Les outils de gestion sont indispensables pour le calcul de la durabilité des territoires

Samedi 8 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, on découvre des habitants qui ont le souci constant du calcul de la durabilité de leur territoire. Rencontre avec les saboteuses en série qui reviennent sur les pratiques de gestion du monde d’après.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, on découvre des habitants qui sont obnubilés par les indicateurs de durabilité de leur territoire. Un peu comme certaines personnes sont obnubilés, de nos jours, par les indicateurs de rentabilité. Pouvez-vous revenir sur la façon dont les nouveaux outils de gestion se sont mis en place dans les territoires durables ?

Valérie (saboteuse en série) : La comparaison avec l’obsession de la rentabilité a une forme de pertinence. Dans le monde d’après, celui qui suit le grand sabotage, les calculs de rentabilité n’ont plus aucun sens. A l’inverse, comme vous le dites, les habitants sont obnubilés par la durabilité de leur territoire. Le développement durable est une véritable obsession pour eux, un peu comme la recherche du profit est obsessionnelle, de nos jours, chez certaines personnes peu scrupuleuses du bien-être des autres. La durabilité est une valeur partagée qui dicte les principes d’action. Cependant, dans un monde complexe où, selon une éthique conséquentialiste, il s’agit de connaître et d’apprécier les conséquences de ses actes, les outils de mesure ont toutes leur place. Ces outils sont proposés par la communauté scientifique mondiale. Il s’agit de véritables outils de gestion qui donnent des indicateurs sur la durabilité d’un territoire.

La journaliste écolo : Vous pouvez donner des exemples ?

Lydie (saboteuse en série) : Il existe quinze indicateurs principaux qui permettent de mesurer la durabilité d’un territoire, même si d’autres indicateurs périphériques peuvent être aussi utilisés pour donner une analyse plus fine. La plupart de ces indicateurs expriment la biocapacité du territoire en rapport avec sa population. Pour prendre l’exemple du taux de couverture des besoins hydriques, il s’agit du rapport entre les ressources en eau du territoire et les besoins des habitants pris au sens large, c’est-à-dire pour la consommation domestique et pour la production dans toutes ses dimensions. Si les ressources ne couvrent pas les besoins, le territoire n’est pas durable en eau. Il faut chercher à réduire les besoins sachant que les ressources en eau ont tendance à diminuer sur certains territoires.

La journaliste écolo : Vous avez d’autres exemples ?

Julie (saboteuse en série) : Le raisonnement est le même pour le taux de couverture des besoins alimentaires. Il existe un indicateur global qui montre la façon dont les besoins alimentaires sont couverts par la production locale. Cet indicateurs est nuancé selon les types de productions alimentaires, ce qui met en évidence tout un système d’échange avec les autres territoires sous forme d’importations et d’exportations alimentaires qui s’effectuent selon les excédents respectifs des différents territoires.

La journaliste écolo : Durabilité ne signifie donc pas autarcie ?

Sophie (saboteuse en série) : Absolument pas ! En fonction des ressources spécifiques dont ils disposent, tant humaines que naturelles, il se développe sur les territoires durables tout un microbiote d’activités économiques internes qui ont pour vocation à répondre aux besoins essentiels des habitants. Les excédents existent cependant, ils sont la base des échanges avec les autres territoires, c’est ainsi que se développe le macrobiote des activités économiques entre les territoires.

Julie (saboteuse en série) : De nombreux indicateurs de durabilité sont des taux de couverture ou de biosourcing territorial : pour la construction, l’habillement, les produits cosmétiques, etc. A chaque fois le raisonnement est le même, il s’agit de voir ce qui est couvert par le microbiote local et ce qui participe aux échanges du macrobiote entre territoires.

La journaliste écolo : Si vous me permettez une remarque, les indicateurs économiques des productions qui sont générées sur les territoires ne présagent pas du caractère respectueux des écosystèmes…

Valérie (saboteuse en série) : Vous avez tout à fait raison car le caractère respectueux des écosystèmes est pris en compte par d’autres indicateurs : le taux de préservation des écosystèmes naturels, le volume de la biomasse territoriale, le taux d’absorption des déchets, le volume de la pollution territoriale, le taux de gestion commune des ressources naturelles. Ce sont des indicateurs synthétiques qui s’appliquent à l’ensemble des activités et qui permettent d’affiner la stratégie de développement durable de chaque territoire.

