser des boulons.

Le passage en armes de catégorie D permet un contrôle beaucoup plus strict. Dorénavant, l’acquisition de ce type d’outils se fera sur présentation d’une pièce d’identité et les acquéreurs seront répertoriés dans le fichier national des détenteurs d’outils de sabotage. Cette mesure concerne aussi bien les particuliers que les professionnels. Ces derniers, devront remplir le formulaire 27B/6 pour toute intervention sur un chantier nécessitant ce type d’outils. Le formulaire 27B/6 n’est qu’un simple formulaire de déclaration d’intention relatif à l’utilisation des outils mais le décret du 16 juin 2023 prévoit déjà des procédures d’autorisation préalable dans le cas où le niveau de la menace écoterroriste passerait de modérée à élevée.

Les dispositions prévues par le décret seront applicables dès le lundi 19 juin. Les vendeurs d’outils ont déjà reçu la procédure d’accès au fichier national qui leur permet de déclarer en temps réel les acquéreurs d’outils de sabotage. La procédure est la même pour la revente des outils d’occasion. Les acquéreurs doivent se déclarer directement sur une plateforme en ligne au moyen d’un lien qui les renvoie vers le fichier national.

Pour les 70 millions d’outils de sabotage qui sont déjà en circulation, leurs détenteurs disposent d’un délai de trois mois pour venir les déclarer spontanément à la sécurité intérieure auprès de leur cellule locale d’identification de l’écoterrorisme. Passé ce délai, outre la saisie immédiate des outils non déclarés, les contrevenants seront passibles d’une amende pouvant aller de 150 à 4 500 euros selon le type et la quantité d’outils de sabotage non répertoriés dont ils seraient en possession.

Un sondage effectué ce weekend montre que plus de 70% de la population se déclare satisfaite du renforcement des mesures d’identification de l’écoterrorisme qui est perçu comme une réelle menace à la prospérité économique de notre pays. 

Il appartient à chacun de définir sa stratégie de développement durable

Mardi 6 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment des individus instaurent le développement durable sur leur territoire après que soit survenu un sabotage généralisé du fonctionnement de l’économie mondialisée. Ils sont amenés à faire des choix et à définir une véritable stratégie qui anticipe le futur. Focus sur une démarche incontournable du développement durable.

La journaliste écolo : Dans votre série, après le grand sabotage, tout est à réinventer. Vos personnages sont amenés à faire des choix de développement et, à de nombreuses reprises, ils évoquent le fait d’élaborer une stratégie. Pouvez-vous expliquer ce qu’est une démarche stratégique.

Lydie (saboteuse en série) : Tout à fait. La démarche stratégique fait souvent référence à l’univers militaire ou aux échecs, mais elle s’applique aussi pour la durabilité. Dès que nos actions vont dans le sens d’un développement, nous sommes amenés à faire des choix parmi les nombreuses possibilités qui s’offrent à nous. La démarche stratégique consiste à anticiper du mieux possible les conséquences de nos choix, un peu comme aux échecs. L’anticipation est complexe car les conséquences ne sont pas linéaires. Nos choix provoquent des changements qui eux-mêmes influencent le développement souhaité. C’est comme à la guerre, quand il s’agit d’anticiper les réactions de l’adversaire.

Noémie (saboteuse en série) : Il faut préciser que la stratégie est indissociable de la vision partagée. Lorsqu’une stratégie concerne un collectif, ses membres ont en partage une vision commune du futur qu’ils envisagent. Cette vision commune permet d’identifier les objectifs stratégiques. C’est indispensable quand on cherche à anticiper les conséquences des choix. Tous n’ont pas la même capacité à répondre aux objectifs, c’est ce qui donne le critère de décision stratégique. Quand deux armées sont en guerre, c’est deux visions du monde qui s’opposent car les conséquences pour les individus ne seront pas les mêmes selon que l’une ou l’autre des armées remportent la guerre. En matière militaire, la finalité est simple : il s’agit de gagner. Cette finalité se décline en multiples objectifs stratégiques. La stratégie militaire est d’ensemble cohérent des actions qui permettent de répondre à ces objectifs.

La journaliste écolo : Pourrions-nous quitter le domaine militaire et revenir à celui du développement durable, qui nous intéresse davantage ?

