Mardi 30 mai 2023
La série « Le grand sabotage » projette le spectateur dans le monde d’après. Elle montre comment les habitants d’un territoire s’organisent et coopèrent pour garantir les 4 sécurités élémentaires de développement durable et assurer les conditions d’habitabilité. En la matière, les contextes peuvent être très différents d’un territoire à l’autre. Décryptage.
La journaliste écolo : Les saisons 2 et 3 de votre série « Le grand sabotage » se déroulent sur le même espace-temps. Elles montrent comment les habitants s’organisent dans les mois qui suivent le grand sabotage. Cependant, les conditions de survie, puisque c’est de cela qu’il s’agit, semblent bien différentes si l’on compare le village de campagne de la saison 2 et la grande métropole de la saison 3. Pouvez-vous donner des précisions sur ces différences de contexte ?
Lydie (saboteuse en série) : Vous avez tout à fait raison d’évoquer les conditions de la survie. Lorsque le développement n’est pas durable sur un territoire, c’est bien la survie des habitants qui est menacée. Celles des générations actuelles et surtout, celle des générations futures. Dans les temps anciens, quand les ressources d’un territoire étaient épuisées, les populations avaient toujours la possibilité de migrer à grande échelle. De nos jours, cela ne semble plus envisageable.
Nathalie (saboteuse en série) : Les territoires ont tous une capacité de charge qui leur est propre. Cette capacité de charge est à relier avec la population du territoire. Lorsque celle-ci est dépassée, le territoire est obligé d’importer des ressources à partir des autres territoires.
La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer ce qu’est la capacité de charge ?
Noémie (saboteuse en série) : C’est une notion complexe car les capacités de charge diffèrent selon les types de ressources : l’eau, les terres cultivables, les types d’écosystèmes, les conditions météorologiques, etc. La capacité de charge globale ne veut pas dire grand-chose. Un territoire peut être en dépassement sur certaines ressources et en excédant sur d’autres.
Sophie (saboteuse en série) : Comme indice synthétique, la capacité de charge globale donne quand-même une approximation de la quantité de population humaine que le territoire est capable d’accueillir.
La journaliste écolo : Oui, mais les territoires en dépassement ont toujours la possibilité d’importer des ressources…
Julie (saboteuse en série) : C’est bien là tout le problème. Quand on raisonne à l’échelle de la planète entière et qu’on rapporte les ressources à la population mondiale, on s’aperçoit que nous sommes en train d’approcher la capacité de charge pour certaines ressources et qu’on est déjà en dépassement pour d’autres. Sans compter les ressources qu’il faudrait maintenir pour les générations futures. Lorsque les contraintes se resserrent, les territoires ne sont plus aussi disposés à exporter leurs ressources vers les autres.
La journaliste écolo : Pouvez-vous donner des exemples concrets de ce que vous avancez ?
Sophie (saboteuse en série) : L’eau est un bon exemple. Sous l’effet du réchauffement climatique, les ressources en eau sont inégalement réparties selon les territoires. Certains bénéficient de précipitations plus abondantes quand d’autres connaissent des sécheresses. La raréfaction de l’eau conduit à augmenter les besoins d’importation de certains territoires et à réduire les capacités d’exportation dans d’autres. Concrètement, des restrictions sont maintenant posées sur certains pipelines qui acheminent l’eau d’un territoire à un autre. Le raisonnement vaut aussi pour l’eau virtuelle.
La journaliste écolo : C’est-à-dire ? Pouvez-vous expliquer ce qu’est l’eau virtuelle ?
Nathalie (saboteuse en série) : Il s’agit de l’eau qui est incorporée dans le processus de production des biens et services. Produire des céréales, des vêtements, des automobiles ou de la viande bovine nécessite beaucoup d’eau. Ce ne sont que des exemples. L’eau virtuelle existe dans tous les biens et services mais à différents degrés.
Noémie (saboteuse en série) : Quand les territoires importent des céréales, ils importent aussi de l’eau virtuelle, ce qui est heureux pour ceux qui sont en stress hydrique et qui ne disposent pas des ressources en eau leur permettant de cultiver des céréales sur leur sol. A l’échelle mondiale, on peut ainsi voir les importations et exportations nettes en eau virtuelle, ce qui permet de voir les dépendances des territoires les uns avec les autres. Certains ont largement dépassé leur capacité de charge par rapport à l’eau mais cela est compensé par le fait que d’autres sont en excédant. Cependant, le stress hydrique étant en augmentation nette, la tendance des échanges d’eau virtuelle va vers une diminution significative.
Sophie (saboteuse en série) : L’exemple donné est celui de l’eau mais cela est aussi vrai pour de nombreuses autres ressources.
La journaliste écolo : Les territoires devront ainsi compter davantage sur eux-mêmes pour garantir leurs sécurités élémentaires de développement durables ?
Julie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Après plusieurs décennies d’une mondialisation effrénée qui a instauré une interdépendance généralisée, on assiste à un mouvement de re-territorialisation. Celui-ci s’accélère au fur et à mesure que les conditions d’habitabilité se dégradent.
Lydie (saboteuse en série) : Un autre facteur à prendre en compte est l’érosion des sols qui atteint un niveau effrayant à l’échelle de la planète. Celle-ci est principalement le fait de plusieurs décennies de pratiques d’agriculture industrielle qui ont détruit les microbiotes présents dans les sols. Dans certains territoires, les sols sont devenus de la poussière à laquelle on ajoute des engrais chimiques pour permettre des monocultures intensives issues de semences modifiées, les seules capables de pousser dans des conditions si éloignées des réalités biologiques. Mais on arrive au terme de ce modèle hautement destructeur des écosystèmes et de la biodiversité. Restaurer la capacité de charge des territoires dépendra de l’habilité des habitants à régénérer les microbiotes. Une course contre la montre est déjà engagée sur certains territoires.