La journaliste écolo : Il existe aussi des indicateurs de service public ?

Noémie (saboteuse en série) : Tout à fait. Le développement durable comprend aussi la nécessité de préserver le maillage territorial des services publics de santé et d’éducation.

Les territoires durables revendiquent l’autonomie fiscale

Vendredi 7 juillet 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. La saison 5 montre comment de nouvelles institutions se mettent en place pour garantir la protection du vivant. On découvre des territoires durables qui ont la volonté de se coordonner mais qui, tous, revendiquent l’autonomie fiscale. Explications.

La journaliste écolo : La saison 5 de votre série montre comment les habitants de la planète mettent en place de nouvelles institutions. Vous nous aviez déjà expliqué le choix des territoires comme base de l’organisation sociale, économique et juridique. Dans la série, on découvre que les habitants des différents territoires ont la volonté farouche de préserver leur autonomie fiscale. Pouvez-vous expliquer les raisons de ce choix ?

Lydie (saboteuse en série) : La fiscalité permet de financer les services publics et d’orienter l’économie par le biais des subventions qui sont accordées à des coopératives privées ou par le biais d’une taxation sélective et incitative. En la matière, l’empreinte fiscale n’est pas neutre. Dans la série, les habitants ont souffert trop longtemps d’une empreinte fiscale qui leur échappait, d’où le souhait de garder l’autonomie fiscale.

La journaliste écolo : Pouvez-vous préciser la notion d’empreinte fiscale ?

Noémie (saboteuse en série) : L’empreinte fiscale est celle qui est générée par les investissements publics et les subventions publiques. Celle-ci peut être négative, lorsque les investissements et les subventions permettent la régénérescence des écosystèmes. Elle peut aussi être fortement positive lorsque les investissements et les subventions portent sur des activités destructrices de la planète.

La journaliste écolo : Vous pensez que c’est le cas aujourd’hui ?

Sophie (saboteuse en série) : Il est de notoriété publique que l’Europe ou les États-Unis subventionnent massivement l’agro-industrie qui est fortement destructrice du vivant. Il en est de même pour de nombreux investissements publics. Dans une large mesure, on peut aussi dire que les services publics de police et de défense nationale ont pour mission la protection d’entreprises privées qui sont fortement destructrices de la planète. Pour des citoyennes de la durabilité, c’est frustrant de constater que leur empreinte fiscale est souvent la seule empreinte écologique résiduelle car c’est une empreinte sur laquelle elles n’ont pas de prise.

La journaliste écolo : Vous pouvez préciser ?  

Julie (saboteuse en série) : L’empreinte écologique revêt de multiples dimensions : empreinte eau, empreinte matière, empreinte carbone, empreinte numérique, empreinte financière, empreinte plastique, empreinte écosystémique et l’empreinte fiscale. Pour une citoyenne de la durabilité, qui est dans une logique de suppression de son empreinte individuelle, il est assez facile d’atteindre ses objectifs dans de nombreuses dimensions : réduire son émission de CO2 à deux tonnes par an, ne plus faire de déchets plastiques, confier son argent à une banque durable, réduire son empreinte matière, raisonner sa consommation numérique, etc. Souvent, l’empreinte écologique globale est nulle ou très faible, sauf pour la dimension fiscale. Pour une citoyenne qui ne veut aucune empreinte, c’est révoltant de devoir supporter des choix qui ne sont pas les siens. C’est pourquoi les habitants des territoires durables revendiquent l’autonomie fiscale. Ils ne veulent pas être à la merci d’une autorité qui imposerait des choix budgétaires à forte empreinte écologique.

Toute l’industrie n’est pas nécessairement mondialisée

Mercredi 21 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, on découvre comme les industries, de taille raisonnée, fabriquent des produits écoconçus, à destination des habitants de leur territoire d’implantation. Exploration.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, alors que les effets du grand sabotage ont été absorbés et que le développement durable est devenu une réalité sur les territoires, on découvre des productions de nature industrielle. Il n’y a donc pas que de l’artisanat dans le monde d’après ?

Lydie (saboteuse en série) : L’industrialisation repose sur une logique d’efficacité de production, mais très vite, elle peut se faire au détriment de la préservation des écosystèmes. Pour ceux qui ont le souci de la durabilité, l’industrialisation n’a de sens que si le gain d’efficacité se fait dans le respect de l’empreinte écologique. Bien entendu, il convient de ne fabriquer que des produits écoconçus. Mais l’industrialisation repose aussi sur une logique d’autonomisation des territoires. L’industrie se développe pour satisfaire les besoins des habitants du territoire d’implantation.