Julie (saboteuse en série) : Pour le développement durable, c’est la même chose. La durabilité est une vision d’un monde respectueux des écosystèmes. Les personnes soucieuses de la Terre et de ses écosystèmes composent une même communauté et partagent la même vision du monde : celle de la durabilité, et les valeurs qui lui sont associées. En termes stratégiques, leur finalité est simple : instaurer le développement durable partout sur la Terre. Pour les objectifs stratégiques, c’est plus complexe. Disons qu’ils se divisent en deux catégories : ceux qui consiste à installer les modalités du développement durable et ceux qui visent à faire cesser les activités destructrices de la planète. Pour la première catégorie, l’échelon le plus pertinent est clairement le territoire. Il appartient à chacun des habitants d’un territoire de définir collectivement la stratégie qui permet de rendre le territoire durable. Pour les seconds, c’est plus complexe. Tout le monde ne souhaite pas s’engager dans l’affrontement contre ceux qui détruisent la planète.

La journaliste écolo : Vous avez évoqué la notion d’échelon de pertinence. Pouvez-vous préciser ?

Sophie (saboteuse en série) : En fait, il y a plein d’échelons pour mettre en œuvre une stratégie de développement durable. Le premier échelon est l’échelon individuel. Qu’est-ce que je fais, moi, en tant qu’individu, pour instaurer le développement durable ? Quels sont mes choix ? Il y a de nombreux autres échelons qui correspondent aux différentes organisations. Quelle est la stratégie de développement durable de mon entreprise, des associations dans lesquelles je m’investis, de mon îlot, de mon quartier, etc ? Avec la démarche stratégique, on s’aperçoit rapidement qu’il faut une forme de coordination pour que les choix soient cohérents. On en arrive à l’échelon du territoire, celui qui est le plus pertinent pour cette coordination. C’est pour cela que les gens font communauté sur leur territoire durable.

Nathalie (saboteuse en série) : Nous n’avons pas abordé un aspect essentiel de la démarche stratégique, qui consiste à prioriser ses actions. La stratégie comporte une grande part d’anticipation des conséquences des actions que l’on souhaite engager. Quand une action n’a pas beaucoup d’effet sur l’instauration du développement durable, elle n’est pas retenue dans une démarche stratégique. Il y a toujours beaucoup de possibilités, la stratégie indique les priorités absolues, les objectifs que l’on doit viser en premier.

La journaliste écolo : Vous pouvez donner des exemples concrets ?

Noémie (saboteuse en série) : Tout à fait. Prenons l’exemple de la stratégie individuelle. Certains œuvrent pour le développement durable en faisant pipi sous la douche. Quelle belle stratégie ! C’est sûr que ça fait avancer les choses de faire pipi sous la douche. Ce n’est pas sérieux. Toutes les stratégies ne sont pas équivalentes. Lorsqu’on veut mettre en place une stratégie individuelle, on examine toutes les options, tout ce qui permet de supprimer notre empreinte écologique et tout ce qui permet de régénérer les écosystèmes. La démarche stratégique conduit, par exemple, à prioriser le changement de banque, car c’est la finance qui a le plus gros impact sur les écosystèmes, mais aussi à ne plus prendre l’avion, à revoir son régime alimentaire, à opter pour les mobilités douces, à se vêtir en slow fashion, etc. Pour la régénérescence des écosystèmes, il s’agit de ne plus consommer de produits qui participent à leur destruction, de ne plus tondre sa pelouse, de participer à la création des jardins partagés, etc.

Lydie (saboteuse en série) : L’exemple du pipi sous la douche est une façon d’illustrer le phénomène du dédouanement. Beaucoup de personnes n’ont aucune stratégie de développement durable. Certains parce qu’ils ne se sentent pas concernés. D’autres parce qu’ils ne sont pas parvenus au stade de l’engagement en faveur du développement durable. Ceux-là connaissent une forme de conflit intérieur qui naît de la tension qui existe entre leur haut niveau de compréhension des enjeux et leur faible niveau d’engagement. Pour soutenir cette contradiction face aux autres, ils ont recours au dédouanement. Ils évoquent un engagement en faveur du développement durable qui les absout de toute autre action et qui leur permet d’affirmer qu’ils font aussi leur part.