La journaliste écolo : Cela veut dire que chaque territoire dispose de ses propres usines ? N’y a-t-il pas là beaucoup de redondances ?

Noémie (saboteuse en série) : C’est le carcan d’une vision mondialisée de l’économie qui vous fait voir des redondances. Si vous adoptez plutôt l’angle de vue territorial et que vous vous mettez dans la peau des habitants qui se coordonnent de façon intégrée à l’échelle de leur territoire, vous verrez qu’il est possible de faire naître de nombreuses usines dont les productions se limitent à l’échelle territoriale.

Julie (saboteuse en série) : Et quand on parle d’usines, il s’agit de réalités physiques. Il va sans dire que l’organisation en leur sein se fait sous forme de coopérative qui permet une juste répartition des bénéfices.

La journaliste écolo : Vous pouvez donner des exemples concrets pour ces usines ?

Sophie (saboteuse en série) : Oui, tout à fait. Les usines textiles qui fournissent les vêtements et les chaussures des habitants du territoire. Les usines de meubles, de petits ustensiles, d’outils, etc. Toutes ces usines ont un approvisionnement local. Elles participent au dynamisme du microbiote économique de leur territoire d’implantation.

La journaliste écolo : Donc chaque territoire vit un peu en autarcie, si je comprends bien ?

Julie (saboteuse en série) : Ce n’est pas aussi simple car il existe des effets de seuil et des effets d’accès aux matières premières.

La journaliste en série : Vous pouvez préciser ?

Julie (saboteuse en série) : L’effet de seuil existe lorsque la population d’un territoire n’est pas suffisante pour alimenter une demande qui permet l’efficacité de la production industrielle. Prenons l’exemple d’un smartphone. Les usines d’assemblage peuvent exister à l’échelle d’un territoire mais pour la production des composants, il faut des usines qui ont un ancrage national, ou bien même, continental. Le territoire qui dispose d’une telle usine, dispose d’un avantage spécifique et exporte vers les autres territoires. Cela est compensé par les importations liées au fait que les autres territoires ont d’autres avantages spécifiques qui sont notamment liées aux ressources naturelles dont ils disposent.

La journaliste écolo : Il existe donc tout un réseau d’échanges entre les territoires durables.

Noémie (saboteuse en série) : Oui, c’est ce qu’on appelle le macrobiote économique, que l’on distingue du microbiote qui lui, ne sort pas des limites du territoire durable. C’est ce que la série montre dans les saisons 4 et 5. Il y a des ajustements constants de développement durable au sein d’un territoire, qui fait évoluer son microbiote économique. Mais ces ajustements existent aussi entre les territoires, ce qui impacte le macrobiote économique. 

Les saboteuses en série souhaitent accélérer l’implantation de l’agroécologie sur les territoires

Lundi 19 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans les saisons 4 et 5, l’agroécologie a totalement supplanté l’agro-industrie chimique, ce qui a rendu les territoires durables. La recherche de la durabilité des territoires est un mouvement qui a déjà commencé mais qui est encore trop timide selon les saboteuses en série. Explications.

La journaliste écolo : Dans les saisons 4 et 5 de votre série, l’agroécologie a totalement supplanté l’agro-industrie. Est-ce vraiment réaliste de ne pas recourir aux intrants ?

Noémie (saboteuse en série) : Les intrants chimiques (pesticides, herbicides, fongicides et engrais non organiques) sont destructeurs des microbiotes des sols. Être réaliste, c’est arrêter cette folie destructrice du vivant. Toute la vie qui est visible à la surface de la Terre, qu’elle soit végétale ou animale, prend ses racines dans cette couche souterraine microbiologique de 30 centimètres. C’est comme une fine pellicule de vie organique qui est déposée, partout sous nos pieds. En détruisant cette pellicule, l’agriculture chimique transforme les sols en poussières, les terres fertiles en déserts. Il faut être réaliste, en effet, et stopper le processus de destruction des sols qui est principalement d’origine anthropique.

Lydie (saboteuse en série) : Surtout que les intrants ne sont pas éternels. Ils vont bientôt s’épuiser, eux-aussi. Être réaliste, c’est anticiper les besoins alimentaires et adapter l’agriculture des territoires en conséquence. 