La journaliste écolo : On est bien loin d’une démarche stratégique…

C’est par l’intelligence collective que s’appréhende la durabilité

Lundi 5 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment des citoyennes mettent en place des modalités de gouvernance partagée pour assurer le développement durable de leur territoire après le sabotage généralisé qui les a fait basculer dans le monde d’après. L’intelligence collective permet de comprendre la complexité des problèmes et de trouver les solutions adaptées. Décryptage.

La journaliste écolo : Dans beaucoup d’épisodes des saisons 2 et 3 de votre série, les personnages trouvent des solutions collectives aux problèmes de développement durable qui se posent à eux en partageant leurs expériences et en mutualisant leurs compétences. Peut-on dire qu’il s’agit là de démarches en intelligence collective ?

Lydie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Dans la série, il n’y a que de l’intelligence collective. Les personnages comprennent rapidement la logique de l’intelligence simple.

La journaliste écolo : Intelligence collective, intelligence simple… Pouvez-vous préciser la différence.

Sophie (saboteuse en série) : Cela renvoie à des logiques de compréhension des phénomènes. Ceux qui suivent une logique d’intelligence simple, postulent qu’il est possible de comprendre et d’appréhender les problèmes dans leur globalité à une échelle restreinte d’une ou plusieurs personnes. C’est la logique qui prévaut dans les systèmes de décision hiérarchique pyramidaux. Le présupposé est que les décideurs sont ceux qui ont l’intelligence de comprendre. Il y a donc une division nette entre ceux qui comprennent et ceux qui exécutent les décisions prisent par ceux qui comprennent. Mais cette logique conduit à une impasse dans les univers complexes. Dans ce cas, la logique de l’intelligence collective semble plus pertinente. Elle postule que la complexité crée des contextes spécifiques et que seuls ceux qui sont en prise avec le contexte sont à même de le comprendre. Cela conduit à reconnaître que la compréhension de la complexité n’est possible que par les partages des expériences, des compétences et des perceptions. Cela évite la prise de décision hors sol.

La journaliste écolo : C’est un peu abstrait. Pouvez-vous donner des exemples concrets ?

Nathalie (saboteuse écolo) : Très concrètement, à l’échelle d’un territoire durable ou même d’un quartier ou d’une ville, il est nécessaire d’adopter une stratégie de développement durable. Or cette stratégie dépend fortement du contexte. Les habitants doivent être en mesure de poser un diagnostic précis sur ce qui favorise ou entrave le développement durable de leur territoire. Ce diagnostic ne peut se réaliser qu’en intelligence collective. Il faut être en mesure d’évaluer les capacités de charge pour l’ensemble des ressources du territoire, ce qui est complexe. Il faut étudier les façons de réduire drastiquement l’empreinte écologique tout en renforçant les sécurités élémentaires de développement durable. C’est très complexe. Heureusement, les territoires qui se sont déjà engagés dans cette voie mutualisent volontiers les démarches qu’ils ont mis en œuvre et les outils qu’ils ont utilisés. Mais chaque territoire a ses spécificités et seule l’intelligence collective de ses habitants permet de les comprendre.

La journaliste écolo : On comprend mieux pourquoi on dit que l’intelligence collective permet d’éviter la prise de décision hors sol.

Noémie (saboteuse en série) : Oui, car sur les territoires, ceux qui œuvrent pour le développement durable construisent tout un microbiote d’activités locales qui s’enchevêtrent les unes aux autres. Ce microbiote révèle une forme d’économie durable parallèle qui se met progressivement en place et qui vient supplanter celle qui est destructrice de la planète. L’intelligence collective permet de mieux comprendre comment construire ce microbiote et de percevoir la place que chacun peut y prendre. On est très loin des décisions hors sol qui sont inapplicables dans les contextes locaux.

La gouvernance partagée s’impose sur les territoires durables      

Samedi 3 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment le développement durable s’installe sur les territoires après le sabotage généralisé des infrastructures économiques mondialisées destructrices de la planète. Elle plonge le spectateur dans un monde de gouvernance partagée où la prise de décision est collective. Explications.