La journaliste écolo : Dans la saison 1, il existe déjà des fermes agroécologiques implantées sur les territoires, qui alimentent des épiceries durables. Il se développe ainsi une forme d’économie locale parallèle à l’économie mondialisée. A terme, on peut supposer que l’agroécologie viendra supplanter l’agro-industrie ? 

Nathalie (saboteuse en série) : Le mouvement de réappropriation des terres existe déjà sur de nombreux territoires mais il est trop beaucoup timide pour inverser le processus destructeur.

La journaliste écolo : Pourquoi évoquez-vous une réappropriation ?

Julie (saboteuse en série) : La conversion vers l’agro-industrie productiviste s’est faite à marche forcée à partir des années 50. Les industriels ont ainsi racheté des terres aux paysans ou alors des paysans se sont eux-mêmes convertis à l’agriculture industrielle. Dans les deux cas, il y a changement de logique. La terre n’est plus cultivée pour subvenir aux besoins des habitants du territoire mais pour des productions qui viennent alimenter le marché mondial. L’agro-industrialisation marque le déclin de l’agriculture paysanne. Il y a donc bien une logique de réappropriation. Il faut se réapproprier les terres conquises par l’agro-industrie pour les reconvertir à l’agriculture paysanne, qui avait été la logique agricole pendant les 12 000 années d’histoire de l’humanité.

La journaliste écolo : Et selon vous, le processus de réappropriation est beaucoup trop timide.

Sophie (saboteuse en série) : A l’échelle de la planète, il y beaucoup plus de terres qui sont préemptées par l’agro-industrie, ou par l’artificialisation des sols, que de terres qui reviennent à l’agriculture paysanne. Regardez les catastrophes au Brésil ou en Nouvelle-Guinée…

Lydie (saboteuse en série) : C’est le cas aussi en France. Il est vrai que certaines exploitations agro-industrielles reviennent à l’agriculture paysanne. Mais nous sommes loin du compte…

La journaliste écolo : Je vous interromps… Pouvez-vous clarifier la différence entre agroécologie et agriculture paysanne ?

Noémie (saboteuse en série) : Ce sont des différences de logique qui ne sont absolument pas exclusives l’une de l’autre. L’agriculture paysanne est une agriculture qui est tournée vers les besoins locaux, ceux des habitants du territoire. La logique n’est pas celle des marchés mondiaux. L’agroécologie est une agriculture totalement respectueuse de le Terre qui n’utilise pas d’intrants chimiques. De nos jours, beaucoup de paysans ont des fermes agroécologiques. La conversion est rendue nécessaire du fait de l’augmentation du coût des intrants et de la dépendance aux semences brevetées qui offrent une moins bonne résistance au réchauffement climatique.

La journaliste écolo : Pourtant vous dites que cette conversion est trop timide ?

Nathalie (saboteuse en série) : Beaucoup trop timide ! En France, la moitié des exploitants agricoles vont partir à la retraite dans les dix prochaines années. Si on voulait convertir leurs exploitations en agroécologie qui est beaucoup plus intensive en personnes, il faudrait l’installation d’environ 400 000 agriculteurs écologiques. Nous sommes loin du compte. Il faut davantage de vocations et davantage de formations.

Lydie (saboteuse en série) : Et puis aussi, il manque une aide au financement. Le Crédit Agricole avait été l’outil financier de l’implantation de l’agro-industrie d’après-guerre. Il faudrait l’équivalent éthique pour les besoins actuels de l’agroécologie : des banques durables, implantées sur les territoires, qui favorisent le financement des implantations durables.

Julie (saboteuse en série) : Le foncier agricole est devenu un enjeu majeur. Il faut se réapproprier les terres. Chacun devrait avoir à cœur d’orienter son épargne vers les banques durables qui financent l’agroécologie locale.

Le grand sabotage est un plaidoyer contre les limito-sceptiques

Lundi 12 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment les habitants d’un territoire instaurent les modalités du développement durable en préservant les écosystèmes et en ponctionnant les ressources de manière durable. Dans cette fiction, le grand sabotage intervient avant que les populations dépassées toutes les limites planétaires. Focus sur la logique extractive qui conduit à la destruction de la planète.