La journaliste écolo : Lorsque le sabotage survient, aux saisons 2 et 3 de votre série, les personnages doivent s’organiser rapidement pour garantir les conditions de leur survie. La gouvernance qui se met en place spontanément est sous forme une forme partagée. Pouvez-vous en expliquer le fonctionnement ?

Nathalie (saboteuse en série) : Quand le sabotage intervient, les personnages sont confrontés aux réalités de la vie. L’économie mondialisée ne fonctionne plus. Seules subsiste les activités locales qui avaient été plus ou moins développées selon les territoires. Les personnages comprennent qu’il faut rapidement s’organiser pour garantir les quatre sécurités élémentaires de développement durable et que celles-ci ne peuvent être assurées que par l’action collective. De nombreux problèmes se posent et la gouvernance partagée se met spontanément en place.

La journaliste écolo : Quels sont les principes de la gouvernance partagée ?

Sophie (saboteuse en série) : La logique de la gouvernance s’oppose à celle du gouvernement par laquelle les citoyennes donnent délégation à des autorités publiques pour décider et opérer les modalités du développement. Avec la gouvernance partagée, il n’y a pas de délégation, les citoyennes sont à la fois actrices et opératrices des décisions. Dans le principe, quand un problème survient, il faut identifier les parties prenantes afin qu’elles participent aux décisions qui vont être prises. Le processus est participatif, il repose sur la démarche de décision par consentement, le même que celui qu’on retrouve dans des organisations formelles que sont les coopératives.

La journaliste écolo : Mais telle que vous la décrivez, il n’y a pas d’organe formel dédié à la décision dans le cas de la gouvernance partagée.

Noémie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Les problèmes sont multiples et les parties prenantes peuvent être très différentes selon les décisions qui sont prises. Autrement formulé, on ne retrouve pas les mêmes parties prenantes selon qu’on cherche à garantir la sécurité hydrique, la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique ou la sécurité écosystémique, même si certaines actrices du développement durable sont largement impliquées dans plusieurs de ces sécurités.

La journaliste écolo : C’est très conceptuel ! L’esprit de ce procédé est intéressant mais n’est-il pas un peu irréaliste dans son application ?

Lydie (saboteuse en série) : La gouvernance partagée est déjà appliquée de nos jours pour toutes les décisions qui sont prises en soft law. Quand les acteurs européens ou mondiaux se réunissent sur un sujet précis : l’éducation, la préservation des océans, la lutte contre le réchauffement climatique, ou d’autres sujets, ils sont dans une logique de gouvernance partagée. Il n’y a pas d’organe formel pour prendre les décisions mais ils aboutissent quand même à des accords-cadres qui ont un caractère contraignant. La logique est celle de la gouvernance partagée.

Julie (saboteuse en série) : A ceci près que les parties prenantes ne sont que des représentants des gouvernements. La logique de la gouvernance partagée est présente mais le partage n’est pas vraiment effectif au sens où ce ne sont pas les bonnes parties prenantes qui sont représentées.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Julie (saboteuse en série) : Dans la logique de la gouvernance partagée, les parties prenantes sont celles qui sont concernées, c’est-à-dire celles qui sont impactées et/ou qui peuvent aussi exercer une influence. Les parties prenantes sont à la fois décideuses et opératrices du changement, sans délégation. Un organe gouvernemental, qui est un organe de délégation, ne peut pas être une partie prenante. Il est décideur mais pas opérateur.

Noémie (saboteuse en série) : C’est ce qui explique l’impasse des accords-cadres internationaux que nous venons d’évoquer. Il y a un fort déficit d’implémentation parce que les décideurs ne sont pas opérateurs et que les opérateurs ne sont pas décideurs.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer comment la gouvernance partagée se met en place concrètement sur les territoires durables ?

Nathalie (saboteuse en série) : Lorsqu’un problème de développement durable se pose, et ils sont nombreux, la première chose à faire est de définir son échelle de pertinence, c’est-à-dire le niveau de décision approprié pour résoudre le problème. L’échelle de pertinence est toujours associée à une zone géographique. Pour l’eau, par exemple, il faut souvent raisonner en termes de bassin hydrique et faire participer toutes les parties prenantes présentes sur le bassin. Mais il peut aussi y avoir des problèmes très locaux qui ne concernent qu’un petit nombre de parties prenantes.

Sophie (saboteuse en série) : En gouvernance partagée, on applique le principe de subsidiarité. C’est un principe de décision ascendant qui veut que l’on commence toujours par l’échelon au plus proche de la réalité des citoyennes pour remonter vers les niveaux supérieurs. Il existe ainsi différents niveaux de décisions ascendants sur les territoires durables.

La journaliste écolo : Cela veut dire que les décisions pourront différentes d’un territoire à l’autre ?

Lydie (saboteuse en série) : Tout à fait ! Et heureusement que les décisions sont différentes. Les contextes sont très spécifiques d’un territoire à l’autre. Rien n’est pareil. Il est naturel que les réponses des citoyennes aux enjeux de développement durable prennent en compte les spécificités. Bien souvent, l’uniformité atteste d’un développement non durable. C’est dans la diversité que la résilience se construit. 

Un territoire durable se définit au regard de la communauté des habitants qui souhaitent s’engager dans la durabilité

Jeudi 1 juin 2023

La série « Le grand sabotage » raconte comment les habitants instaurent la durabilité sur leur territoire après que le sabotage généralisé ait détruit le fonctionnement de l’économie mercantile. Selon les saisons, elle donne à voir des territoires durables qui sont très divers dans leur composition et dans leur étendue. Retour sur la genèse des territoires durables.

La journaliste écolo : A partir de la saison 2, votre série montre aux spectateurs des territoires durables. Ils sont en phase de construction dans les saisons 2 et 3 et à maturité dans les saisons 4 et 5. Pouvez-vous revenir sur la notion de territoire durable ?

Noémie (saboteuse en série) : Un territoire durable est un territoire sur lesquels les habitants ont choisi des modalités de développement durable. C’est-à-dire qu’ils ont le souci de la préservation ou de la régénérescence des écosystèmes et qu’ils ponctionnent des ressources de matière durable en connaissance de la capacité de charge du territoire. Il s’agit d’un choix. Pour qu’un territoire devienne durable, tout dépend de la volonté de ses habitants.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer comment cela se passe, concrètement ?

Lydie (saboteuse en série) : Concrètement, sans une communauté de personnes qui se mettent en lien pour installer la durabilité, il n’y a pas de territoire durable. Ainsi, il existe autant de communautés que de territoires durables. Elles ont en commun de partager les mêmes valeurs qui sont celles de la durabilité. Sur les territoires, beaucoup d’habitants entrent dans la logique de la durabilité par intérêt, quand ils perçoivent les menaces qui pèsent sur la planète en général et sur leur territoire en particulier. Il s’agit alors de garantir les 4 sécurités élémentaires de développement durable. Or, les habitants ont besoin de coopérer pour garantir ces sécurités. C’est aussi simple que ça. Sans coopération, il n’est pas possible de garantir les sécurités élémentaires de développement durable.

La journaliste écolo : La logique de coopération est facile à comprendre mais les habitants ne se heurtent-il pas à ceux qui ont d’autres approches ?

Julie (saboteuse en série) : Vous voulez certainement parler de ceux qui exercent une activité économique qui ne profite pas au territoire. Effectivement, il y a des différences de logiques et des conflits d’intérêt entre ceux qui exploitent les ressources d’un territoire pour leur intérêt personnel et au profit d’autres territoires, mais il ne faut pas minimiser le pouvoir d’agir des habitants. Il est possible de se lancer dans de nombreuses activités qui sont au profit des habitants du territoire et qui respectent le développement durable. C’est la notion de contribution. Chacun dans son domaine peut trouver sa contribution, sa manière d’agir en faveur du développement durable.

Nathalie (saboteuse en série) : Il est vrai qu’il existe des affrontements quand les habitants d’un territoire estiment que leurs ressources sont exploitées par d’autres qui viennent détruire leur écosystème. L’affrontement est inévitable car les logiques de pensée sont incompatibles. Les habitants estiment être dans leur bon droit quand ils s’opposent à la prédation de ceux qui viennent exploiter et détruire leur écosystème local. Mais dans la majorité des cas, le développement durable s’installe progressivement, sans affrontement, dans les espaces laissés vacants par l’économie commerciale mercantile qui est en train de s’écrouler.