La journaliste écolo : Dans votre série, juste après le grand sabotage, vos personnages ont le souci de mettre en place les modalités du développement durable qui s’inscrit dans le respect des limites planétaires. Beaucoup d’épisodes de la saison 4 font référence à ces limites planétaires. Pouvez-vous expliquez quelles sont ces limites ?

Noémie (saboteuse en série) : Les limites planétaires sont normalement apprises au collège, faut-il vraiment les rappeler ?

La journaliste écolo : Un petit rafraichissement de la mémoire ne peut pas faire de mal…

Sophie (saboteuse en série) : Pour ne faire que les citer, sans détailler chacune d’elles, nous pouvons rappeler ces neuf limites : le changement climatique, les pertes de biodiversité, les perturbations globales du cycle de l’azote et du phosphore, l’usage des sols, l’acidification des océans, la diminution de la couche d’ozone, les aérosols thermiques, l’usage de l’eau douce ainsi que l’introduction de nouvelles entités dans la biosphère (la pollution chimique).

La journaliste écolo : Cela n’a rien à voir avec l’épuisement des ressources alors ?

Lydie (saboteuse en série) : Les limites planétaires ont été mises en avant par les scientifiques selon une analyse systémique. Il s’agit de considérer la Terre comme un écosystème global qui a ses logiques de régulation.

La journaliste écolo : C’est l’hypothèse Gaïa ?

Lydie (saboteuse en série) : Oui, c’est tout à fait ça. Considérée comme un tout, la Terre est un écosystème complexe qui s’autorégule dans les modalités de son développement. Cette autorégulation se fait à l’intérieur de limites. Le dépassement de ces limites amènent à des perturbations majeures qui altèrent le caractère harmonieux du développement et qui le conduisent vers des trajectoires destructrices.

La journaliste écolo : Destructrices de quoi ?

Nathalie (saboteuse en série) : Destructrices de tout, avec des effets d’entraînement, des enchainements de causes à effets. Le réchauffement climatique altère la fertilité des sols, leur érosion atteste la perte de microbiotes, l’acidification des océans entrave le développement de la vie organique, etc.

Noémie (saboteuse en série) : Ce sont les conditions du développement de la vie sur Terre qui sont altérées en cas de dépassement des limites planétaires. Or, de nos jours, les humains ont un fort impact sur le développement de l’écosystème Terre. On estime que quatre des neuf limites sont déjà franchies : le changement climatique, l’intégrité de la biosphère, la destruction des sols par l’agro-industrie et les perturbations des cycles de l’azote et du phosphore.

Lydie (saboteuse en série) : Les limito-septiques sont ceux qui refusent de voir que certaines limites sont dépassées et que nous allons tout droit vers le dépassement des autres.

La journaliste écolo : Mais c’est une vision apocalyptique que vous donnez à voir !

Julie (saboteuse en série) : Ce n’est pas une vision apocalyptique. C’est plutôt celle d’une inversion du développement. Toute l’histoire de la Terre est celle du développement de la vie et de l’irruption de la biodiversité. C’est ce qui la distingue des autres planètes. Nous assistons actuellement à une inversion du phénomène. L’éclosion de la vie sur Terre marque le pas. Son développement n’est plus durable. Il est destructeur au sens où on assiste au début du déclin de la vie. C’est un déclin progressif, invisible à l’échelle d’une vie humaine, il n’est donc pas apocalyptique.

Nathalie (saboteuse en série) : La vie décline car les conditions d’habitabilité sont remises en cause progressivement, pour les humains comme pour les autres espèces vivantes. C’est une évidence sur certains territoires mais ça devient aussi une réalité à l’échelle de la planète. Les limito-septiques sont ceux qui sont dans le déni de cette réalité.

La journaliste écolo : Et pour l’épuisement des ressources ?

Sophie (saboteuse en série) : C’est une autre approche. Celle qui consiste à montrer que le modèle de croissance économique actuel est naturellement limité par les capacités extractives des ressources qu’il utilise. La sortie de ce modèle se fera immanquablement au moment de l’épuisement des ressources, lorsque la parenthèse thermo-industrielle se refermera. La encore, certains pensent que les ressources fossiles sont inépuisables alors que, depuis plus de cinquante ans, les modèles prédisent leur point d’épuisement avec précision. Ce sont aussi des limito-septiques en quelque sorte.

Noémie (saboteuse en série) : Le problème c’est que nous nous approchons dangereusement du seuil de dépassement des limites planétaires et que celles-ci risquent d’être franchies avant l’épuisement des ressources qui marquera la fin du modèle de croissance économique destructeur de la planète.

La gouvernance partagée s’impose sur les territoires durables      

Samedi 3 juin 2023

La série « Le grand sabotage » montre comment le développement durable s’installe sur les territoires après le sabotage généralisé des infrastructures économiques mondialisées destructrices de la planète. Elle plonge le spectateur dans un monde de gouvernance partagée où la prise de décision est collective. Explications.

La journaliste écolo : Lorsque le sabotage survient, aux saisons 2 et 3 de votre série, les personnages doivent s’organiser rapidement pour garantir les conditions de leur survie. La gouvernance qui se met en place spontanément est sous forme une forme partagée. Pouvez-vous en expliquer le fonctionnement ?

Nathalie (saboteuse en série) : Quand le sabotage intervient, les personnages sont confrontés aux réalités de la vie. L’économie mondialisée ne fonctionne plus. Seules subsiste les activités locales qui avaient été plus ou moins développées selon les territoires. Les personnages comprennent qu’il faut rapidement s’organiser pour garantir les quatre sécurités élémentaires de développement durable et que celles-ci ne peuvent être assurées que par l’action collective. De nombreux problèmes se posent et la gouvernance partagée se met spontanément en place.

La journaliste écolo : Quels sont les principes de la gouvernance partagée ?

Sophie (saboteuse en série) : La logique de la gouvernance s’oppose à celle du gouvernement par laquelle les citoyennes donnent délégation à des autorités publiques pour décider et opérer les modalités du développement. Avec la gouvernance partagée, il n’y a pas de délégation, les citoyennes sont à la fois actrices et opératrices des décisions. Dans le principe, quand un problème survient, il faut identifier les parties prenantes afin qu’elles participent aux décisions qui vont être prises. Le processus est participatif, il repose sur la démarche de décision par consentement, le même que celui qu’on retrouve dans des organisations formelles que sont les coopératives.

La journaliste écolo : Mais telle que vous la décrivez, il n’y a pas d’organe formel dédié à la décision dans le cas de la gouvernance partagée.

Noémie (saboteuse en série) : C’est tout à fait ça. Les problèmes sont multiples et les parties prenantes peuvent être très différentes selon les décisions qui sont prises. Autrement formulé, on ne retrouve pas les mêmes parties prenantes selon qu’on cherche à garantir la sécurité hydrique, la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique ou la sécurité écosystémique, même si certaines actrices du développement durable sont largement impliquées dans plusieurs de ces sécurités.

La journaliste écolo : C’est très conceptuel ! L’esprit de ce procédé est intéressant mais n’est-il pas un peu irréaliste dans son application ?

Lydie (saboteuse en série) : La gouvernance partagée est déjà appliquée de nos jours pour toutes les décisions qui sont prises en soft law. Quand les acteurs européens ou mondiaux se réunissent sur un sujet précis : l’éducation, la préservation des océans, la lutte contre le réchauffement climatique, ou d’autres sujets, ils sont dans une logique de gouvernance partagée. Il n’y a pas d’organe formel pour prendre les décisions mais ils aboutissent quand même à des accords-cadres qui ont un caractère contraignant. La logique est celle de la gouvernance partagée.

Julie (saboteuse en série) : A ceci près que les parties prenantes ne sont que des représentants des gouvernements. La logique de la gouvernance partagée est présente mais le partage n’est pas vraiment effectif au sens où ce ne sont pas les bonnes parties prenantes qui sont représentées.

La journaliste écolo : C’est-à-dire ?

Julie (saboteuse en série) : Dans la logique de la gouvernance partagée, les parties prenantes sont celles qui sont concernées, c’est-à-dire celles qui sont impactées et/ou qui peuvent aussi exercer une influence. Les parties prenantes sont à la fois décideuses et opératrices du changement, sans délégation. Un organe gouvernemental, qui est un organe de délégation, ne peut pas être une partie prenante. Il est décideur mais pas opérateur.

Noémie (saboteuse en série) : C’est ce qui explique l’impasse des accords-cadres internationaux que nous venons d’évoquer. Il y a un fort déficit d’implémentation parce que les décideurs ne sont pas opérateurs et que les opérateurs ne sont pas décideurs.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer comment la gouvernance partagée se met en place concrètement sur les territoires durables ?