La journaliste écolo : Selon vous, l’économie mondiale, que vous qualifiez de commerciale et mercantile, est en train de s’écrouler.

Sophie (saboteuse en série) : Parfaitement ! C’est ce que nous montrons dans la saison 1 : l’émergence d’un microbiote économique local sur les territoires qui vient progressivement supplanter l’économie commerciale mercantile. Avec le sabotage généralisé qui intervient, la magie de la fiction permet de montrer aux spectateurs comment se déroule le processus en accéléré.

Nathalie (saboteuse en série) : Ce n’est un secret pour personne que le modèle de la grande distribution mondialisée est en train de s’écrouler, de même celui de l’agriculture intensive, pour ne prendre que les deux exemples les plus frappants. Lorsqu’un agriculteur intensif fait faillite ou qu’il part à la retraite, il laisse la place à une dizaine de fermes agroécologiques qui fournissent du travail à vingt fois plus de personnes. Celles-ci produisent dans le respect du vivant pour les habitants du territoire. Cette production locale est distribuée en circuits courts dans les quartiers qui reprennent vie avec l’ouverture de commerces et d’artisanat de proximité. C’est tout un microbiote d’activités locales en synergie les unes avec les autres qui se développe sur les territoires durables. On est bien loin de l’affrontement systématique.

La journaliste écolo : C’est le retour aux échanges locaux d’antan selon une logique très territorialisée… Mais comment se constituent les territoires durables ?

Julie (saboteuse en série) : C’est un peu le retour à la logique locale d’antan, si vous voulez, au sens où l’activité des habitants contribue au développement durable leur territoire et non à une expansion économique globalisée qui produit des richesses inégalement réparties et qui est destructrice de la planète. La logique est donc très locale mais la perception des différents territoires durables peut être très variable par leur étendue et par leur composition. Lorsqu’on raisonne à l’échelle humaine, celle des relations directes entre les individus, on distingue généralement quatre niveaux d’interactions. Le premier niveau est l’îlot urbain ou le hameau en zone rural. A cette échelle, il est déjà possible de décider collectivement de nombreuses actions qui favorisent les sécurités élémentaires de développement durable. Le second niveau est le quartier urbain ou le bourg en zone rurale. Il correspond à la zone de proximité immédiate accessible par mobilités douces. C’est le niveau privilégié de socialisation. Le principal enjeu des communautés durables consiste à redonner vie à leur quartier et à leur bourg en favorisant l’émergence et le développement d’un microbiote d’activités durables. Il va sans dire que c’est le niveau principal de la réflexion collective. Celui où chacun prend conscience de ses besoins essentiels et de la façon dont l’activité des habitants du territoire permet d’y répondre. Le niveau suivant est celui du village urbain ou de la petite ville en milieu rural. C’est un niveau incontournable de coordination des décisions puisque c’est à cette échelle qu’on retrouve la plus grande partie du panel des activités de développement durable. Le dernier niveau est celui de la ville et de sa ceinture vivrière qui est d’autant plus étendue que la ville est grande. Le territoire durable dépasse généralement ce niveau car les villes créent des liens d’interdépendance avec d’autres villes limitrophes afin de renforcer leur durabilité. Ainsi, la géométrie des territoires durables est variable. Leur étendue correspond à une zone d’activités locales cohérentes et interconnectées qui permettent d’assurer le développement durable.

Noémie (saboteuse en série) : Un territoire durable est une étendue sur laquelle toutes les activités se développent selon une cohérence globale tournée vers la durabilité. Il y aurait beaucoup de critères pour établir cette cohérence : les bassins hydriques, le relief, la nature des sols, les synergies existantes entre différents écosystèmes, etc. Mais ces critères aboutissent à des étendues qui se chevauchent partiellement. Au final, c’est l’élément culturel qui semble déterminant. Un territoire durable se définit avant tout au regard de la façon dont la communauté des habitants souhaite mettre en œuvre de la durabilité. C’est cela qui va générer le microbiote des activités de développement durable qui animent le territoire. 

Rapport d’activité du mois de mai 2023

Mercredi 31 mai 2023

Les saboteuses en série viennent de publier leur rapport d’activité du mois de mai. Les débuts sont encourageants pour ce projet de série TV écolo en culture libre. Un doute subsiste sur le respect des échéances. Entrevue.