Nathalie (saboteuse en série) : Lorsqu’un problème de développement durable se pose, et ils sont nombreux, la première chose à faire est de définir son échelle de pertinence, c’est-à-dire le niveau de décision approprié pour résoudre le problème. L’échelle de pertinence est toujours associée à une zone géographique. Pour l’eau, par exemple, il faut souvent raisonner en termes de bassin hydrique et faire participer toutes les parties prenantes présentes sur le bassin. Mais il peut aussi y avoir des problèmes très locaux qui ne concernent qu’un petit nombre de parties prenantes.

Sophie (saboteuse en série) : En gouvernance partagée, on applique le principe de subsidiarité. C’est un principe de décision ascendant qui veut que l’on commence toujours par l’échelon au plus proche de la réalité des citoyennes pour remonter vers les niveaux supérieurs. Il existe ainsi différents niveaux de décisions ascendants sur les territoires durables.

La journaliste écolo : Cela veut dire que les décisions pourront différentes d’un territoire à l’autre ?

Lydie (saboteuse en série) : Tout à fait ! Et heureusement que les décisions sont différentes. Les contextes sont très spécifiques d’un territoire à l’autre. Rien n’est pareil. Il est naturel que les réponses des citoyennes aux enjeux de développement durable prennent en compte les spécificités. Bien souvent, l’uniformité atteste d’un développement non durable. C’est dans la diversité que la résilience se construit. 

Un territoire durable se définit au regard de la communauté des habitants qui souhaitent s’engager dans la durabilité

Jeudi 1 juin 2023

La série « Le grand sabotage » raconte comment les habitants instaurent la durabilité sur leur territoire après que le sabotage généralisé ait détruit le fonctionnement de l’économie mercantile. Selon les saisons, elle donne à voir des territoires durables qui sont très divers dans leur composition et dans leur étendue. Retour sur la genèse des territoires durables.

La journaliste écolo : A partir de la saison 2, votre série montre aux spectateurs des territoires durables. Ils sont en phase de construction dans les saisons 2 et 3 et à maturité dans les saisons 4 et 5. Pouvez-vous revenir sur la notion de territoire durable ?

Noémie (saboteuse en série) : Un territoire durable est un territoire sur lesquels les habitants ont choisi des modalités de développement durable. C’est-à-dire qu’ils ont le souci de la préservation ou de la régénérescence des écosystèmes et qu’ils ponctionnent des ressources de matière durable en connaissance de la capacité de charge du territoire. Il s’agit d’un choix. Pour qu’un territoire devienne durable, tout dépend de la volonté de ses habitants.

La journaliste écolo : Pouvez-vous expliquer comment cela se passe, concrètement ?

Lydie (saboteuse en série) : Concrètement, sans une communauté de personnes qui se mettent en lien pour installer la durabilité, il n’y a pas de territoire durable. Ainsi, il existe autant de communautés que de territoires durables. Elles ont en commun de partager les mêmes valeurs qui sont celles de la durabilité. Sur les territoires, beaucoup d’habitants entrent dans la logique de la durabilité par intérêt, quand ils perçoivent les menaces qui pèsent sur la planète en général et sur leur territoire en particulier. Il s’agit alors de garantir les 4 sécurités élémentaires de développement durable. Or, les habitants ont besoin de coopérer pour garantir ces sécurités. C’est aussi simple que ça. Sans coopération, il n’est pas possible de garantir les sécurités élémentaires de développement durable.

La journaliste écolo : La logique de coopération est facile à comprendre mais les habitants ne se heurtent-il pas à ceux qui ont d’autres approches ?

Julie (saboteuse en série) : Vous voulez certainement parler de ceux qui exercent une activité économique qui ne profite pas au territoire. Effectivement, il y a des différences de logiques et des conflits d’intérêt entre ceux qui exploitent les ressources d’un territoire pour leur intérêt personnel et au profit d’autres territoires, mais il ne faut pas minimiser le pouvoir d’agir des habitants. Il est possible de se lancer dans de nombreuses activités qui sont au profit des habitants du territoire et qui respectent le développement durable. C’est la notion de contribution. Chacun dans son domaine peut trouver sa contribution, sa manière d’agir en faveur du développement durable.

Nathalie (saboteuse en série) : Il est vrai qu’il existe des affrontements quand les habitants d’un territoire estiment que leurs ressources sont exploitées par d’autres qui viennent détruire leur écosystème. L’affrontement est inévitable car les logiques de pensée sont incompatibles. Les habitants estiment être dans leur bon droit quand ils s’opposent à la prédation de ceux qui viennent exploiter et détruire leur écosystème local. Mais dans la majorité des cas, le développement durable s’installe progressivement, sans affrontement, dans les espaces laissés vacants par l’économie commerciale mercantile qui est en train de s’écrouler.

La journaliste écolo : Selon vous, l’économie mondiale, que vous qualifiez de commerciale et mercantile, est en train de s’écrouler.

Sophie (saboteuse en série) : Parfaitement ! C’est ce que nous montrons dans la saison 1 : l’émergence d’un microbiote économique local sur les territoires qui vient progressivement supplanter l’économie commerciale mercantile. Avec le sabotage généralisé qui intervient, la magie de la fiction permet de montrer aux spectateurs comment se déroule le processus en accéléré.

Nathalie (saboteuse en série) : Ce n’est un secret pour personne que le modèle de la grande distribution mondialisée est en train de s’écrouler, de même celui de l’agriculture intensive, pour ne prendre que les deux exemples les plus frappants. Lorsqu’un agriculteur intensif fait faillite ou qu’il part à la retraite, il laisse la place à une dizaine de fermes agroécologiques qui fournissent du travail à vingt fois plus de personnes. Celles-ci produisent dans le respect du vivant pour les habitants du territoire. Cette production locale est distribuée en circuits courts dans les quartiers qui reprennent vie avec l’ouverture de commerces et d’artisanat de proximité. C’est tout un microbiote d’activités locales en synergie les unes avec les autres qui se développe sur les territoires durables. On est bien loin de l’affrontement systématique.

La journaliste écolo : C’est le retour aux échanges locaux d’antan selon une logique très territorialisée… Mais comment se constituent les territoires durables ?

Julie (saboteuse en série) : C’est un peu le retour à la logique locale d’antan, si vous voulez, au sens où l’activité des habitants contribue au développement durable leur territoire et non à une expansion économique globalisée qui produit des richesses inégalement réparties et qui est destructrice de la planète. La logique est donc très locale mais la perception des différents territoires durables peut être très variable par leur étendue et par leur composition. Lorsqu’on raisonne à l’échelle humaine, celle des relations directes entre les individus, on distingue généralement quatre niveaux d’interactions. Le premier niveau est l’îlot urbain ou le hameau en zone rural. A cette échelle, il est déjà possible de décider collectivement de nombreuses actions qui favorisent les sécurités élémentaires de développement durable. Le second niveau est le quartier urbain ou le bourg en zone rurale. Il correspond à la zone de proximité immédiate accessible par mobilités douces. C’est le niveau privilégié de socialisation. Le principal enjeu des communautés durables consiste à redonner vie à leur quartier et à leur bourg en favorisant l’émergence et le développement d’un microbiote d’activités durables. Il va sans dire que c’est le niveau principal de la réflexion collective. Celui où chacun prend conscience de ses besoins essentiels et de la façon dont l’activité des habitants du territoire permet d’y répondre. Le niveau suivant est celui du village urbain ou de la petite ville en milieu rural. C’est un niveau incontournable de coordination des décisions puisque c’est à cette échelle qu’on retrouve la plus grande partie du panel des activités de développement durable. Le dernier niveau est celui de la ville et de sa ceinture vivrière qui est d’autant plus étendue que la ville est grande. Le territoire durable dépasse généralement ce niveau car les villes créent des liens d’interdépendance avec d’autres villes limitrophes afin de renforcer leur durabilité. Ainsi, la géométrie des territoires durables est variable. Leur étendue correspond à une zone d’activités locales cohérentes et interconnectées qui permettent d’assurer le développement durable.

Noémie (saboteuse en série) : Un territoire durable est une étendue sur laquelle toutes les activités se développent selon une cohérence globale tournée vers la durabilité. Il y aurait beaucoup de critères pour établir cette cohérence : les bassins hydriques, le relief, la nature des sols, les synergies existantes entre différents écosystèmes, etc. Mais ces critères aboutissent à des étendues qui se chevauchent partiellement. Au final, c’est l’élément culturel qui semble déterminant. Un territoire durable se définit avant tout au regard de la façon dont la communauté des habitants souhaite mettre en œuvre de la durabilité. C’est cela qui va générer le microbiote des activités de développement durable qui animent le territoire.