La journaliste écolo : Vous venez de publier votre rapport d’activité pour le mois de mai. Avant de vous interroger sur son contenu, j’ai une première question. Pourquoi une telle démarche de publication. Vous n’avez pas d’actionnaires, vous n’avez de comptes à rendre à personne ?

Julie (saboteuse en série) : Notre série est un projet collectif. Il est vrai que nous avons aucun compte à rendre au sens où des personnes apporteraient leur financement et nous demanderaient de rapporter ce qu’on fait avec leur argent. Dans la logique coopérative qui est la nôtre, chacun apporte sa contribution. Cependant, il est naturel que vous tenions informés chacun des contributeurs de l’avancement du projet.

La journaliste écolo : Dans votre rapport, vous indiquez que la communauté se compose de 35 personnes environ. N’est-ce pas un peu ridicule ? Votre communauté est un groupuscule.

Sophie (saboteuse en série) : Quand nous avons lancé le projet, nous étions 5. Un mois après, nous sommes maintenant 35, c’est une belle progression. Il s’agit de personnes réellement impliquées, pas de simples likes sur un site internet ou sur un fil Mastodon. Des gens qui sont prêts à apporter leur contribution sous différentes formes.

Lydie (saboteuse en série) : Nous ne communiquons pas trop sur la série pour le moment. Notre priorité est d’avancer dans l’écriture de la saison 1. Nous sommes bien parties mais une ou deux contributrices complémentaires seraient les bienvenues. Nous avons plein d’idées qui nous permettent de finir par nous-même mais l’écriture collective est tellement enrichissante.

La journaliste écolo : C’est un projet majoritairement féminin. Vous acceptez quand même les hommes ?

Noémie (saboteuse en série) : Pour le moment, il n’y a que Stéphane comme représentant de la gent masculine. Nous acceptons les hommes mais il faut vraiment qu’ils soient écoféministes. C’est le cas de Stéphane. Il est beaucoup plus âgé que nous. En plus de son impact sur le taux de féminisation, il nous fait monter la moyenne d’âge.

La journaliste écolo : Vous n’avez absolument aucun relai, ni par les médias, ni par des personnes publiques. Comment comptez-vous sortir de la confidentialité.

Nathalie (saboteuse en série) : Nous n’avons sollicité aucun relai d’aucune sorte, il est donc normal que nous ne soyons pas relayées. C’est beaucoup trop tôt. Pour le moment, nous devons construire l’univers de la série. Nous allons alimenter les actualités pendant encore trois mois. C’est au mois de septembre qu’il y aura suffisamment de contenus pour envisager des relais.

La journaliste écolo : Puisque vous évoquez des aspects de calendrier. Pouvez-vous nous dire quand débutera le tournage ?

Julie (saboteuse en série) : Pour la saison 1, le tournage doit débuter au début du mois d’avril 2024 et s’échelonner sur 4 mois. Mais le tournage dépendra de l’audience estimée.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Noémie (saboteuse écolo) : Pour le tournage, les nombreuses contributions sont réunies au sein de la coopérative. Il y a beaucoup d’énergie et de bonnes volontés mais il sera nécessaire de recourir à un financement participatif. Ce financement ne sera lancé que si l’audience estimée permet de montrer que la diffusion de la série rencontrera son public.

Sophie (saboteuse en série) : Dans un projet comme le nôtre, l’audience estimée est de 40 000 spectateurs qui doit être atteinte vers le mois de mars 2024.

La journaliste écolo : Pour le moment, l’audience estimée est de 35 personnes, si je comprends bien. Laissez-moi vous dire que vous avez du chemin à parcourir…

Nathalie (saboteuse en série) : Nous sommes parties à 5 au début du mois et nous sommes déjà à 35, en ne sollicitant que les contributrices. Il suffit que l’audience double tout les mois pour atteindre notre audience souhaitée au début du mois d’avril.

La journaliste écolo : Vous êtes optimistes, les filles…

Lydie (saboteuse en série) : L’optimisme, c’est le trait de personnalité commun à ceux qui se lancent dans le développement durable. Il faut être optimiste, nous le revendiquons, sinon on ne ferait rien.